Youssef Addad, un terroriste à l’ombre de Fikri

Avant d’avoir vingt ans, Youssef Addad pouvait se targuer d’être l’un des assassins takfiristes les plus désincarnés. Son acharnement à la « tâche » n’avait d’égal que chez Youssef Fikri, le chef de « Assirat Al Mostaqim » (le droit chemin) dont ne comptait plus les victimes avant même la fin du siècle dernier et avant que d’autres fous furieux n’ensanglantent Casablanca.
Natif de Youssoufia en février 1980, Youssef Addad, au niveau d’éducation des plus élémentaires, participe dès 1999 aux assassinats planifiés par Youssef Fikri : à Youssoufia, à Mohammédia et à Nador en l’espace de quelques mois seulement. La veille des attentats du 11 septembre 2001, lui, Abdelmalek Bouzgarne et Youssef Fikri se «défoulaient» sur le cadavre du notaire casablancais Assadi aux environs de Aïn Harrouda. Fikri édictait des fatwas comme il respirait surtout quand il s’agissait de trancher les têtes des impies, supplicier les homosexuels ou dépouiller les «Kouffar». Le groupe, en l’espace de quelques mois, accumule plus d’une vingtaine d’agressions dont les victimes sont généralement les Marocains résidant à l’étranger, les étrangers non musulmans et les couples qui s’aventuraient dans des coins isolés.
Youssef Fikri et plusieurs groupes se sont fait mettre la main dessus. Le chef de «Assirat Al Mostaqim» a été condamné à mort et tout le monde retiendra sa réplique au juge après l’énoncé du verdict : Fikri avait simulé l’acte d’égorger quelqu’un lorsque les policiers l’emmenaient.
Reste que Youssef Addad avait disparu dans la nature et courrait toujours des années après le démantèlement de son groupe. Les enquêteurs parviendront aussi à établir sa responsabilité directe dans la préparation des attentats de Casablanca.
Vers la fin de l’année 2003, Youssef Addad, qui circulait sous une fausse identité, a fait l’objet d’un contrôle à la gare routière d’Al Kamra à Rabat. Il s’est saisi d’un coutelas et blessé plusieurs représentants de la force publique avant d’être maîtrisé. Déféré devant la justice, il a été condamné à un an de prison ferme pour agression contre des fonctionnaires de l’Etat et détention de drogue (en réalité, il était en possession d’une bombe lacrymogène). Au moment des interrogatoires, Youssef Addad a affirmé s’appeler Issam Outitch (en fait Outit, a été prononcé Outitch par Addad qui avait perdu ses incisives lors de son arrestation).
Plusieurs mois après son incarcération, divers services de renseignements ont été intrigués d’apprendre que ses amis s’inquiétaient beaucoup pour lui. Des recherches plus minutieuses sont entreprises pour le retrouver. Cette fois, les enquêteurs décident de voir du côté des prisons et surtout des détenus dont l’identité exacte susciterait des doutes. Dans la prison de Salé, l’ex-chef de sûreté de cette ville n’a aucune difficulté à reconnaître Youssef Addad malgré les changements de physionomie que ce dernier présentait par rapport à la photo qui avait été diffusée auparavant.
«Etes-vous Youssef Addad ?», interroge un des commissaires de police en cette nuit du mois de mai 2004. «Oui», répondit-il tout simplement, lui qui avait pris soin, en prison, de rester loin des joutes que suscitaient les centaines de salafistes emprisonnés à Salé.
Un autre procès et de nouvelles enquêtes sont ouverts. Au fil des aveux, d’autres complices de Addad sont arrêtés. Actuellement, le groupe compte 15 personnes dont le procès a été repoussé une vingtaine de fois. Le dernier report, décidé il y a quelques jours, repousse le procès de Addad et Co. au 10 novembre prochain. Car, au fil des reports, les avocats de la défense ont fini par « perdre le fil ». Il est question, cette fois, de désigner de nouveaux avocats dans le cadre de l’assistance judiciaire. Youssef Addad, qui n’a jamais eu la moindre compassion pour ses victimes, devra bénéficier de tous les droits que lui garantit la loi.

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