Sarkozy corrige Fillon sur la sortie de crise

Sarkozy corrige Fillon sur la sortie de crise

Alors que l’on croyait que le procédé qui consistait pour Nicolas Sarkozy à dépêcher le lendemain sur les ondes un de ses conseillers pour corriger les bourdes commises par un des ses ministres la veille, faisait partie d’un  passé révolu, voilà que l’on retrouve Henri Guaino, le conseiller spécial de l’Elysée en train de tenter de gommer un malentendu initié par le Premier ministre François Fillon lui même et sa ministre de l’Economie Christine Lagarde.
L’histoire se présenta comme un étourdissement précoce qu’aurait précipité le triomphe de la majorité présidentielle aux élections européennes. Dans la foulée de l’enthousiasme, Nicolas Sarkozy décide de s’adresser aux deux Chambres réunies en congrès à Versailles le 22 juin prochain comme l’y autorise la dernière réforme constitutionnelle. Grisé sans aucun doute par le succès, François Fillon commet une déclaration fracassante et croit savoir que Nicolas Sarkozy évoquerait dans son premier discours d’hyper président : «ce que devrait être notre contrat social, notre contrat républicain, dans le cadre de la sortie de crise qui s’amorce».
Christine Lagarde, la ministre de l’Economie, avait déjà commencé  un ton nouveau. Même en prenant toutes les précautions, elle donne cette impression voulue pour François Fillon que la sortie du tunnel n’est pas loin : «Je ne suis pas prête à m’emballer sur la sortie de crise, à dire: «le point de retournement est atteint». Mais Il faut en revanche «anticiper la manière dont les mesures qui ont été prises pour soutenir l’activité seront supprimées».
Devant l’excitation des ses ministres, le sang de Nicolas Sarkozy ne fait qu’un tour et décide de leur envoyer Henri Guaino en pompier pour doucher cet enthousiasme précoce et injustifié.
Le conseiller du président, écrivain de ses discours les plus emblématiques, père géniteur de l’Union pour la Méditerranée, se fait un plaisir de renvoyer François Fillon au silence qu’il n’aurait jamis dû quitter : «Le Premier ministre n’a pas voulu dire que la crise était finie (…)  Il n’est absolument pas dans l’esprit du Premier ministre aujourd’hui de penser que la crise est terminée et que tout va recommencer comme avant. Non, la crise n’est pas finie, nul ne sait jusqu’où elle s’aggravera et quand elle se terminera». Et Henri Guaino de donner une véritable leçon de savoir gouverner qui doit encore résonner dans le gencives de François Fillon : «gouverner, ce n’est pas prévoir, gouverner c’est décider, gouverner, c’est agir».
Comme Claude Guéant secrétaire général de l’Elysée, Henri Guaino n’est pas homme à avoir ses propres humeurs quant il s’agit de transmettre la pensée présidentielle. Il le fait avec un style qui en dit long et sur ses ambitions personnelles et sur ses mauvaises relations supposées avec Matignon. Plusieurs raisons expliquent que Nicolas Sarkozy court le risque de provoquer un couac publique avec son Premier ministre alors le ciel électoral et politique est bleu azur depuis la victoire aux européennes. La première est qu’il ne voudrait pas que le fait de claironner de cette manière «la sortie de crise» ne suscite les appétits des partenaires sociaux auxquels, crise et reformes obligent, l’état avait imposé une diète amincissante. Parler de cette manière de la fin de la crise équivaut à donner un feu vert pour les syndicats le plus radicaux à élever le plafond de leurs exigences. La seconde raison qui explique la mauvaise humeur présidentielle est que Nicolas Sarkozy, qui est entré dans les mémoires comme l’homme qui a su gérer la crise, voudrait être le premier à en annoncer la fin ou du moins les signes précurseurs de sortie de crise. En parlant de cette manière sur la sortie de crise qui s’amorce, François Fillon et Christine Lagarde obèrent, volontairement, ce qui est grave, involontairement , ce qui est pire, la stratégie d’annonce de Nicolas Sarkozy dont Versailles est le cadre historique et prestigieux. Et sauf à croire qu’Henri Guaino en a rajouté dans le style, ce couac supplémentaire n’est pas fait par rasséréner les relations, déjà distantes, entre Nicolas Sarkozy et son Premier ministre François Fillon.

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