Yassine Ouardini, bras droit de Khattab

Yassine Ouardini, arrêté le 1er août dernier à Salé, aura trente ans en mars prochain. Ce natif de Sidi Slimane et père d’une fillette est présenté comme l’artificier de la cellule de Hassan Khattab, le plus étoffé des groupes islamistes jamais démantelé au Maroc depuis les attentats du 16 mai 2003.
Après un cursus scolaire des plus élémentaires, à Casablanca et Salé, Ouardini intégre le corps de l’armée en 1993 et fait partie des éléments affectés à l’institut de musique de la première base aérienne. Promu au grade de caporal, il rejoint la fanfare de la même base après un entraînement au maniement des armes à Kénitra.
Soldat appliqué, il était également bon athlète puisqu’il a remporté plusieurs titres nationaux en cross-country. Il « attrape » la religion, en 2001, quand il fait la connaissance de Toufik Oukeddi à la mosquée relevant de la base de Salé et commence à se shooter aux couvertures enflammées de la guerre en Irak diffusées par Al Jazeera. Avec trois autres éléments de la même base, il commence alors l’organisation de réunions chez l’un d’eux quand ils ne se passaient pas la littérature puisée sur Internet et portant les signatures de Zarqaoui, Abu Qatada, Ben Laden ou Abdellah Azzam. Ils se mettent également à fréquenter, de manière assidue, la mosquée «Mkinissa» à Salé où prêchait Mohamed Benayyad.
En 2004, le noyau dur du groupe Khattab (ce dernier purgeait alors une peine de deux ans de prison) se consolidait avec la désignation de Toufik Oukeddi en tant qu’émir.
Quelques mois plus tard, ils font la connaissance d’un dénommé Hammadi qui leur enjoint de s’attaquer aux intérêts « juifs et américains » au Maroc.
Yassine Ouardini, pour assurer le financement des plans terroristes du groupe met à contribution ses connaissances en informatique pour confectionner de faux billets de banque : plusieurs dizaines de milliers de billets qui seront écoulés à très petite échelle. Au début de 2006, le groupe rompt avec les dénommés Hammadi et Benayyad et rencontre Hassan Khattab qui venait de quitter la prison. C’est le début de la naissance de «Jamaât Ansar al Mahdi ». Le printemps de la même année, il prend part à la préparation de la base arrière du groupe à Ajdir (dans le Rif), projet abandonné pour un litige foncier. C’est à cette même époque que Yassine Ouardini est désigné émir militaire national pour chapeauter les diverses cellules créées dans plusieurs villes sous la supervision de Khattab.
Il sera d’ailleurs parmi les rares membres du groupe à se rendre au domicile casablancais de «Oum Saâd», qualifiée de principale source de financement de la cellule. Juste après la naissance de sa fille, début mai 2006, Yassine Ouardini passe à «plus important» dans les plans du groupe. Avec l’aide de Toufik Oukeddi, il est chargé de la fabrication des explosifs qui serviront à attaquer les cibles désignées par «Jamaât Ansar al Mahdi». Fin juin de la même année, Ouardini peut enfin procéder à des expériences sur les explosifs qu’il a fabriqués : sept essais au total pour tester aussi bien les charges explosives (des cannettes de boissons gazeuses bourrées d’explosifs et ressoudées) et les systèmes de mise à feu. Les essais ont eu lieu dans les forêts de Salé et notamment près de Maâmora et dans l’entourage de la prison civile. Le tout est actionné grâce à un téléphone portable.
Le groupe n’aura pas le temps de passer à l’acte. Fin juillet, Hassan Khattab est arrêté par la police. Yassine Ouardini prend la fuite, en compagnie de deux autres membres du groupe, pour se diriger d’abord à Marrakech, puis une petite localité vers Ouarzazate, puis Béni Mellal et Khénifra avant de mettre le cap sur Oujda, dernière étape avant l’Algérie. Le hasard seul voudra que Yassine Ouardini et ses compagnons rebroussent chemin pour se terrer quelque temps à Rabat. Yassine Ouardini est arrêté dans son domicile à Salé.
Le jour même, il reconnaît la propriété des matériaux qu’il avait dissimulés chez un ami, mais aussi tout le parcours qui l’a mené d’une école primaire de Aïn borja (Casablanca où son père était salarié d’une imprimerie) aux bras de Hassan Khattab et son groupe. Deux jours plus tard, Yassine Ouardini menait les enquêteurs de la BNPJ (Brigade nationale de la police judiciaire) et des éléments de la police scientifique et technique sur les lieux où il avait effectué des tests d’explosifs, quelques semaines plutôt.

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