Ninja, le tueur nocturne (2)

Ninja, le tueur nocturne (2)

Abdellah Kassimi apprend ses cours, tente d’avoir de bonnes notes et veut réussir dans ses études. Toutefois, il semble qu’il ne peut pas tenir jusqu’au bout malgré ses maintes tentatives. Pourquoi ?
Au départ, Abdellah n’avait pas de problème ni avec son oncle, ni avec son épouse. Mais, «après les sept jours de figues», comme disent les Marocains, l’épouse de son oncle n’est plus ce qu’elle était durant la première semaine. Elle est devenue méchante, cruelle, sadique et odieuse, elle lui rend la vie dure. Dès que leurs regards se croisent, elle ne fait rien que le maltraiter, le battre, le gifler, et le punir pour un oui ou un non. Son oncle garde le silence sans réagir, sans protester, sans même solliciter son frère de venir prendre son enfant. Six ans passés entre l’enclume d’un oncle incapable même de réagir et le marteau d’une épouse inhumaine et sans cœur. Un supplice sans raison qui a détruit  l’intelligence de l’enfant.
«Tu n’as plus rien à faire à l’école. Tu dois apprendre un métier», lui dit l’épouse de son oncle.  C’est comme un ordre. Ni son époux, ni les parents d’Abdellah ne doivent contester sa décision. Étrange!
Elle a profité de la pauvreté des parents d’Abdellah pour qu’elle joue de son destin. Effectivement, Abdellah, à la cinquième année primaire, quitte définitivement l’école. Mais l’épouse de l’oncle n’a pas tenu sa promesse de le mettre entre les mains d’un mécanicien ou d’un artisan pour apprendre un métier.
Nous sommes en 1975. Abdellah est à son quatorzième printemps, un adolescent qui n’accepte plus d’être maltraité comme un chien, d’être exploité comme une bonne à tout faire, d’être sans avenir, sans espoir, sans rêve. Bref, il se révolte.
«Je ne veux plus rester avec vous. J’en ai marre de cette vie. Je n’ai rien à faire chez vous», s’insurge-t-il pour la première fois devant les regards de l’épouse de son oncle.
«Si vous ne me donnez pas de l’argent pour retourner chez moi, je vais me suicider», les menace-t-il. C’est la première fois que Abdellah parle sans équivoque, et prend une décision. Il ne supporte plus d’être maltraité. Son oncle tente de le calmer, le consoler et le rassurer qu’il va l’aider à apprendre un métier. Mais en vain.
«Je veux partir. Je ne veux plus de vous. Je veux rejoindre mes parents», lui répond-il sur un ton sérieux.
Son oncle finit par lui remettre de l’argent. L’adolescent prend l’autocar, retourne à Casablanca, rejoint ses parents au bidonville de Sekouila et rêve de reprendre ses études. Un rêve qui semble irréalisable vu les conditions de ses parents.
«Tu dois apprendre un métier pour gagner ta vie et m’aider», lui affirme son père clairement.
Son père le conduit chez un réparateur de bicyclettes.
«Prends soin de lui, Maâllem. Il a envie d’apprendre le métier», s’adresse le père au patron. Ce «Maâllem» se charge alors d’apprendre à Abdellah le métier. Seulement, il ne le traite pas comme son propre fils. Il le frappe et maltraite. Il semble que le calvaire qu’il avait enduré à Taza, chez l’épouse de son oncle, se reproduit avec son «Maâllem». Les insultes et les gifles se multiplient chaque jour et ne prennent pas fin.
«La vie n’est-elle que des gifles, des invectives, des insultes et de torture ? N’est-ce pas la vie est autre chose : apprendre à lire et à écrire, graver les échelons des études, apprendre un métier ?», s’interroge Abdellah qui décide de fuir Casablanca après avoir tourné le dos à Taza. Pour quelle destination ?

  (Demain : Abdellah Kassimi a-t-il réalisé son rêve en ralliant les rangs de l’armée ?)

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