Développement Renault en Chine : «Faisons les choses doucement, mais faisons-les bien!»

Développement Renault en Chine : «Faisons les choses doucement, mais faisons-les bien!»

ALM : La nouvelle usine Renault-Dongfeng à Wuhan en Chine tourne à 150.000 véhicules par an, avec pourtant une capacité de 300.000 véhicules par an… Quand ferez-vous atteindre la pleine capacité à l’usine?
 

Carlos Ghosn : Pas de précipitation ! Faisons les choses doucement, mais faisons-les bien ! Nous sommes venus en Chine pour le long terme, alors prenons notre temps! Nous sommes déjà présents en Europe, au Maroc, au Brésil, en Russie, en Inde et en Algérie. La Chine pour nous est une opportunité et il n’y avait aucune raison pour que Renault ne soit pas présent également et notamment dans ce pays. Il est vrai que nous arrivons après d’autres marques déjà présentes, ce qui va certainement nous demander du temps pour nous positionner, mais cette situation est également un avantage. D’abord, on ne pouvait s’installer en Chine qu’une fois que l’on était parfaitement prêt. Ensuite, nous avons beaucoup appris de ceux qui étaient là avant nous. Enfin, nous avons la chance de bénéficier de la présence déjà amorcée de Nissan en Chine et de notre joint-venture avec Dongfeng. L’ancien plan de Renault s’achève en 2016 et la prochaine stratégie du groupe va désormais inclure la Chine en position centrale.

Avec la multiplication de phénomènes comme le «Smog» et la montée en flèche de la pollution en Chine, la voiture électrique semble être un moyen très viable. Avez-vous une offre dans ce sens pour ce pays?

Le véhicule électrique est l’une des conditions d’implantation de Renault en Chine. Notre partenariat avec Dongfeng nous facilitera énormément de choses pour déployer la voiture électrique dans ce pays. Pour motiver les gens à l’acheter, il faut que le véhicule électrique soit obligatoirement chinois. Avec Dongfeng, nous allons travailler sur un véhicule électrique pas cher et différent de la Renault Zoe ou de la Nissan Leaf. Vous savez, il y a près de 300.000 véhicules électriques en Chine et ce sont des voitures qui sont à un prix très bas. Les pays émergents comme la Chine, mais également l’Inde, s’intéressent aux voitures électriques, mais ils veulent qu’elles soient accessibles à un prix pas très élevé. Le véhicule électrique qui sera développé entre Renault et Dongfeng pourrait éventuellement être vendu dans les pays émergents.

Quand commencerez-vous à développer un véhicule électrique avec Dongfeng?

Le développement du véhicule électrique avec Dongfeng sera effectué dans les 12 prochains mois. Nous sommes déjà en train d’analyser plusieurs offres chinoises proposant des coûts qui nous semblent compétitifs.
En Chine, il existe plusieurs composants pas chers. A aujourd’hui, les spécifications des produits disponibles sur le marché chinois ne sont pas intéressantes pour nous, tandis que les spécifications qui nous intéressent restent chères. Nous dupliquons en fait une stratégie que Renault avait déjà opérée en Inde, sur la voiture thermique nommée Kwid. Cette stratégie fut un succès et nous espérons que cela sera pareil en Chine.

L’usine Renault-Dongfeng à Wuhan ne produira que des SUV comme le Kadjar ou le très attendu (et mystérieux!) segment D qui pourrait très bien être le nouveau Koleos… Qu’en est-il pour d’autres segments comme les berlines par exemple?

Nous ne pensons pas pour l’instant à une expansion à d’autres segments pour l’usine de Wuhan. De plus, nous n’avons actuellement de licence que pour le Kadjar. Nous resterons donc pour l’instant cantonnés essentiellement au marché des SUV.

Quelles estimations donnez-vous concernant la croissance du marché chinois de l’automobile?

Nous prévoyons une croissance qui serait de l’ordre de 5%. Cette prévision, revue un peu à la baisse, est justifiée par un taux de motorisation en Chine qui reste encore faible (près de 100 véhicules pour 1.000 habitants). Il faut également inclure les problèmes liés à la pollution et à la congestion routière des villes. N’empêche que le pays continue à grande vitesse à développer son infrastructure routière et à devenir de plus en plus motorisé.

Qu’est-ce qui, selon vous, a changé dans le mode de consommation du client chinois?

Aujourd’hui, on ne peut plus s’introduire en Chine avec des produits «moyens». Le client chinois a appris très très vite à devenir plus exigeant. Il est désormais très à cheval sur la «perceived quality» (qualité perçue) de la voiture qu’il achète. De plus, le client chinois négocie le prix et veut des produits qui resteront accessibles. Il veut également plus de technologies, c’est pourquoi nous œuvrons pour introduire en Chine la voiture autonome dès que cela sera possible.

Allez-vous tout produire localement en Chine, ou bien allez-vous importer également des véhicules Renault depuis l’Europe, l’Inde ou le Maroc vers le marché chinois?

Nous n’allons pas importer ou alors très peu… Les voitures importées en Chine restent très peu compétitives. Tant que vous vous cantonnerez à des voitures importées, vous ne vous développerez jamais vraiment sur le marché chinois car vous subirez en permanence les contrecoups du marché local. Vous ne pourrez jamais vous y adapter.Il faut donc produire localement et n’importer que des produits de niche tels que les voitures sportives, quelques coupés, etc.

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