janvier 21, 2018

 

Ninja, le tueur nocturne (5)

Ninja, le tueur nocturne (5)

Nous sommes en 1987. Le receleur arrêté à Derb Djaïjia dénonce Abdellah Kassimi, le voleur des radio-cassettes dans les voitures. La police de Casablanca ne l’épargne pas. Elle le met dans ses filets. «Je ne le connais pas… Je ne l’ai jamais vu et je ne lui ai rien vendu…», se disculpe Abdellah devant la chambre criminelle près la Cour d’appel de la capitale économique.
La Cour sait qu’il ment, qu’il est effectivement voleur de radio-cassettes dans les voitures et qu’il mérite un châtiment de trois ans de prison ferme. La condamnation semble être lourde. C’est du moins ce que croit Abdellah qui pense à sa femme déjà enceinte quand il a été écroué, à la prison civile de Casablanca, connue communément sous le nom de «Ghbayla». Quelques mois plus tard, il a été transféré à la prison agricole Al Ader, près d’El Jadida. «Pourquoi suis-je éloigné de ma femme qui attend un bébé dans les jours à venir ?», s’interroge-t-il les larmes aux yeux. Sa femme ne peut plus lui rendre souvent visite à la prison.
Le manque d’argent nécessaire pour voyager jusqu’à El Jadida et sa grossesse l’empêchent. Au fil des mois, elle met une belle fille au monde. Dans sa cellule, Abdellah reçoit la bonne nouvelle. Sa joie se mêle à sa tristesse. Très heureux d’être pour la première fois de sa vie  père, il est également mélancolique de n’avoir pas assisté à l’accouchement de sa femme et la naissance de sa bambine.
Chaque jour, il compte la durée qui lui reste pour sortir voir sa fillette. En 1990, il quitte la prison. Sa fille est à son deuxième printemps. «Je ne dois plus être à la prison, loin de ma fille et de mon épouse», raisonne-t-il.  Il décide de chercher un boulot. Il traîne, frappe les portes, supplie les patrons et retourne chez lui plongé dans le désespoir. Toutes les portes sont fermées, personne ne veut le recruter… Pourquoi ? Parce qu’il est repris de justice ? Pas de réponse. La vie devient très difficile. Personne ne lui donne le moindre sou, ne lui propose un emploi, ne l’aide, ne le soutient… Un matin, il se réveille. Sa fille sanglote, gémit, hurle de faim. Il la regarde étrangement. Les battements de son cœur s’accélèrent. Que doit-il faire ? Il échange les regards avec sa femme qui se fond en larmes. Il s’énerve, perd les pédales, se tient debout et sort de chez lui. «Je dois avoir de l’argent par n’importe quel moyen, même en tuant, pour nourrir ma fille», pense-t-il tout en souvenant des larmes de sa petite fille. Il se promène en quête d’une voiture afin de dérober sa radio-cassette et la revendre pour avoir de l’argent nécessaire pour acheter du lait à sa fille. Soudain, il aperçoit la porte d’une maison entrebâillée. Il s’arrête, puis avance à pas lents. Il lance des regards à gauche et à droite. Où ira-t-il ? Deux, trois et quatre pas de plus, Abdellah se tient au seuil de la maison à la porte entrouverte. Il la pousse, rentre à pas de loup, se dirige vers une chambre… Il s’arrête sans faire de bruit. Il ne pense pas au risque qu’il encoure. Il n’y a que les larmes de sa fille qui hantent son esprit. Il regarde à l’intérieur de la chambre. Un couple plonge encore dans un profond sommeil. À côté du lit, il remarque une table sur laquelle une liasse de billet de banque, quelques bouteilles de bière, des amuse-gueules… Il y rentre, avance vers la table, mis sa main sur la liasse de billets de banque.
Lentement et doucement, il rebrousse chemin. Quand il compte les billets de banque, il saute de joie. Il en trouve trois mille dirhams. Il achète du lait à sa fillette et de quoi déjeuner et dîner. Doit-il en acheter uniquement de quoi passer les jours suivants ? Non. «Je dois en profiter pour que j’assure au moins le lait pour ma fille pour les jours qui viennent. Comment ? Acheter du haschich et le revendre», réfléchit-il. Abdellah Kassimi devient dealer.

 (Demain : Ninja est né…).

Articles similaires

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *