Opération Boudiaf (3)

Le président Boudiaf ne s’était pas empêché de contacter directement le Premier ministre Français de l’époque “Monsieur Pierre Bérégovoy”, et de lui demander personnellement son appui pour mettre la lumière sur les agissements de certains responsables algériens en France. Il obtint des assurances de Monsieur Pierre Bérégovoy rénommé pour son sens de l’honneur dans le milieu politique français.
Quelques jours plus tard, après que Khaled Nezar eu accepté difficilement de signer leurs ordres de mission, le colonel Mourad et trois de ses collaborateurs se rendirent à Paris. Ils furent reçus par leurs homologues à Matignon, et le but du voyage était d’avoir des détails sur les comptes bancaires de certains hauts fonctionnaires algériens comme: Larbi Belkheir, Nourdine Benkourtbi, Mohamed Atailia, Cherif Ouadani, Khaled Nezar, Moustapha Belloucif et bien d’autres. Il va sans dire que des deux côtés de la Méditerranée des hommes bien placés avaient tiré toutes les sonnettes d’alarme.
À Alger, Larbi Belkheir et d’autres mis en cause par les démarches de Boudiaf décidèrent d’opter pour la solution radicale lorsqu’ils apprirent le déclenchement de cette opération de purification. Le voyage du colonel Mourad et de ses collaborateurs était bien sûr un échec, le refus de la justice française d’accorder une levée sur la confidentialité des comptes bancaires des mis en causes était sans appel. Une semaine après le retour du colonel Mourad à Alger, il fut retrouvé mort à Bachdjarah avec trois balles dans le cou. C’était bien sûr les terroristes qui l’avaient abattu, (version officielle); des trois autres militaires qui l’avaient accompagné à Paris (deux capitaines et un lieutenant) aucun ne survécut : ils furent tous abattus par des terroristes dans les deux semaines qui suivirent. Ils eurent quand même droit aux honneurs militaires.
Boudiaf était hors de lui lorsqu’il apprit la mort du colonel Mourad, il  finit par comprendre à qui il avait affaire; ce qui le décida à laisser tomber ce poste maudit et à rentrer chez lui au Maroc sans rien dire à personne. Ce fut la première fois qu’un president algérien abandonne son poste au milieu de la nuit. Quelques semaines avant le meurtre du président, le secrétariat du ministre de la Défense nationale était en ébullition, et les contacts entre les différents chefs s’étaient intensifiés.
Nezar et Toufik ne se quittaient plus et la signature par Nezar de l’ordre de mission du colonel Mourad en partance pour Paris avait tout accéléré. Boudiaf avait donné trop de coups dans la fourmilière de la mafia algérienne et beaucoup de têtes allaient tomber si les mesures qu’il avait prises seraient mises en exécution.
Au début du mois de juin 92, lors d’une réunion nocturne des généraux Khaled Nezar, Toufik et Larbi Belkheir à Sidi Fredj (centre familial militaire), l’option de la liquidation physique du président se posa comme la seule solution au problème Boudiaf, surtout que ce dernier venait juste de revenir du Maroc après l’abandon de son poste de président qu’il ne réintégra qu’après le voyage de plusieurs responsables (dont le général M.Touati)  pour le persuader de continuer à servir son pays. Une semaine avant le meurtre du président Boudiaf, tous les dossiers qu’il avait constitués furent dérobés durant la nuit, de son bureau à la présidence. Il savait à ce moment que les gens qu’il tentait d’écarter allaient tout faire pour échapper encore une fois à la justice.
Le jour même où Boudiaf était à Annaba pour sa visite "finale", Larbi Belkheir accompagné de son jeune frère Abdelkader força l’entrée pour se rendre au bureau du président, emportant à la sortie avec lui une autre quantité de documents.
L’heure était grave et le temps pressait; il fallait tout faire pour arrêter Boudiaf qui tentait de prendre de court  le camp adverse. C’est avec la collaboration du général Smain Lamari (colonel à l’époque): sous directeur de la DRS et chef de la sécurité intérieure que Toufik mit les premières ébauches de la liquidation du président.

A lire aussi : Opération Boudiaf (2)

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