Pierre-Robert, l’émir stéphanois (3)

Antoine Pierre-Robert sera convaincu par quelques salafistes marocains de laisser tomber ses plans terroristes en France et commencer le Jihad au Maroc, en terre d’Islam. Fait émir par son entourage direct (avec le rituel de rigueur), il se déplace dans plusieurs villes du Maroc pour embrigader davantage de "soldats". Jalal El Moudden lui facilitera la tâche à Fès où il rencontre, entre autres, Khalid Tajri, Redouane Abdelhak et Hassan Kheddaoui. Le groupe voulait d’abord attaquer l’usine qui employait ce dernier ; ses employeurs ayant été considérés comme des "apostats". Le groupe Pierre-Robert planifiait aussi des attaques contre les barrages de la Gendarmerie royale sur la route menant de Tanger à Fès pour voler leurs armes. Marjane-Tanger figurait également parmi les cibles.
Pour se préparer à ces raids, les membres du groupe se replient dans la localité dite "El Kifane" (les grottes) dans la région de Fès où ils se livrent à de rudes entraînements. Le domicile du dénommé Khalid El Haddad (impliqué avec Kheddaoui dans le meurtre d’une vieille dame à Larache) est aussi mis à contribution à Tanger.
Pour plus de précautions (Antoine Pierre-Robert en prenait énormément), le groupe décide de "délocaliser" ses activités vers les régions montagneuses de Chefchaouen et c’est à partir de cette région-là que l’émir stéphanois comptait lancer les hostilités contre le régime marocain dans la perspective de création d’un émirat islamique : un rêve fou pour un terroriste mégalomane et énigmatique comme en témoignent ceux qui ont eu à l’approcher. Car, même lors de son procès, Antoine Pierre-Robert ne se départira pas d’un certain mépris pour les autorités marocaines allant jusqu’à exiger un interprète, lui qui parlait couramment le dialectal et l’arabe classique. Comme il lui arrivait d’exiger, par exemple, que soit "chassé" de la salle du tribunal un officier de la police qu’il accuse de torture ! Cela faisait vendre la "cause" du Français injustement poursuivi par la justice d’une « ex-colonie ». La présence notoire de diplomates de l’Hexagone et d’une robe noire parisienne, l’encourageait à le faire.
En plus de son rêve d’établir un émirat islamique à partir de Chefchaouen, l’ex-voyou de Saint-Etienne comptait, déclarera-t-il, sur une insurrection des populations du Nord pour le soutenir.
En mars 2003, le groupe s’entraînait toujours dans les montagnes de Chefchaouen et était prêt à s’attaquer aux forces de l’ordre avant d’assaillir les casernes.
Antoine Pierre-Robert a déclaré aux enquêteurs avoir été de passage le 14 mai 2003 à Casablanca où un des théoriciens salafistes (Dechraoui) l’informera qu’un autre groupe de "moujahidine" allait passer à l’acte de manière imminente. Le groupe de Pierre-Robert avait alors reçu la consigne de geler ses activités. 
Arrêté dans la forêt "California" à Tanger sur la base des signalements obtenus par les enquêteurs, Antoine Pierre-Robert a été condamné à 30 ans de prison. Dans ses déclarations, jamais il ne formulera la moindre compassion pour les victimes des attentats de Casablanca. Devant les juges, il essaiera à maintes reprises de faire diversion. A titre d’exemple, il déclarera qu’il travaille pour le compte de la DST marocaine. Au grand bonheur d’un Jean-Pierre Tuquoi présent, avec la plus grande assiduité, lors de toutes les phases de ce procès.
Quand Antoine Pierre-Robert se verra demander un "dernier mot" par le juge El Bachiri, il aura cette réplique qui restera dans les annales des procès post-16 mai 2003 : "Je veux voir le Roi !".
Malgré plusieurs démarches de ses avocats, Antoine Pierre-Robert s’est vu refuser à maintes reprises la possibilité de purger sa peine en France comme le permettent les accords judiciaires avec le Royaume. L’ex-futur-émir de l’"Emirat islamique de Chefchaouen" est toujours bien à l’ombre à la prison de Salé. Et pour longtemps encore. Les 33 autres membres de son groupe ont écopé de diverses peines d’emprisonnement.

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