Bugatti Veyron : les risques de la démence

Bugatti Veyron : les risques de la démence

Constructeur glorieux durant le siècle dernier, Bugatti est de retour aux devants de la scène automobile internationale. Son «revival» aura finalement pris près de 7 ans, puisque c’était en 1998 que le projet «Veyron» était officiellement né. Une idée folle, pondue par les fantasmes (non-irréalisables) de Ferdinand Piëch.
Pour ceux qui ne le savent pas, cet homme est l’ancien patron de Volkswagen et c’est sous sa houlette que le groupe avait repris Bugatti en 1998. Un rachat derrière lequel se profilait un but bien précis : construire, sous ce logo, la voiture de série la plus puissante et la plus rapide de tous les temps. Le Docteur Piëch, était-il fou ? Pas vraiment. Ou alors, disons-le, mais avec un peu d’humour et surtout beaucoup de respect. Car, non seulement cet ingénieur est le petit-fils de Ferdinand Porsche, mais surtout son génie et sa stratégie (politique des plates-formes communes et économie d’échelle) a beaucoup contribué à faire de Volkswagen le premier groupe automobile européen et le cinquième mondial.
C’est aussi dans cet esprit que l’on pourrait reconsidérer la raison d’être de la Veyron. Car, cette voiture, animée d’un moteur de 1.001 chevaux (comme les mille et une nuit) et capable de rouler à plus de 400 km/h, n’était pas une lubie dans l’esprit du Dr Piëch. En fait, ce dernier voulait surtout prouver au monde que le groupe Volkswagen était capable de développer et produire le bolide le plus exceptionnel jamais construit. Un challenge relevé avec brio, mais non sans embûches.
Promise pour chaque année depuis 2001 (année où le groupe VW a officiellement décidé de produire ce modèle), la Veyron tardait à pointer le bout de son capot. Et à chaque prototype, les ingénieurs ont toujours trouvé matière à retoucher l’ensemble. Passionnés et amateurs de coupés sportifs ont donc pris leur mal en patience, jusqu’à la fin 2004, lorsque le constructeur a annoncé que cette fusée de route sera fin prête pour 2005. A la bonne heure !
Il y a des choses à préciser pour mieux appréhender cette voiture. Prévue en 300 exemplaires (durant ses 6 années de production), la Veyron est fabriquée comme une monoplace de Formule 1, c’est-à-dire à la main, une par une. Véritable orfèvrerie mécanique, elle reçoit des composants conçus par les meilleurs équipementiers spécialisés dans la fourniture de pièces pour voiture de compétition, ou même des sociétés d’aéronautique. C’est le cas de sa structure en fibre de carbone, qui provient de l’avionneur franco-italien ATR.
On en dira autant de sa boîte automatique à sept rapports, avec commande séquentielle, développée et produite par une firme anglaise et qui, à elle seule, coûte à Volkswagen la bagatelle de 100.000 euros ! Dur à croire, mais c’est pourtant vrai. «Alors, combien la Veyron coûte-t-elle ?», s’interrogera-t-on… (on le dit plus loin, en bas).
Tout cela pour dire que cette auto est exclusive de la tête aux pieds et que rien n’a donc été laissé au hasard. D’abord, sa hauteur ne dépasse pas 1,20 m, ce qui contribue largement à ses performances routières et aérodynamiques. Autre précision, elle reçoit des jantes étudiées et produites par OZ (fournisseur en F1) et de grands pneus spécialement élaborés par Michelin et homologués pour une vitesse supérieure à 400 km/h. On retiendra aussi que lorsque la Veyron évolue à plus de 200 km/h, un aileron, déjà déployé, s’élève un peu plus, jouant un rôle effectif (d’appui aérodynamique supplémentaire) pour accroître encore la puissance de freinage. Mais surtout, elle est propulsée par un moteur W16 (deux V8 accolés).
Fabriqué fièrement et à 100 % par Volkswagen, ce bloc de 7.993 cm3 est gavé de quatre turbocompresseurs et développe donc 1.001 ch pour un couple de 1.250 Nm (à 2200 tr/min). Sur l’asphalte, cela se traduit par des vitesses et des chronos faramineux : 407 km/h atteint au compteur et le 0 à 100 km/h signé en tout juste 2,5 secondes. Un laps de temps, misérable et vulgairement court, comme s’il s’agissait de gifler quelqu’un.
Tout cela pour dire que cette Bugatti est l’automobile sportive la plus démesurée de tous les temps. Et c’est justement à cause de cela et du fait de sa sophistication à outrance, qu’elle souffre encore de quelques soucis de jeunesse ou plutôt de naissance. Déjà difficilement fiabilisée pour passer du stade de prototype à celui de présérie, la Veyron avait souffert de remous aérodynamiques au niveau des essuie-glaces, quelque peu après avoir été exhibée à Paris au Mondial de l’automobile 2004. Le mois dernier, alors que le constructeur commençait déjà à enregistrer les commandes des richissimes fortunés de la planète, coup de théâtre : des journalistes-automobiles, travaillant pour des revues spécialisées françaises de renom, ont rencontré quelques problèmes, lors des essais-presse de la Veyron, qui se sont déroulés sur le circuit de Nardo en Italie.
Au total, trois des cinq voitures présentes ont été successivement immobilisées pour divers incidents techniques. L’une a souffert d’une baisse brutale des performances du moteur, l’autre a vu sa boîte de vitesse bloquée… Plutôt embarrassés, les responsables de Bugatti ont prétexté le changement brutal de vitesse et de température, suite à des accélérations soudaines (de 50 à plus de 200 km/h). Pour les ingénieurs, il y a visiblement encore du travail à faire, pour ne pas dire, du fil à retordre. Sans quoi, il sera difficile de contenir, ultérieurement et éventuellement, la colère de celui (ou celle) qui aura déboursé le 1 millions d’euros (prix hors taxes) pour rouler en Veyron. On «veyrra» bien…

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