Profession : Artistes peintres ambulants

Profession : Artistes peintres ambulants

Si pour certains, l’été est par excellence la saison  des vacances, pour d’autres, le repos est à inscrire au calendrier grec. C’est le cas des artistes d’une manière générale. Les festivals et les activités d’animation que connaissent certaines villes font appel à eux afin d’égayer l’ambiance avec leurs couleurs. Seulement, ce qu’il faut savoir, c’est qu’il y a des artistes qui sont contactés par téléphone et d’autres qui sont obligés de prendre leur bâton de pèlerin pour exposer leur «génie créatif». C’est le cas des artistes peintres ambulants. Ces « marchands » de couleurs et de dessins sillonnent les espaces libres pour les transformer en galeries d’exposition richement décorées en fresques et en paysages captivants.
Ces pèlerins des temps modernes savent ce qu’est la proximité artistique. «L’art a ses temps de solennité», conviennent-ils à dire. Mais le quotidien d’une vie dure a aussi ses règles d’or. Un phénomène qui prend de plus en plus d’ampleur, notamment à Saidia où, à chaque été, les boulevards principaux : Mohammed V et Hassan II se transforment en espaces pour des ateliers de peinture. Garnis de tableaux authentiques, les amateurs découvrent leur goût pour la peinture. Mais à la différence des véritables galeries d’art où le prix de la toile bat tous les records inimaginables, la toile à Saïdia est à la portée de tous. «Chaque année, j’achète un tableau  pour décorer ma maison. C’est original et c’est moins cher !», s’exclame Souad Tagui, une estivante habituée de ce type de négoce. De son côté, Ahmed Hamdi pense que même si les prix sont abordables, la qualité des produits de base laisse à désirer. Cela ne l’empêche pas de s’offrir quelques models.
Qu’en pensent les artistes peintres ?  Pour Boujamaa Himama, le phénomène n’est pas à dissocier des critères du temps et de l’espace. Saïdia est une ville touristique et, par conséquent, les estivants, qui débarquent en été, aiment bien garder un souvenir qui leur rappellera leurs moments passés dans cette ville. Les tableaux exposés représentent, dans leur majorité, des  paysages marocains typiques, qui sont convoités notamment par les ressortissants marocains à l’étranger. Ces derniers  tiennent à ce que leur pays soit présent dans le décor de leurs maisons bien loin du pays natal. «Pour nous, c’est une contribution à l’effort collectif pour faire connaître notre pays», indique ce peintre tenant à souligner que c’est ce travail artistique qui respecte les normes artistiques de la peinture sur toile ou sur bois : «Il n’a rien à envier aux créations exposées dans les galeries de renom. Ce n’est pas commercial du moment que la conception  respecte les normes de la créativité. C’est dans la difficulté qu’on prouve qu’on est véritable artiste ou bien un simple exposant de produits d’art», insiste-t-il.
Devant la toile, les connaisseurs distinguent la valeur des tableaux. Ceux qui cherchent à assouvir leurs désirs de décoration trouvent aussi leur compte. Houssam Talbi, un autre peintre, évoque, lui, le calvaire  que subissent les huit artistes qui exposent à Saïdia pour décrocher une autorisation. «Pourquoi ne pas aménager des espaces appropriés pour qu’on puisse exposer dignement nos toiles sans avoir à endurer les tempéraments des responsables qui peuvent annuler une autorisation à n’importe quel moment», se demande-t-il. Abdelkader Belbachir, un autre artiste peintre, ajoute : «Au lieu d’exposer n’importe où  et n’importe comment n’est-il pas souhaitable d’aménager des espaces en mesure de converger l’effort collectif pour une meilleure mise en valeur du patrimoine artistique». De son côté, Khalid Yaâcoubi préfère parler des matières premières et démystifier les jugements dépréciatifs  des détracteurs.  «Si on change la peinture à huile par une peinture à eau, par exemple, c’est pour répondre aux besoins de la clientèle. On est obligé de modifier les produits de base afin   qu’on puisse trouver le juste équilibre entre le prix de revient et de vente. C’est le critère de la demande et de l’offre qui nous interpelle dans de telles situations», affirme ce peintre. M. Yaâcoubi tient à insister sur le fait qu’ils sont, lui et les autres artistes ambulants, «d’abord des plasticiens». Ils auraient aimé, d’après lui, n’exposer que dans des galeries d’art et non dans des ateliers ambulants, mais  «à chacun son destin». Les thèmes évoqués par leurs tableaux se rapportent essentiellement aux paysages environnants : les qasbahs, les Kssours, les célèbres portes du Royaume, les chevauchées de fantasia, les vestiges… La forme des tableaux varie entre le 17 cm / 35 cm et le 120 cm / 80 cm, alors que les prix  oscillent entre 70 DH et 1.200 DH.  Dans les meilleurs cas, ces artistes arrivent à réaliser 6.000 DH  de bénéfice net au cours de la période estivale. Quant à l’autorisation municipale  pour exposer, son tarif varie entre 800 et 1.500 DH.

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