Dr Jean-Yves Le Coz : «Sensibiliser sur les dangers des pièces contrefaites est fondamental»

Dr Jean-Yves Le Coz : «Sensibiliser sur les dangers des
pièces contrefaites est fondamental»

ALM : En tant que directeur de la sécurité routière chez Renault, quel regard portez-vous sur un événement comme celui de la Journée nationale de la sécurité routière au Maroc ?
Jean-Yves Le Coz : Ce qui est important pour une marque généraliste comme la nôtre et qui a une implication dans le domaine de la sécurité routière et depuis très longtemps c’est d’être le plus souvent présent dans les actions nationales qui ont lieu dans ce domaine-là. Que ce soit au Maroc ou ailleurs, il y a une journée, voire une semaine, dédiée à la sécurité routière. Et notre responsabilité est de la partager et d’y être pour pouvoir passer quelques renseignements, comme par exemple faire comprendre que la sécurité routière est une responsabilité de constructeurs et d’industriels de l’automobile, mais ce n’est pas que de la sécurité automobile. La sécurité routière est bien plus large que la technologie que l’on a sur nos voitures. C’est aussi toute la relation que l’on peut avoir avec les pouvoirs publics, la co-participation que l’on peut avoir sur l’évolution des infrastructures, sur l’apprentissage de la conduite automobiles, sur le contrôle sanction nécessaire à tout principe d’éducation et bien entendu sur l’éducation à la sécurité routière avec principalement comme concernés, les plus jeunes aujourd’hui, qui seront les conducteurs de demain. Et pour nous, le fait de participer à une journée de la sécurité routière, c’est aussi faire passer le message éducatif sur le partage de la route et sur le fait que c’est d’avoir un comportement citoyen et respectueux que de suivre les principes de partage de l’éducation routière.

Quelques mois après l’entrée en vigueur de notre nouveau Code de la route, avez-vous eu un premier bilan chiffré sur la baisse ou non du nombre d’accidents au Maroc ?
Sur l’un des quotidiens marocains que j’ai eu le temps de lire un article faisant état de résultats catastrophiques à Oujda, soit environ une hausse de 20% du nombre d’accidents dans cette ville. J’ai également lu un autre article qui rapportait que le ministre (NDLR : ministre de l’Equipement et du Transport) avait participé au lancement des programmes de récupération des points et qu’il avait présenté des résultats nationaux, faisant état d’une baisse de 17% sur le nombre des accidents et d’une autre de 19% sur le nombre de tués. Je peux donc comprendre qu’il puisse y avoir des résultats qui interrogent dans une région, alors que l’on a bien un bilan global positif.

À votre avis, que faudra-t-il pour assister à une baisse encore plus marquée du nombre d’accidents et de tués sur nos routes?
De la per-sé-vé-rance. De la persévérance, cela veut dire aussi du courage politique. C’est-à-dire que les mesures qui sont prises vont dans la bonne direction. Et puis maintenant, il va falloir du temps, parce qu’il faut répéter et miser sur la force pédagogique de cette répétition. Il faut surtout que la population se rende compte que le contrôle sanction existe et qu’il a bel et bien une incidence positive sur la baisse du nombre d’accidents, de tués et de blessés. Cela a bien fonctionné dans plusieurs pays, alors pourquoi ça ne marcherait pas ici ? Voilà pourquoi je dis qu’il faudra un peu de courage et de persévérance.

Qu’est-ce que vous pensez de la dernière campagne réalisée conjointement par le CNPAC et l’Aivam pour sensibiliser sur les dangers des pièces de rechange contrefaites ?
Fondamentale ! Pourquoi ? Eh bien –et là, je ne parlerais que des organes que je connais et qui ont un rapport avec la sécurité–, parce que la sécurité automobile c’est quelque chose qui est pensée globalement et un tout cohérent. C’est-à-dire que ce n’est pas un système plus un système, plus un système, plus un autre… c’est un système complet, composé de plusieurs éléments. Et si, pour une raison ou pour une autre, vous changez un élément et que ce dernier remplacé n’est pas certifié par le constructeur, alors c’est la totalité de la chaîne qui ne va pas fonctionner. Prenons, à titre d’exemple, les coussins gonflables et des prétentionneurs. Ces systèmes sont déclenchés par des éléments pyrotechniques reliés à une unité centrale, qui va elle-même décider ce déclenchement. Mais à partir de quel moment ? Eh bien, à partir d’un élément qui s’appelle la loi de décélération et qui est dû à la déformation du véhicule. De ce fait, si vous avez changé un élément de structure de votre voiture par quelque chose qui n’a pas été recommandée par le constructeur, alors vous n’aurez pas la même loi de décélération et vous ne déclencherez pas les systèmes qui vont derrière et vous ne serez pas protégés. Donc le respect des recommandations du constructeur est quelque chose de fondamental dans le domaine de la sécurité routière.

Toujours en rapport avec cette dernière campagne de sensibilisation, êtes-vous pour des visuels publicitaires choc ?
Choc ne veut pas dire trash. Certes, il est plus facile pour moi de parler de morts, de blessés et de sécurité routière, car je suis médecin et je suis donc, hélas, habitués à cela. Mais, il ne faut pas avoir peur de dire les choses telles qu’elles sont. Pour des parents, des enfants, une famille, c’est tellement horrible de perdre quelqu’un dans ces situations-là, que cela vaut le coup de temps en temps de dire à la société de se prendre en main. La mort sur la route, n’est pas un dû de la mobilité. On peut être mobile sans mourir sur la route.

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