Souvenirs de « Al-Tahrir » (42)

Souvenirs de « Al-Tahrir » (42)

Le retour définitif de Allal Fassi au Maroc (juillet 1956), et la nomination d’un Comité politique de quarante membres représentant les courants progressiste et conservateur au sein du pari;
– Enfin, et pour développer une vision représentative de l’intégralité des ailes et forces composant le parti, sera décidée la tenue –lors de la fête commémorative de la Révolution du Roi et du Peuple (20 août)- des Conseils nationaux du parti, de la résistance et du Syndicat. Une commission sera formée pour la rédaction des textes préliminaires des décisions des trois Conseils.
Le Conseil national de la Résistance et de l’Armée de Libération se réunira le 16 août 1956. Celui de l’UMT aura lieu les 17 et 18 du même mois, et celui du parti de l’Istiqlal les 19 et 20.
Ce dernier, ouvrant ses travaux, le 19 août, par un discours de Allal Fassi sur les données conjoncturelles, s’achèvera par la reconduction du Comité exécutif. Le Conseil requerra de ce dernier de mettre fin à la participation des ministres du parti au gouvernement de coalition, et d’oeuvrer auprès de Sa Majesté le Roi à la constitution d’un gouvernement homogène, capable de mettre en application le programme d’urgence du parti. Il en appellera également au Comité exécutif pour ne permettre à aucun membre du parti de participer à un gouvernement qui serait incapable d’entreprendre la réalisation du programme du parti, tel qu’approuvé par le Conseil national, qui avait appelé à constituer un gouvernement homogène, et à procéder à des élections locales et régionales, en vue de l’institution d’une Assemblée nationale, chargée d’établir une Constitution pour une monarchie constitutionnelle.
Le Conseil national de la Résistance et de l’Armée de Libération publiera, quant à lui, un communiqué où il appellera à l’instauration d’une monarchie constitutionnelle, en conformité avec les principes de l’Islam, et dans le respect des droits de l’Homme, tels que définis par la Convention internationale relative à ces droits ; à assainir l’administration en la débarrassant des «seigneurs féodaux et autres traîtres» ; à la marocaniser et à l’arabiser, et à oeuvrer à ce que «l’appareil administratif actuel –sclérosé et utilement dispendieux- se transforme en une administration souple, à même d’appliquer avec loyauté et enthousiasme une politique de relèvement économique et de développement social.» Le communiqué appellera également à «définir une politique claire de l’Etat, concernant l’armée nationale, afin que cette armée devienne un outil efficace, capable d’assurer la défense du pays, un dépositaire de l’esprit patriotique, et une école de vertu au sein de la nation, sous la direction d’officiers loyaux et compétents.». Il soulignera par ailleurs la nécessité de «mettre un terme aux complots fomentés par les éléments destructeurs, qui avaient considérablement nui à la nation par le passé, et qui, forts de la position politique et sociale qui est la leur au sein du Maroc indépendant, représentent toujours un danger pour les intérêts suprêmes du pays, et une entrave à la libération du peuple.» Pour qu’il soit possible d’atteindre ces objectifs, ajoute le communiqué, «le Conseil national qui soit à même d’y oeuvrer: un gouvernement homogène, solidaire et responsable, qui procède d’un programme clair et défini, établi sous forme de plans à terme, afin de mobiliser l’enthousiasme populaire et de mettre en oeuvre toutes les forces vives du pays, pour élever le Maroc au rang des nations développées et prospères.»
Lorsque –conformément aux décisions adoptées par le Conseil national du parti- les ministres issus de l’Istiqlal eurent quitté le gouvernement, s’amorça une crise politique, qui advint dans des circonstances marquées par la campagne menée, pour le compte de la Troisième force, par Lahcen Youssi, comme nous venons de le voir. En réaction à cette campagne empreinte d’une forte teinte tribale, Allal Fassi entreprendra une tournée qui le mènera aux mêmes centres de l’Atlas visités auparavant par Youssi. Dans les discours qu’il y donnera, le leader istiqlali insistera sur l’analyse historique des origines communes des groupes ethniques amazigh et arabe du Maroc. C’est en se rendant, durant cette tournée, à Boulmane, qu’il fera l’objet d’une tentative d’assassinat (Dans al-Alam du 25 septembre 1956, on pourra lire que 34 coups de feu avaient transpercé la voiture du leader, mais que, indemne, il avait pu poursuivre sa route pour donner le discours attendu à Boulmane). La crise gouvernementale s’en trouvera aggravée, mettant le Roi devant la pénible alternative consistant à devoir choisir entre l’Istiqlal et les autres. Un événement interviendra cependant, qui fera de l’unité autour du Roi une nécessité conjoncturelle, et rendra possible la constitution du second gouvernement Bekkay. En voici l’histoire

9- Un second gouvernement non homogène
Les différentes factions de la révolution en Algérie s’étant réunis en congrès au Caire, en octobre 1956, pour proclamer la fondation du Front de Libération Nationale algérien, quatre des dirigeants du Front –Ahmed Benbella, Mohamed Khaïder, Mohamed Boudiaf et Houcine Aït Ahmed, accompagnés de Mustapha Acharaf, auteur et romancier algérien- vinrent au Maroc mettre les responsables locaux au fait des décisions adoptées par le Congrès ; puis, dans le même but, ils se rendirent, le 22 octobre, en Tunisie, à bord d’un avion marocain. Mais, intercepté en vol par des chasseurs français, l’avion fut forcé à atterrir à Alger.
S’ensuivront au Maroc de violentes manifestations, dont notamment celle qui eut lieu à Meknès, et qui devait dégénérer en de sanglants événements. En protestation contre cet acte de piraterie aérienne qui constituait une franche atteinte à la souveraineté marocaine, l’ambassadeur du Maroc à Paris, feu Abderrahim Bouabid, sera rappelé à Rabat. On décidera également de procéder d’urgence à la formation d’un nouveau cabinet (25 octobre) dont la présidence sera à nouveau confiée à Bekkay.

• Par Mohammed Abed al-Jabri

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