Opération Boudiaf (4)

Le scénario islamiste ne fut pas retenu pour des raisons de confidentialité; en effet l’utilisation d’agents islamistes n’aurait pas pu garantir une discrétion absolue de l’opération et le résultat aurait été d’autant moins incertain face à l’efficacité des éléments du SSP (Service de la sécurité présidentielle) et du GIS (Groupe d’intervention spéciale).
La seule manière qui pouvait donner un résultat fiable était celle d’une opération montée de l’intérieur: un tireur isolé qui agirait de son propre chef (pour une raison ou une autre), ils pourraient dire à la limite que l’assassin était un déséquilibré mental et ainsi classer l’affaire avec un minimum de risque pris et un maximum de chance de succès.
Ce fut le scénario de Smain Lamari qui prit forme peu à peu après la bénédiction de Toufik, Nezar et Belkheir. L’escadron de la mort sous tutelle de Smain (cellule fantôme créée par Belkheir et Toufik, dirigée par Smain et composée d’éléments du service opérationnel triés sur le volet) eut la tâche facile pour liquider tous les témoins et les éléments gênants du réseau Boudiaf. Même si la liste était longue Smain prit un malin plaisir à liquider ses adversaires et les gens qui en savaient long, sans qu’aucun ne soit épargné.
Le plan détaillé de l’assassinat de Boudiaf ne fut connu qu’après son exécution et ce par les quelques membres des services de sécurité, qui avaient côtoyé la présidence durant les premiers jours qui suivirent le drame. Et Boumarafi était pendant ce temps, inquiet et surtout soucieux de transmettre son horrible secret à qui de droit.
Le choix par Smain Lamari du sous-lieutenant Boumaarafi n’était pas par hasard, il avait déjà remarqué la froideur de cet élément et sa discrétion lors de précédentes opérations. Le colonel Smain à l’époque : chef de l’opérationnel était à ce titre apte à juger qui était le plus capable.
Ce fut à Antar (Le centre opérationnel fétiche de Smain) que le colonel Smain donna a Boumarafi les premières directives de l’opération sans citer la cible, l’incitant à rejoindre l’escadron de la mort pour purifier la patrie des traîtres qui voulaient détruire et vendre tout le pays.
Il y va sans dire que les promesses de promotion et de soin eurent un écho chez Boumaarafi. Avoir quelqu’un qui protège son dos est très important dans l’armée si on veut aller loin dans la hiérarchie, était ce dont Boumaarafi avait besoin. Après une série de rencontres, Boumaarafi était enfin prêt pour le jour "J". Il avoua après son acte qu’après avoir pris connaissance de l’identité de l’homme qu’il devait abattre il ne pouvait plus sortir vivant du bureau de Smain s’il refusait la mission.
La veille de l’opération un problème de dernière minute allait presque tout gâcher; le commandant Hamou (chef du GIS) n’avait pas désigné le sous-lieutenant Boumaarafi pour la mission d’Annaba. Le commandant du GIS ne supportait pas le sous-lieutenant Boumaarafi qu’il tenait en partie responsable de la mort de son ami et ex-commandant du GIS en l’occurrence le commandant Abderrahmane (lors d’une opération anti-terroriste au Telemley: le commandant Abdelrahmane et le sous-lieutenant Tarek, tout deux du GIS avaient été tués sur place alors qu’ils essayaient de pénétrer une habitation. Boumarafi était sensé les couvrir, mais ils furent surpris par une pluie de rafale de klachinkov et même les gilets pare-balles qu’ils portaient ne leurs furent d’aucun secours).
Le colonel Smain mis au courant des partants pour Annaba appela Hamou pour lui ordonner d’émettre un ordre de mission individuel à Boumaarafi pour qu’il puisse faire partie de la mission. Hamou émit des réserves quant à l’efficacité de cet élément, mais il finit par céder devant la persistance de son chef.
L’équipe du GIS qui devait assister le SSP s’était rendue sur les lieux par route un jour avant la visite du président pour affiner les mesures de sécurité. Le jour d’arrivée du président à Annaba, les éléments du GIS étaient en complète intégration avec ceux du SSP, c’est-à-dire qu’ils n’avaient aucune restriction de périmètre de sécurité. La raison était très simple d’un point de vue professionnel: les éléments des deux corps étaient très entraînés et ceux du GIS particulièrement, ils se connaissaient très bien et changeaient de mutation entre les deux corps au gré des chefs.
Donc la finale de tout cela c’était qu’aucun élément des deux corps n’aurait pu douter de l’intégrité d’un autre élément dans l’équipe de protection.

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