Muçâb B. Omayr (2)

Cette délégation, emmenée par leur maître Muçâb, était constituée de soixante-dix croyants et croyantes.
Ainsi Muçâb confirma-t-il le choix de l’Envoyé (ç). Il avait bien compris sa mission, il avait su qu’il était un musulman qui ne faisait que la communication, qui appelait les hommes à la guidance, au chemin de rectitude, à Dieu.
A Médine donc, où il était l’hôte de Asad b. Zarara, Muçâb allait avec celui-ci dans les réunions, les maisons, les tribus, pour réciter aux gens ce qu’il avait appris du Livre de Dieu, pour prêcher la Parole de Dieu.
Sa tâche n’était évidemment pas sans danger. Un jour, alors qu’il était en train de prêcher à des gens, il fut surpris par Usayd b. Hudhayr, le seigneur des Banou Abdalachhal. Ce dernier tenait fermement une lance, son visage ne cachait pas du tout sa colère contre celui-là qui venait semer le trouble parmi les siens, les appelait à se détourner de leurs dieux, leur parlait d’un Dieu seul, inconnu d’eux.
Dès qu’ils l’eurent vu arriver, les musulmans qui étaient assis avec Muçâb se retirèrent vite, sauf As’ad b. Zarara. Usayd se planta debout, furieux, et dit : «Qu’est-ce qui vous fait venir à notre quartier? vous deux, vous (voulez) rendre nos faibles des stupides? retirez-vous, si vous ne voulez pas sortir de la vie!». Avec un calme majestueux, Muçâb lui dit doucement : «Pourquoi ne prendrais-tu pas place, pour écouter? Si tu es satisfait de notre cause, tu l’accepteras; si tu la répugnes, nous cesserons ce que tu répugnes.»
Usayd, qui était un homme raisonnable, remarqua que Muçâb faisait appel au bon sens. Il le conviait à écouter seulement: dans le cas où il serait convaincu, à lui de juger selon sa conviction ; et dans le cas où il ne le serait pas, Muçâb se retirait du quartier, pour aller prêcher ailleurs.
Les choses étant ainsi, Usayd dit : «Tu traites avec équité.» Puis, il jeta la lance par terre et s’assit pour entendre. Muçâb récita des versets du Coran, exposa la mission de l’Envoyé (ç), si bien que Usayd fit vite de dire : «Que ce propos est beau, qu’il est véridique!
Comment fait-il, celui qui veut embrasser cette religion?». Muçâb dit d’abord avec joie : «Dieu est Grand!» Puis, il s’adressa à Usayd : «Il purifie son vêtement et son corps puis atteste que, hormis Dieu, il n’y a pas de dieu.» Usayd se retira un moment puis revint, la tête toute mouillée, pour déclarer la formule: Il n’y a de dieu que Dieu ; Muhammad est l’envoyé de Dieu. La nouvelle se répandit vite. Saâd b. Muâdh alla trouver Muçâb, il l’écouta, se convainquit, et se convertit. Saâd b. Obada fit de même. Les habitants de Médine se dirent les uns aux autres : «Si Usayd b. Hudhayr, Saâd b. Muâdh et Saâd b. Obada sont devenus musulmans, pourquoi alors sommes-nous en retard? Allons trouver Muçâb et croyons avec lui. Ils disent que le Vrai sort de sa bouche.». Les jours passèrent et l’Envoyé (ç) émigra à Médine, avec ses compagnons. Les Quraychites se réjouissaient de leur haine, continuaient leur chasse inique des adorateurs de Dieu. Puis, il y eut la bataille de Badr, où ils reçurent une défaite qui leur fit perdre leur bon sens. Ils projetèrent de prendre leur revanche. A cet effet, ils prirent plus tard le chemin de Uhud. Les musulmans se préparèrent de leur côté. L’Envoyé (ç) se mit devant les rangs, à la recherche du combattant qui prendrait l’étendard. Il appela Muçâb. Celui-ci s’avança et prit l’étendard.
La bataille se déclencha vite, si bien que les combats atteignirent leur paroxysme. Les archers désobéirent à l’ordre de l’Envoyé (ç), en quittant leur position sur le mont, après avoir vu la déroute des associants quraychites. Leur désertion de la position fit vite de transformer la victoire musulmane en défaite. Les musulmans, qui étaient sur le champ de bataille, furent pris de court par les cavaliers quraychites. Quand les Quraychites virent la débâcle et la panique des musulmans, ils cherchèrent alors l’Envoyé (ç). Muçâb se rendit vite compte du danger. Et, pour détourner leur attention, il leva haut l’étendard et lança un retentissant tekbîr, avant d’avancer et d’aller sillonner sur le champ de bataille.
Oui, Muçâb s’en alla tout seul au combat. D’une main, il tenait l’étendard, et de l’autre main, il faisait parler son sabre. Mais l’ennemi était nombreux… Voici la déclaration d’un témoin qui avait assisté à la bataille: «Le jour (de la bataille) de Uhud, Muçâb a pris l’étendard. Quand les musulmans ont fui, lui a résisté avec l’étendard. Alors, le cavalier lbn Qamî’a est venu et lui a coupé la main droite, tandis que Muçâb disait : «Muhammad n’est qu’un envoyé. D’autres envoyés ont passé avant lui.» Il a pris de nouveau l’étendard avec la main gauche, mais l’autre s’est penché et la lui a coupée. Muçâb s’est penché encore pour prendre l’étendard avec ses bras, en disant: «Muhammad n’est qu’un envoyé. D’autres envoyés ont passé avant lui.» Alors, à la troisième fois, l’autre l’a transpercé avec une flèche. Muçâb tomba, et l’étendard aussi.»
Il était tombé, après avoir combattu courageusement. Il pensait que s’il tombait, la voie serait libre pour les assassins. C’est pourquoi il se consolait, en disant à chaque fois qu’il recevait un coup de sabre: Muhammad n’est qu’un envoyé. D’autres envoyés ont passé avant lui. Cette parole de Muçâb sera un verset révélé, que les musulmans réciteront, à jamais. A la fin de la bataille, on retrouva le corps du chahid endormi, face contre terre. Son vertueux sang enduisait la terre. Il était ainsi, peut-être parce qu’il redoutait de voir l’Envoyé (ç) atteint par quelque mal, ou peut-être qu’il était confus, au moment de mourir, de n’avoir pas pu défendre et protéger l’Envoyé (ç).
O Muçâb, tu es auprès de Dieu, à jamais! Le fait qu’on se rappelle de toi procure à la vie un parfum particulier. Puis, l’Envoyé (ç) et ses compagnons allèrent sur le champ de bataille, pour faire leurs adieux aux chahids. Devant le corps de Muçâb, des larmes abondantes avaient coulé. Khabbab b. al-Art disait: «Nous sommes sortis en exil avec l’Envoyé de Dieu (ç), sur le chemin de Dieu, en vue de la Face de Dieu. Ainsi notre salaire incombe-t-il à Dieu. Parmi nous, il y en va eu qui sont passés, sans avoir mangé de leur salaire dans leur ici-bas. D’entre eux, il y a Muçâb b. Omayr. Il a été tué, lors de la bataille de Uhud. Pour l’ensevelir, on n’avait trouvé qu’une namira. Quand
nous la mettions sur sa tête, ses pieds se découvraient ; et quand nous la mettions sur ses pieds, sa tête se montrait. L’Envoyé de Dieu (ç) nous a alors dit: "Mettez-la à partir de sa tête, et mettez sur ses pieds (des branches) de la plante d’idhkhir."»
En dépit de la douleur profonde due à la perte atroce de son oncle Hamza, en dépit des autres compagnons tombés sur le champ de bataille, dont chacun représentait pour lui un monde de sincérité, de pureté et de lumière, l’Envoyé (ç) s’arrêta devant la dépouille de son premier ambassadeur, pour lui faire ses adieux. Certes, l’Envoyé s’était arrêté devant le corps de Muçâb. Puis, les yeux tout de tendresse et de sensibilité pour son compagnon, il avait dit: «II est parmi les croyants de vrais hommes qui avérèrent les termes de leur pacte avec Dieu.» Puis, il avait jeté un regard peiné sur le linceul, avant de dire: «Je t’ai vu à la Mecque (en un temps où) tu avais sur le corps la robe la plus raffinée, la boucle de cheveux la plus belle. Et te voilà maintenant avec des cheveux ébouriffés, dans une burda!».
Puis, l’Envoyé (ç) avait dit à haute voix, à l’adresse de tous les chahids: «L’Envoyé de Dieu atteste que vous êtes les témoins auprès de Dieu, au Jour de la résurrection.» Puis, il s’était tourné à ses compagnons vivants, pour leur dire :
«O gens! rendez-leur visite ; venez à eux et saluez-les. Par Celui qui détient mon âme dans sa main! si tout musulman les salue jusqu’au Jour de la résurrection, ils lui rendent le salut.»
Salut à toi, ô Muçâb!
Salut à vous, ô vous les chahids!
Salut à vous, ainsi que miséricorde et bénédiction sur vous!   

«Des hommes autour du Prophète»
Khalid Mohammad Khalid
Traduction : Abdou Harakat
Ed. Dar Al-Kotob Al-Ilmiyah
Beyrouth, 2001 – 224 pages

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