Traditions ramadanesques : Oujda : Une fête de tous les jours

Traditions ramadanesques : Oujda : Une fête de tous les jours

Ce n’est pas un secret de polichinelle de rappeler que dans le Maroc oriental, le religieux a toujours gardé une authenticité intrinsèque. Le jeûne est observé par tous. Et ce, dès le jeune âge. Toutes les petites filles et leurs petits frères se vantent de leur premier jour de carême. En plus de cette satisfaction personnelle qui fait la fierté de nos enfants, les parents organisent tout un rituel de «fiesta» pour commémorer l’événement. La jeune femme, selon un adage local, se souvient de deux jours, le jour de son premier jeûne et le jour de son mariage. Ce jour-là, les jeunes filles se transforment en princesses ou en nymphes ramadanesques grâce à leur beauté gracieuse et innocente et aux parures ornementales qu’elles portent pour la première fois. Dès le matin, elles sont accompagnées chez des neggafate spécialisées dans le maquillage des fillettes puis c’est vers le studio des photographes qu’elles se dirigent pour éterniser ce jour de piété. La photo, souvenir prise pour la circonstance occupera pour longtemps une place de choix dans l’album souvenir de la jeune fille. Accompagnées de leurs mères, elles rendent visite par la suite aux autres membres de leur famille. La fierté d’un jour ne mérite-t-elle pas qu’elle soit glorifiée et partagée ?
Concernant les garçons : faire le jeûne pour la première fois, c’est prouver qu’il ne fait plus partie du monde des petits enfants. Par ce comportement, il cherche à intégrer le rang des grands même si on ne lui réserve pas toute une fête, car il a déjà eu la sienne le jour de sa circoncision.
Et au moment où les petits jouissent de leurs fêtes que font les grands ?
Tout d’abord, on peut signaler que le cérémonial du Ramadan commence en Châabane par le nettoyage de la maison, la préparation des épices et la conservation des tomates pour la harira. Certes, la harira est toujours une harira que ce soit à Marrakech ou à Tétouan (sans oublier la nouvelle vague des hariras express). Cependant sa préparation varie selon les régions du Royaume, si ce n’est selon chaque femme. A Oujda , la harira se prépare d’abord par une levure traditionnelle, malaxée la veille, puis avec tous les autres ingrédients connus par les femmes et surtout avec beaucoup de persil, de coriandre, de céleri tout en laissant une place de choix pour les tomates. A voir la quantité de coriandre, de persil et de céleri que les femmes d’Oujda mettent dans leur harira, on peut facilement déduire qu’on a affaire à une spécificité locale.
Cette harira est présentée, juste après que le muezzin ait appelé à la prière du Maghreb, avec des dattes. Elle est suivie d’un café ou d’un thé selon les goûts. Bien sur les friandises de circonstance, à savoir les Msamene, Mbassese, Khringou Zlabia, Makroute, Grioueche,….garniront les tables du ftour de mille couleurs et délices. De leurs côtés, des mets traditionnels plus exquis les uns que les autres font la fierté des femmes qui savent les préparer. Concernant les autres menus, on ne peut présenter une fiche exhaustive sans rappeler que cela dépend en partie de la différence entre les nuits hivernales et estivales. Le temps séparant le Ftour du shour est déterminant dans le choix des plats à préparer. En été, la chaleur et le peu de temps qui sépare le crépuscule et l’aube influent sur les recettes et les plats. Le l’ben et la seffa, qui sont des plats légers usuels en été, ne résisteront pas aux creux du froid. Alors qu’en hiver, ils cèdent la place aux plats copieux de résistance. Jadis, et durant les nuits hivernales les familles échangeaient les visites et discutent autour d’un verre de thé, jouaient aux cartes, ou se racontaient des histoires. Même de nos jours, les familles préfèrent la convivialité qui adoucit les cœurs et anime la conversation au lieu de rester à regarder la télévision. A Oujda, on respecte scrupuleusement les normes du moment que plusieurs personnes préfèrent dormir puis se lever au moment du shour. Les jeunes optent pour la promenade nocturne après les Taraouihes. Toutes les places publiques ainsi que les cafés sont submergés par les amateurs du corsé ou du léger. C’est aussi le moment opportun pour déguster une cigarette. D’autres optent pour l’ambiance joviale et bon enfant grâce aux multiples animations musicales. De leurs cotés les personnes qui fréquentent les cafés de l’ancienne médina ne peuvent rater pour tout l’or du monde un «tarhe» de dominos ou de cartes.
 

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