Coupés Jaguar : Des félins nés par le dos de la cuillère

Coupés Jaguar : Des félins nés par le dos de la cuillère

Du père fondateur de Jaguar, Sir William Lyons, l’Histoire retiendra aussi un grand passionné du design. Un homme qui avait lui-même crayonné les side-cars de la toute jeune firme qu’il avait créée avec un certain William Walmsley au début des années vingt. Mais au lendemain de la seconde Guerre mondiale, le maître de la maison de Coventry allait s’éloigner progressivement des planches à dessin. Du coup et pour enfanter la Type E, modèle qui allait succéder à la série des XK (120, 140 et 150), c’est vers Malcolm Sayer que
M. Lyons s’était tourné.
Réalisés dans le plus grand secret, les premiers croquis sont loin des attentes initiales, comme de la réalité finale. Et là, la légende raconte qu’au cours d’un dîner, William Lyons a pris une cuillère –probablement à soupe–, l’a mise horizontalement et dos en haut, puis a déclaré : «Je veux un coupé comme ça !». La cuillère sur la photo ci-contre est donc tout sauf un objet intrus. Malcolm Sayer, aérodynamicien de formation et ayant fait ses armes dans l’industrie aéronautique va donc s’appliquer et exécuter à la lettre les 4 volontés de son patron: un capot interminable, une ligne basse et fuselée, un cockpit court, puis un toit plongeant jusqu’au bouclier arrière.
C’est ainsi que va naître la Type E, un coupé à couper le souffle qui reprend à son compte l’allure aérodynamique et le côté épuré d’un aéronef fluide et futuriste. Et à sa présentation au Salon de Genève de 1961, l’auto fait sensation. Car, au-delà de sa ligne, la Type E est aussi et surtout un bolide capable de hautes performances (240 km/h en vitesse de pointe et le 0 à 100 en 7,1 sec), affiché bien moins cher que ses rivales de chez Ferrari ou Aston Martin. Du reste, c’est par ses aspects techniques que la «E» brillait à l’époque. Caisse autoporteuse à  châssis séparé (faux châssis à tube rectangulaire à l’avant et sous châssis pour l’arrière), freins à disques à l’avant comme à l’arrière, suspensions entièrement indépendantes aux 4 roues… Là encore, la GT de Jaguar n’avait absolument rien à envier aux références. La Type E était spectaculaire à tous les niveaux. Bien évidemment, c’est par son physique que cette anglaise séduisait d’emblée. Certains de ses atours versaient sans excès dans l’extravagance. C’est le cas de feux placés sous un carénage transparent et en quasi-continuité avec la carrosserie, ses ailes arrière marquées telles des hanches par des courbes prononcées, ou encore son capot à bossage central. Autant d’éléments stylistiques clés qui, avec le profil bas et trapu (de la tête d’un félin), ont été repris par les dignes héritières de la Type E.
D’abord, le XK8, puis son remplaçant, l’actuel XK. Près d’un demi-siècle après la naissance de la Type E, son âme est toujours vivante et son allure, dignement préservée, incarne de la plus intemporelle façon l’authentique coupé Jaguar.
Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si elle a été élue «Voiture du siècle» ou encore qu’elle soit l’une des trois voitures qui font partie de la collection permanente de design du Musée d’Art Moderne de New York.

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