Opération Boudiaf (8)

Les officiers furent placés dans une même grande cellule avec rien d’autre que le slip sur le corps.Après l’altercation des membres de la DRS avec les gendarmes,  ces derniers se vengèrent surtout qu’ils avaient reçu le support du chef de la gendarmerie qui avait été écarté du sommet des décisions. Au total, deux officiers supérieurs (le commandant Hadjeras : chef du SSP et le commandant prévenu : chef du GIS), trois officiers subalternes (le capitaine Zaidi : adjoint-chef du SSP, le lieutenant Torki: Chef de groupe et le lieutenant Yacine : adjoint chef de groupe) et dix-huit autres sous-officiers en plus du prévenu principal : des généraux allaient être inculpés pour assassinat et plusieurs autres chefs d’inculpation passibles de la peine capitale. Dans les coulisses du ministère de la Défense nationale et après les menaces de Belkheir, les généraux Khaled Nezar, Toufik (Mohamed Mediene), et le colonel Smain avaient pris une décision lourde de conséquences et qui allait troubler toute la classe militaire surtout les services de sécurité: les membres des services qui étaient en mission à Annaba allaient être sacrifiés. Quand les familles des officiers rencontrèrent le général Toufik, ce dernier n’avait trouvé que des réponses évasives aux nombreuses questions qui lui avaient été posées; “cela fait partie du travail, mais de toute façon ils continueront à recevoir normalement leurs soldes “. La déclaration la plus incroyable vint du colonel Smain qui dit cyniquement à des officiers inquiets pour le sort de leurs collègues, “c’est eux ou vos chefs ; que choisissez-vous?”.
L’instruction de l’affaire traîna à Annaba et pour noyer l’instruction du dossier, les généraux décidèrent de le transférer à Alger. Le juge chargé de l’instruction Annaba prit très mal la décision et démissionna de son poste, il fut obligé de revenir sur sa décision sous peine de représailles.Mohamed Tighramt n’avait pas le choix, craignant pour sa vie, il n’hésita nullement à publier un démenti concernant sa démission qui avait déjà été annoncée par la presse et la télévision. À Alger ce fut le procureur général du tribunal d’Alger: Abdelmalek Sayeh un ancien agent des services (agent exclusivement dirigé par Smain Lamari qui l’avait recruté des années auparavant quand Sayeh était à l’école des juges) et ex-juge de la Cour de la sûreté de l’Etat de Médéa. Mohamed Saada : un juge de seconde classe mais connu pour son honnêteté fut chargé d’assister Sayeh afin d’étouffer le manque de rigueur de Sayeh. Sayeh Abdelmalek et Kamel Rezag Bara avaient pratiquement sauvé l’avenir de leurs officiers manipulateurs (Toufik et Smain), et ils furent largement récompensés pour cela. Les prévenus (officiers et sous-officiers arrêtés à Annaba) furent transférés avec leurs dossiers par avion sur Alger, quand ils arrivèrent à l’aéroport militaire de Boufarik (sous une escorte impressionnante de gendarmes) ils furent descendus de l’Hercule qui les transportait mains et pieds enchaînés, les employés de l’aéroport eurent de la peine à croire l’état dans lequel se trouvaient les détenus.Avec Boumaarafi, les détenus furent transférés à la fameuse prison civile de Serkadji “Barberousse”. Sauf que Boumaarafi fut placé en isolement et sous surveillance vidéo permanente.Le destin fit que le commandant Hamou retrouva Abdelkader Hachai dans la prison de Serkadji, un des chefs du FIS qu’il avait arrêté quelque temps auparavant. En tout, cinq officiers dont deux au grade supérieur et dix-huit sous-officiers dont certains avec plus de vingt ans d’expérience furent sacrifiés pour les besoins du scénario de transparence que les vrais commanditaires avaient écrit.Les parents des officiers engagèrent des avocats pour soutenir les inculpés suite au silence des chefs qui ne voulaient plus les recevoir et du climat de trahison qui régnait. Lorsque Kasdi Merbah apprit que les sous-officiers ne pouvaient pas se payer des avocats, il chargea son propre avocat (et celui de son parti “MAJD”) pour les défendre, ce qui n’était pas une bonne nouvelle pour Toufik. Outre la mise à l’ombre des éléments responsables de la sécurité du president, Toufik décida la mise sous scellés de la vidéo qui fut enregistrée avec Boumaarafi; les conditions d’enregistrement avaient été très tendues et Boumaarafi ne voulait absolument pas coopérer et ne cessait de faire des commentaires quant aux conditions de sa détention et de ses craintes d’être assassiné pour qu’il se taise.

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