Touti : la belote Fassie

Nombreuses sont les familles marocaines qui préfèrent sortir lors les soirées ramadanesques. Chose compréhensible. En effet, la diversité et la multiplicité des moyens de divertissement pendant le mois de jeûne font que chacun y trouve son compte. Par contre, d’autres familles préfèrent passer les nuits de Ramadan chez eux et recevoir des amis ou des proches. C’est le cas de la famille Benkirane. Durant le mois sacré, les Benkirane reçoivent constamment des invités. Ils se réunissent autour d’un verre de thé pour discuter, mais surtout pour jouer. Menu principal de ces soirées chaleureuses, le Touti, bien entendu. Ce jeu de cartes que les familles fassies jouent de génération en génération.
«Ce sont mes parents qui m’ont appris à jouer au Touti. J’avais entre 7 et 8 ans. À l’époque, j’étais toujours impatient de jouer avec eux. C’est un jeu très amusant et qui nécessite beaucoup de stratégie. Malgré mon âge, j’ai gardé le même enthousiasme. Faire quelques parties de Touti avec les amis est toujours un grand plaisir,» nous confie M.Benkirane. «On organise durant le mois de Ramadan une sorte de compétition entre les familles. Ça donne une autre dimension aux soirées.
L’atmosphère devient très conviviale», a-t-il ajouté. Ce soir, la famille Benkirane reçoit les Bennis. Pour Benkirane, ça sera une occasion de se venger. La dernière fois, c’était les Bennis qui avaient gagné. Une fois les invités arrivés, chacun prend sa place autour de la table. Il faut deux équipes pour pouvoir jouer au Touti. Chaque équipe se compose de deux joueurs. C’est la fille cadette des Benkirane qui procède à la distribution des cartes. Chaque joueur reçoit dix cartes. Dans ce jeu, chaque carte a une valeur sauf le numéro 2 et les cartes allant de 4 à 7.
Le valet (Sota) vaut 2 points, le cavalier (Caballo) 3 points, le roi (Rey) 4 points, le Trois 10 points et l’As 11 points. Avant de commencer une partie, chaque équipe doit faire une mise en fonction de ses cartes.
L’équipe ayant la plus grande mise choisit une couleur comme atout. En fin de partie, cette équipe doit récupérer sa mise et son atout. Sinon, c’est l’autre équipe qui gagne. Par ailleurs, lorsqu’un joueur possède un Cavalier et un Roi d’une même couleur, il a droit à un bonus de 20 points. Si ces deux cartes sont de la couleur de l’atout, l’équipe aura droit à 40 points. Ça s’appelle le «ghna», qui signifie chant. Pour bénéficier de ce bonus, il ne faut pas que l’autre équipe s’empare de ces cartes. Et avant de jouer ces cartes, il faut aussi les annoncer et déclarer qu’il s’agit d’un «ghna». Durant les mises, les joueurs prennent en compte le «ghna». La mise minimale est de 70 points.
Ils peuvent aussi miser sur 80 points avec une seule possibilité de «ghna» ou sur 90 avec la possibilité soit d’un ghna de 20 points, soit de 40 points, cela dépend des cartes. Enfin, au-delà de 100 points tous les ghnas deviennent possibles. Comment ça se passe le jeu ? Chaque joueur, à tour de rôle, lance une carte et la carte la plus importante de la couleur demandée remporte le tour. Par exemple, si un joueur lance un Cavalier «épées», le joueur suivant lance un Roi «épées», un autre joueur lance un As «Ors» et le dernier lance un sept «bâtons». Bien que la carte la plus importante est l’As, c’est au Roi a qui revient de remporter ce tour car il est de la même couleur que la première carte lancée.
L’équipe gagnante est celle qui a misé et remporté sa mise ou bien celle qui empêche l’autre équipe de remporter sa mise. Après une série de parties, les Benkirane ont perdu une fois de plus. Pour M.Benkirane, la revanche pourrait attendre. Pour l’instant, il doit revoir sa stratégie de jeu.

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