Port de Casablanca : La situation est toujours critique

Au bout de quatre jours de mobilisation et de travail en continu, l’immobilisation reste le mot d’ordre au port de Casablanca. Les responsables du port auront beau se montrer optimistes et rassurants, l’opération de décongestionnement traîne. Le constat est préoccupant. Depuis l’entrée  du port et jusqu’aux quais une file de 2,5 Km de camions longe toute la voie d’accès. La durée d’attente reste particulièrement longue. «Un camion doit attendre entre 15 et 24 heures pour qu’arrive son tour», affirme un responsable au port.
Les chiffres le confirment donc, la situation de blocage risque de durer encore. Selon Abdallah Araban, directeur régional de la Douane au port de Casablanca, la mobilisation pendant les quatre jours fériés n’aura servi à rien. «Nous avons gaspillé beaucoup d’énergie pour rien», affirme-t-il en déplorant le manque de coopération des opérateurs économiques directement concernés. «Les opérateurs ne se sont pas prêtés au jeu», ajoute-t-il en regrettant leur «manque de réactivité». M. Araban cite des chiffres pour étayer cette frilosité des opérateurs économiques. Sur une moyenne quotidienne de 740 déclarations en douane, ses services n’ont reçu que 14 déclarations le dimanche 19 août contre 261 la veille et seulement 33 le mardi 21 août. «En quatre jours, nous avons réalisé à peine 12% du volume des déclarations habituelles alors que nous avons mobilisé tous nos services à cet effet», regrette M. Araban.
La cadence des enlèvements des conteneurs n’a pas non plus été à la hauteur de l’effort fourni. Pour une moyenne de 850 conteneurs qui quittent le port chaque jour, le nombre d’enlèvement n’a guère dépassé 273 boîtes par jour entre le 19 et le 21 août. Toutefois, et à en croire le responsable de l’Administration des douanes, le manque de réaction des opérateurs ne devrait atténuer en rien cette mobilisation. «Nous allons essayer de maintenir la cadence actuelle du travail, tout en espérant que cela puisse servir à quelque chose de concluant», affirme M. Araban.
Une action de sensibilisation tous azimutes a été lancée auprès des opérateurs. Les services concernés ont créé des commissions mixtes qui se penchent, en permanence, sur la question. Des actions de porte-à-porte ont même été entreprises pour inciter les sociétés à enlever leur marchandise. Mais pour le moment, ce ne sont que des mesures ponctuelles et des actions d’urgence.
«La crise est structurelle», affirme-t-on. Le port de Casablanca manque d’espace, d’infrastructures et de logistique. Ce port devrait troquer sa vocation de port de stockage pour celle d’un port de passage. La situation actuelle reflète, en outre, un manque de prévision chez les gestionnaires et l’autorité de régulation. Elle fait même dire, à certains observateurs, que la réforme du transport maritime a été faite dans la hâte et n’a pas pris en considération tous les éléments nécessaires.
Il n’en demeure pas moins que les faits sont là. La grève des remorqueurs, en juin dernier, a ralenti l’opération de l’enlèvement des conteneurs, le cumul des boîtes s’est accentué à mesure qu’approchait la période des congés des entreprises. Résultat, au moment où celles-ci ont commencé à suspendre leur activité, le port était déjà saturé.
Il faut dire, aussi ,que les opérateurs économiques ont pris l’habitude de faire du port une zone de stockage très bon marché pour leur marchandise. Ce qui ne fait qu’accentuer la crise. Un autre facteur non moins important a contribué à la crise. Alors que l’Agence nationale des ports, ANP, tablait sur une croissance de trafic des conteneurs de 7%, celle-ci a été de 16% pendant les six premiers mois de l’année et risque d’atteindre facilement les 30% vers la fin de l’année. À cela, s’ajoute, également, l’évolution du transport des conteneurs. Le quai qui pouvait recevoir quatre porte-conteneurs ne peut plus en recevoir que deux, vu que leur capacité a doublé. Et le temps de charger les 2.000 boîtes qui sera prolongé fera augmenter également le nombre des navires en rade.
Des actions ont été certes entreprises, l’ANP est en train d’aménager une nouvelle aire de stockage de 10 ha, mais la situation est encore plus grave. «Les rendements (du port) restent en deçà des normes internationales et les délais de séjours trop longs encombrant les aires de manutention et de stockage », souligne-t-on auprès de la wilaya de Casablanca qui chapeaute une cellule de crise chargée de se pencher sur la situation au port.
Auprès de la même instance, l’on reconnaît l’échec. «Afin de mettre à niveau les ports de Casablanca, les meilleures pratiques doivent être adoptées par les différents opérateurs, les banques, les importateurs, l’ensemble des compagnies de transports et de navigation marocaines», souligne-t-on auprès de la wilaya.
Et pour cela, un audit détaillé sera soumis à des experts internationaux pour décortiquer tout le processus.
En attendant, des mesures de simplification et de coordination sont mises en place pour améliorer la fluidité du trafic, notamment de nouvelles aires de stockage et de dédouanement au niveau des centres d’entreposage.
D’autres solutions sont également en vue et consistent à dévier certains produits d’importation, plus encombrants, vers d’autres ports, Jorf Lasfar notamment. Toutefois, tient à préciser M. Araban, le problème n’est pas posé par le conventionnel, le vrac ou le divers, mais par une hausse importante de trafic de conteneur et leur durée de permanence particulièrement longue au port. Et outre celui de Casablanca, aucun port n’est, pour le moment, équipé d’engins de manutention, les portiques en l’occurrence, pour manœuvrer ces boîtes.

À cause de la crise, Badr est en stand-by
La crise au port de Casablanca a fait des dommages collatéraux. Au moment où la douane s’apprête à basculer dans le «tout numérique», avec la mise en service du deuxième palier de Badr, la crise bat son plein au port. Le basculement vers la nouvelle base automatisée des douanes en réseaux devait être opéré le 22 août. «Toute la logistique nécessaire a été mise en place. Nous avions juste besoin de trois jours pour faire migrer toutes nos bases de donnée vers le nouveau système», explique Abdallah Araban. Il a été prévu, en effet, de profiter des quatre jours fériés qui ont précédé le jour dit pour accomplir ces opérations. Des associations et opérateurs économiques ont été informés et sensibilisés, une structure de formation et d’accompagnement a été mise en place, des cellules spécifiques pour intervenir en cas de difficultés ont été créées et un programme de formation confectionné au profit des déclarants. La Douane a même mis en place au sein de son bâtiment, au port de Casablanca, une salle banalisée pour permettre aux opérateurs de saisir leurs déclarations, et de se familiariser davantage avec le nouveau système. Une sorte de formation continue au frais de la Douane, en somme. Le déploiement du système Badr a, donc, été reporté. Aucune date précise n’a été avancée pour sa mise en service. «Nous attendons que la situation au port se stabilise, et nous aurons besoin, alors, de trois jours pour accomplir la migration vers le système», affirme M. Araban.

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