Ninja, le tueur nocturne (1)

Ninja, le tueur nocturne (1)

Nous sommes en 1961. Le bidonville Sekouila vient de voir le jour dans la région de Sidi Bernoussi, à la périphérie de Casablanca. Les habitants des campagnes de la Chaouia et d’autres régions rurales du pays qui fuient la sécheresse y trouvent refuge non loin de la plus grande ville du Royaume. Des milliers de campagnards y vivent sans toilettes, sans assainissement, sans électricité alors que l’eau n’est assurée que par les rares fontaines publiques. Dans ce petit monde à l’air irrespirable atterrit également la famille Kassimi. Doukkalie de pure souche, cette famille qui a tourné le dos à son patelin dans la région d’El Jadida ne dispose pas de quoi manger. Le père, Kassimi, qui se débrouille pour gagner sa vie n’a pas de quoi subvenir aux besoins de sa famille. Il vit le jour le jour sans penser au lendemain. Pauvreté oblige. Malgré ces conditions pénibles il rêve d’avoir un enfant, qui peut rendre plus heureuse sa vie de couple et qui peut également lui permettre d’oublier, une fois son enfant entre ses bras, tous les coups de cette vie de galère qu’il mène depuis longtemps. Sa femme tombe enceinte. Le neuvième mois s’approche. Que doit-il faire pour accueillir le nouveau-né ?  Dans une famille indigente, comme celle de Kassimi, la naissance d’un nouveau-né n’est autre que plus de dépense qui déséquilibre le budget déjà déstabilisé et une bouche de plus à nourrir sans parler de vêtements et d’autres besoins d’un enfant. Seulement, il n’en pense plus pour qu’il continue à se délecter de la succulence attente de l’arrivée du son petit prince. En plus, en 1961, ces dépenses restent infimes puisque la nourriture d’un nouveau-né n’est chez les pauvres familles que du lait des seins de la maman et les couches-culottes ne sont que des étoffes qui ne s’usent pas après le premier usage. En effet, bien que ces nouvelles charges seront aussi simples, normales et ne dépassent pas quelques centimes qui s’ajoutent au budget d’une famille nécessiteuse, le père Kassimi les prend en considération. Mais, il ne peut pas étouffer son rêve d’avoir un enfant. Le 20 octobre 1961, sa femme accouche d’un garçon.  Comblé, enchanté et réjoui, d’avoir un garçon comme aîné, il lui choisit le nom d’Abdellah. Les charges se prolifèrent au fil des mois et la tâche devient de plus en plus difficile. Abdellah est à son septième printemps, un enfant qui doit être inscrit à l’école… Autrement dit, autres charges de plus, que la famille Kassimi ne peut pas supporter. La solution ?
«Ton oncle et sa femme, qui demeurent à Taza, t’aiment bien et souhaitent toujours te prendre  en charge… Tu vivras mieux avec eux, dans une maison à la ville où il y’ a de l’électricité, de l’eau, des toilettes et je vais venir, moi et ta mère, de temps en temps, pour te rendre visite», lui chuchote son père à l’oreille sans arriver à tenir ses larmes. Sa mère le prend entre ses bras, le serre fortement comme si elle ne le verra jamais, lui demande d’être responsable, de prendre soin de soi-même, lui affirme qu’il est devenu adulte, qu’il est en besoin de ses propres facultés personnelles ; «Je n’ai jamais aimé que tu sois loin de moi, mais c’est chez ton oncle que tu va arriver à avoir un bon avenir… Il va t’inscrire à l’école pour que tu sois un enseignant ou un fonctionnaire de l’Etat», lui dit sa maman les larmes aux yeux. C’est la première fois qu’Abdellah monte un autocar, qu’il voyage loin de chez lui, qu’il ne joue pas avec ses camarades du bidonville, qu’il ne voit plus de baraques, qu’il rentre dans une maison où les murs sont en bétons, qu’il dort sur un lit sans avoir froid… Inscrit à l’école, il pense toujours réaliser les bons rêves de ses parents, de les sauver de la misère et de les rendre plus heureux.
Dès sa première journée au banc de l’école, il se penche sur ses études, apprend par cœur ses cours et il ne perd pas du temps. En effet, il est l’excellent et le brillant élève de sa classe. Malheureusement, il n’a pas pu aller jusqu’au bout. Pourquoi ?

 (Demain : Abdellah
accepte-t-il de vivre avec son
oncle et son épouse ?)

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