Opération Boudiaf (5)

Lorsque le président arriva à la maison des jeunes qu’il devait inaugurer, certains des éléments du GIS étaient derrière le rideau de la salle et une partie en dehors: couvrant la sécurité extérieure de l’arrière de la salle qui donnait sur une cité non loin de la maison des jeunes. Boumaarafi était vêtu de la tenue d’intervention nouvellement reçue par les éléments du GIS (une tenue impressionnante de couleur bleu marine; des témoins confondront plus tard Boumaarafi aux éléments d’intervention de la police à cause de cette tenue); avant l’arrivée du président, il se dressait dans l’arrière-cour, mais rentrait et ressortait de la salle où il faisait plus agréable en cette matinée de la fin du mois de juin.
Tout se passait comme prévu et le président donnait un discours important visant à sensibiliser la population de l’est algérien et à promouvoir son mouvement dont le symbole était "l’Algérie avant tout”, toute la scène était bien sûr télédiffusée en direct sur tout le territoire. Derrière le rideau, les éléments de la protection rapprochée du président et des éléments du GIS discutaient à voix basse tandis que le chef du SSP: le commandant Hadjres était en train de discuter, tout en prenant une cigarette, avec le Commandant Hamou, le capitaine Zaidi sous-directeur du SSP, le capitaine Sadek responsable de la formation au SSP et le lieutenant Torki chef de mission de l’équipe du GIS.
À l’entrée de la porte arrière se tenait le lieutenant Yacine adjoint chef de mission du GIS et dans l’arrière-cour devait se trouver le sous-lieutenant Boumaarafi assurant la sécurité.
À un moment où toute l’attention du public était portée sur le discours du vieux révolutionnaire, une première petite explosion retentit dans la salle, précédé d’un bruit de roulement. Boumaarafi venait de dégoupiller sa grenade et de la faire rouler sous le rideau; il surgit au même moment tirant une première rafale qui fit diversion dans le milieu du système de protection.
Les éléments du SSP et du GIS avaient cru à une attaque extérieure en voyant Boumaarafi tirer, mais celui-ci pointa son pistolet-mitrailleur (Beretta de calibre 9mm, parabellum: une arme très redoutable) à bout portant vers la tête du président Boudiaf, tirant une longue rafale.  Tout le monde était pris de panique et les éléments du SSP commencèrent à tirer vers le rideau causant même des blessés parmi l’équipe elle-même. La seule image que tout le monde avait retenu fut la fuite de Boumaarafi vers la porte arrière où se trouvait le lieutenant Yacine sans même que ce dernier comprenne ce qui se passait.
Le peuple algérien venait de suivre en direct la liquidation de son président; on avait de la peine à croire que cela se passait en Algérie. Une fois dans l’arrière-cour Boumaarafi enjamba en toute hâte un mur de presque deux mètres de haut; seuls quelques policiers au loin et quelques passants avaient pu voir cette scène. Il se dirigea ensuite vers l’immeuble le plus proche et, au rez-de-chaussée il frappa au premier appartement qu’il trouva; une jeune femme lui ouvrit la porte sans doute impressionnée par la tenue et l’arme de Boumaarafi croyant a une décente de police.
La seule chose que Boumaarafi demanda fut d’appeler la police et de lui demander de venir en disant que le tueur du président voulait se rendre. La police contactée était rendue assez vite à l’adresse indiquée. Les chefs du GIS et du SSP furent prévenus par le chef de la sûreté de la willaya, de l’arrestation de Boumaarafi qui était rendu sans résistance. Au même moment et dans une confusion totale, le président était conduit dans une ambulance mal équipée et sans médecin vers un hôpital qu’on arrivait même pas à trouver. Le président était très gravement touché et la mort fut presque instantanée: une décérébration aiguë fut causée par les nombreuses balles qui avaient touché son cerveau.
A Alger, le colonel Smain suivait bien sûr le déroulement de l’opération en direct sur la télévision et dès les premiers instants de l’attentat, il appela le GLAM (Groupe de liaison aérienne ministériel) pour lui préparer d’urgence un appareil, puis il prit contact avec Mohammed Ouadeh (chef de la police nationale) et lui demanda de le rejoindre ainsi qu’une équipe de Antar.

A lire aussi : Opération Boudiaf (4)

Articles similaires

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *