Ninja, le tueur nocturne (7)

Ninja, le tueur nocturne (7)

Ninja, tout le monde en parle à Casablanca, sans que personne ne sache au juste de qui s’agit-il. De même les limiers de la capitale économique ignorent son identité, ses signalements et ses traits. Qui est cette personne qui se déguise en Ninja, qui vole des radio-cassettes de voitures et agresse les veilleurs de nuit? Comment est-il ? Chétif? Colosse ? De petite ou de grande taille ?  De couleur brune, blanche ou noire ? Plusieurs questions susceptibles d’aider les enquêteurs pour lui faire un portrait robot restent sans réponse. Les recherches continuent jour et nuit. Mais, toujours sans fruit.
Nous sommes au début 1992. Ninja, déjà père de deux filles dont l’aînée est à son quatrième printemps, se balade librement et aisément, ne craint personne, dérobe les radio-cassettes des voitures et les revend pour subvenir aux besoins de sa petite famille. Il paie mensuellement son loyer sans le moindre retard. Il a même acheté un vélomoteur d’occasion à bord duquel il parcourt la ville.
«Tout le monde parle d’un Ninja qui s’habille en noir, sort la nuit et agresse les veilleurs de nuit et les tue», lui confie sa femme qui ignore qu’il s’agit bel et bien de son mari auquel il raconte ce qu’elle avait entendu de ses voisines.
Sa femme sait qu’il commet des petits larcins et elle ne pense jamais qu’il soit l’auteur de crimes de meurtre. 
«J’en ai entendu parler. Tout le monde en parle à Sidi Bernoussi. Ils disent même qu’il a tué cinq veilleurs de nuit et qu’il jure de liquider cinq autres », lui répond Abdellah sur un ton narquois.
«Je crois qu’il n’y a ni Ninja, ni tueur, ni meurtres… Ce sont des histoires inventées par les gens », ajoute-t-il à sa femme qui l’écoute attentivement.
Abdellah ne rentre jamais chez lui avec ses vêtements de déguisement, ne les montre ni à sa femme, ni à autre personne, se moque des histoires de Ninja que lui racontent les voisins et les amis …Et il continue à commettre ses forfaits devant les regards des veilleurs de nuit qui n’osent pas s’approcher de lui, ni d’alerter la police, craignant de leur vie.
Dimanche 1er novembre 1992, 20h30. Ninja est à bord de son vélomoteur. Il emprunte l’autoroute à destination de chez lui. Il roule lentement. À aucun moment, il n’enfreint le code de la route. Il roule sans brûler le feu rouge. Et pourtant, le policier qui se poste devant le commissariat près de la route à Sidi Bernoussi lui donne l’ordre de s’arrêter. En fait, il n’est pas mandaté pour ce genre de mission. Ninja s’exécute.
«Tes papiers !», lui demande le policier.
Ninja le scrute sans dire un mot comme s’il lui demande en silence l’infraction qu’il a commise.
– «Je t’ai demandé tes papiers, tu ne m’entends pas ?
– Mais, je n’ai pas commis d’infraction.
– Tu vas m’apprendre mon travail et ce que je dois faire ?
– Non, mais je veux juste connaître l’infraction que j’ai commise.
– Quoi ? Tu te prends pour qui ? Si tu ne me donnes pas tes papiers, je vais te jeter dans la geôle, fils de p… ».
Ninja garde son calme, au moins en apparence. Le policier l’insulte, l’injure, le menace de le garder à la geôle durant des jours sans qu’il soit traduit devant la justice, de le tabasser à mort…Ninja finit par lui décliner ses papiers. Et pourtant, le policier ne semble pas avoir l’intention de le relâcher. Pourquoi ? Que veut-il de lui ? Abdellah ne sait rien. Il se tient debout devant le policier en attendant qu’il récupère ses papiers. Mais le policier les garde toujours avant de s’adresser à lui :  – «Tu ne veux rien comprendre?
– Comprendre quoi ?
– Tu joues l’idiot ? »
Ninja le regarde, puis met sa main dans sa poche pour ressortir un billet de cinquante dirhams. C’est la seule somme dont il dispose. De quoi acheter le lait à sa cadette ? Peu importe pour le policier.

 (Demain : Ninja réagira-t-il après avoir été humilié par le policier ?)

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