Ramadan au pays du million de poètes

Ramadan au pays du million de poètes

Une certaine nonchalance poétique règne à Nouakchott durant ces journées Ramadan 2006. Les affaires sont au ralenti. Le peuple se dépassionne des «affaires de pétrole» et meuble ses journées avec le menu fretin de la politique locale, arrêté ces temps-ci sur les conséquences du ftour présidentiel offert aux chefs du parti. La montée en flèche des denrées de première nécessité est acceptée comme un coup du sort.
 Plongée dans une température ambiante d’environ 40 degrés, la ville des poètes veille tard et se réveille tard. Les nuits douces, bercées par la bise de mer sont arrosées de thé à la  menthe. Le jeûne est rompu avec des dattes,  du jus d’oseille rouge, une boisson à base de lait caillé. Le plat de résistance varie d’une classe de population à l’autre.
Après une journée torride, Nouakchott retrouve sa vie normale dès la tombée de la nuit. Et jusqu’aux premières heures de l’aube, une certaine animation règne à travers les quartiers. Dès que vient le jour, l’hibernation reprend son droit.
Dans ce pays de commerçants, seule la pugnacité des vendeurs du marché de la capitale résiste à  la chaleur et à l’ivresse du sommeil.
Au fur et à mesure que l’heure libératrice approche, le trafic se densifie dans les  grandes artères de la ville.  Une véritable course contre la montre s’engage entre les automobilistes, qui n’ont plus en tête que le litre de lait qu’ils vont ingurgiter au Ftour. Même urgence aussi bien dans les quartiers huppés comme Tevragh Zeina, le cœur de la ville (les médinas) que dans les nouveaux quartiers périphériques (Arafat, Dar Naim, Basra), reconnaissables à leurs noms qui rappellent les villes d’Irak et ceux du Moyen-Orient.
La ville fait la fierté des Mauritaniens qui l’ont créée en 1957, en plein centre du désert et en bordure de l’Atlantique. Pourtant, peu de Nouakchottois connaissent le sens étymologique du nom de leur ville. Le nom de cette ville, Nouakchott ou Noiakchott selon les retranscriptions, a donné lieu à plusieurs traductions, dont quatre principales : lieu où apparaît l’eau quand on creuse un puit, terrain où les coquillages abondent, endroit au pâturage salé, là où souffle le vent.
L’un des problèmes majeurs de la ville est le manque de gestion de sa croissance. Les estimations de 1960 donnent une population de 8 000 habitants en 1980, l’estimation montait à 400 000 pour l’an 2000. Dans les faits, elle était de 400 000 en 1990 et elle a dépassé le million d’habitants de nos jours. La ville n’a pas été conçue pour supporter un tel poids démographique.
De plus, une  partie de la ville est située en-dessous du niveau de la mer ; les dunes, déjà fragiles, ont servi de supports à des constructions «pauvres». La modification des courants côtiers marins due en grande partie à la construction du port, entraîne une déstabilisation rapide du cordon dunaire côtier. Alors que paradoxalement s’intensifie l’urbanisation derrière ce cordon, dans une zone légèrement plus basse que le niveau de l’océan.

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