Palestine : La douleur de l’exil

Palestine : La douleur de l’exil

Depuis 1948, la Palestine est un théâtre de conflit. Convoitée dans sa totalité par des extrémistes israéliens qui voient dans la bible «un registre de cadastre», pour reprendre les termes de Dieudonné, cette bande de terre a appartenu à plusieurs peuples. Phéniciens, Cananéens, Philistins, Sémites, Romains, Arabes chrétiens, Arabes musulmans et Juifs (la communauté samaritaine notamment) composent cette nation. Les Britanniques y ont exercé leur mandat colonial de 1922 à 1947 avant d’y voir la solution européenne à la question juive. Depuis, la boîte de Pandore est ouverte. Les affrontements sont quasi-quotidiens et une bonne partie du peuple palestinien a été chassé de ses terres.
En 1999, on dénombrait ainsi 1,5 millions de réfugiés en Jordanie dont 277 000 vivant dans les dix camps que compte ce pays. C’est là en Jordanie où ils forment 40% de la population que les fedayins ont été matés «dans le sang» en 1970, lors du fameux septembre noir.
D’autres réfugiés vivent au Liban, dans des camps qui furent l’objet en 1982 d’une incursion meurtrière israélienne menée par un général nommé Ariel Sharon. Dans ce pays, ils sont 373 000 réfugiés palestiniens répartis majoritairement dans dix camps et rêvant d’un hypothétique retour. Un nombre égal de Palestiniens vivent aussi en Syrie d’après le H CR.
Cette question des réfugiés était avec celle du statut de Jérusalem l’un des gros points d’achoppement des négociations de paix. Ayant milité toute sa vie pour leur retour, Arafat pressé par Washington n’a pas accepté de renoncer à ce principe de droit international appliqué dans d’autres régions du monde.
L’impact de la colonisation israélienne est encore plus visible à l’intérieur des territoires palestiniens. «stupeur de voir l’incroyable enchevêtrement de populations à l’intérieur même de la bande de Gaza et de la Cisjordanie, passée de 75.000 colons en 1990 à près de 200.000 aujourd’hui», lit-on dans une mission d’observation d’une délégation française du 11 au 16 mai 2001 à l’initiative de l’Association pour les jumelages entre villes françaises et camps palestiniens.
Selon ce rapport indépendant, la maîtrise de l’espace par les autorités israéliennes s’exprime de deux façons: d’une part par des expropriations considérables, dont les populations paysannes sont les premières victimes, d’autre part par la prise en main et la refonte du réseau routier primaire. La situation de la Bande de Gaza, longue de 45 km du Nord au Sud et large de 7 à 12 km, était éloquente. Environ 1,5 million de Palestiniens y vivent. Mais 5 à 10.000 colons réparties dans 18 colonies occupaient 35% de l’espace. Sous forte protection militaire, les colonies occupant les terres les plus fertiles, les positions les plus intéressantes , souvent sur des collines pour dominer les camps palestiniens. Les bulldozers de l’armée israélienne s’emploient tous les jours à nettoyer les alentours, de détruire des maisons pré-éxistantes. Des postes militaires israéliens, couverts de filets de camouflage et arborant leur drapeau défendent les abords des colonies israéliennes invariablement surmontées d’une haute tour métallique destinée aux communications. Parfois, des chars semi-enterrés renforcent le dispositif. Qui pourrait demander à une population d’assister sans réagir à ces appropriations brutales, qui paraissent sans fin, s’interroge le rapport ? «Nous avons surtout constaté le désespoir et le sentiment d’abandon d’une population qui se sent agressée sans recours par un «occupant» qui maîtrise l’air, l’eau, les routes et l’espace, et qui en joue à sa guise.», concluent les députés français. Pour les faucons du Likoud, la justification de cette colonisation n’est pas historique mais biblique. Historiquement, la Palestine s’étend de la Méditerranée aux rives du fleuve Jourdain. Elle recouvre ainsi l’actuel Etat d’Israël (sans le plateau du Golan syrien annexé) et le territoire actuel de la nation palestinienne, soit la Cisjordanie et la bande de Gaza.
Sur le mot Palestine, les historiens s’accordent à y voir les Philistins, peuple méditerranéen probablement originaire de la Crète qui s’installe, au XII ème siècle avant JC, sur les côtes de l’Egypte et du pays de Canaan. L’installation des Arabes commence à partir du VII ème siècle. Le territoire est resté à majorité arabe plus d’un millénaire. En 1880, la communauté juive représentait moins de 5 % de la population. Aujourd’hui, la donne a changé. Yasser Arafat avait promis aux réfugiés palestiniens de leur rendre les maisons perdues en 1948 au moment de la création d’Israël. Avec sa disparition, nombre de Palestiniens craignent que ce droit légitime au retour ne soit sacrifié sur la table des négociations. « Nous craignons que celui qui succède à Arafat conclue un accord avec Israël pour un Etat palestinien où nous ne serons même pas autorisés à aller. Alors, le monde entier nous oubliera», confie à l’AFP un réfugié vivant au Liban, pays où, à la différence de la Jordanie, les Palestiniens n’ont pas droit à la nationalité et ne peuvent accéder à certains emplois. Pour rappel, la dernière proposition d’un Etat, dans un plan de paix proposé par l’ancien président américain Bill Clinton en décembre 2000, aurait autorisé les réfugiés à s’établir dans un Etat en Cisjordanie et dans la bande de Gaza en échange de l’abandon de leur demande de retourner en Israël. Mais les pourparlers sont morts dans les nouvelles violences israélo-palestiniennes ayant éclaté trois mois plus tôt.

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