Importation de véhicules d’occasion : Des chiffres alarmants

Importation de véhicules d’occasion : Des chiffres alarmants

Avec l’évolution du démantèlement douanier vers une levée totale (en 2012) des droits et taxes sur les biens en provenance de l’Union européenne (UE), les importations de véhicules d’occasion (VO) battent leur plein et sont plus que jamais à la hausse. C’est en tout cas ce que révèlent les statistiques collectées et publiées par l’Administration des douanes et impôts indirects du Royaume et à travers lesquelles ressortent des chiffres éloquents. À commencer par celui de 21.360, soit le nombre de VO importés et dédouanés au Maroc entre le 1er janvier et le 30 juin 2009.
Sans en avoir l’air, ce volume est pourtant colossal, puisqu’il représente une évolution d’environ 75% (!) par rapport aux 12.159 VO importés durant le premier semestre 2008.
«Avec une moyenne de 3.560 VO dédouanés par mois, le cap des 40.000 véhicules sera certainement dépassé à fin décembre 2009» déclare l’un des responsables de l’Association des importateurs de véhicules automobiles au Maroc (Aivam).
L’Aivam, qui juge ces chiffres «très inquiétants», déplore non seulement la multiplication des petits mandataires sans scrupule et autres sociétés qui pratiquent ces importations, mais aussi le manque à gagner à différents échelons de l’économie nationale. Premiers perdants, les importateurs membres de l’Aivam et en particulier ceux des véhicules haut de gamme. Plus les modèles sont chers, plus il est intéressant de les importer via le marché parallèle. «Intéressant», oui… mais principalement pour les mandataires qui margent souvent excessivement et non pas pour l’acheteur final qui paye bien plus que la valeur réelle d’un véhicule qui n’est pas toujours adapté pour rouler au Maroc (lire encadré).
De plus et à n’en pas douter, l’engouement croissant pour les VO se fait au détriment des ventes du neuf. C’est d’ailleurs l’une des explications quant à la tendance baissière du marché du neuf, lequel reculait à -10% fin août dernier.
Ensuite, c’est l’Etat qui y perd de précieuses rentrées d’argent. Pourquoi ? Parce que ces intermédiaires spécialisés dans l’importation de VO ne déclarent pas la totalité de leurs transactions. Comme dans l’immobilier, la pratique du «noir» est plus qu’une monnaie courante, un vice incurable.
D’accord, ces VO constituent une manne non négligeable pour les caisses de l’Etat, soit un peu plus d’un milliard DH (voir tableau). Mais dans la pratique et en moyenne, les importateurs-mandataires s’arrangent toujours pour sous-évaluer leurs VO et payer le minimum en imposition douanière. Si bien que sur 1.112.678.340 DH de droits et taxes perçus sur les VO importés durant le premier semestre, la moyenne dépasse tout juste les 52.000 DH par véhicule.
Toujours sous un angle financier, on ne peut voir ces chiffres et ne pas être intrigués par l’origine de tout cet argent avec lequel sont payés –à l’étranger– chaque limousine, gros 4×4 de luxe et autre cabriolet sportif. C’est simple : le financement de ces voitures provient soit du blanchiment d’argent à partir de l’Europe, des USA ou des pays du Golfe, soit des devises qui sortent illégalement du Royaume !
Il faut aussi savoir que sur les 21.360 VO dédouanés durant le premier semestre 2009, 4.464 l’ont été pour le compte de MRE (Marocains résidant à l’étranger) retraités et partant, profité d’un abattement de 85%. Curieux ? Des milliers de MRE retraités importeraient-il régulièrement des voitures d’Europe ? Difficile de le croire…
Par ailleurs, l’achat de ces véhicules peut être financé en leasing ou en crédit personnel. Là encore, la concurrence avec le neuf est plutôt rude.
Mais là où le bât blesse, c’est lorsqu’on voit la qualité et la vétusté de ces VO. La ventilation des véhicules dédouanés par tranches d’âge révèle en effet que seuls 240 (des 21.360 VO) sont neufs, alors que 20.464 voitures sont âgées de plus de 3 ans.
À l’heure où les membres de l’Aivam et les organismes de financement œuvrent et espèrent un rajeunissement du parc automobile national, ce dernier pourrait bientôt repartir vers un vieillissement accentué.
Dommage !


Marché automobile parallèle :  Des autos non tropicalisées


Elles sont très remarquées dans les grandes artères de Casablanca, Rabat ou Tanger, surtout le soir du côté des lieux chics de divertissement ou de restauration. «Elles», ce sont ces belles sportives badgées du logo d’Aston Martin, de Bentley ou de Lamborghini. Des coupés et des cabriolets qui arborent souvent une plaque étrangère, provenant pour la plupart des Etats-Unis ou d’Europe. Or, ces bolides de luxe, comme tous les modèles en général ont été produits par leurs constructeurs respectifs pour rouler dans des marchés bien précis. En d’autres termes, ils ne sont techniquement pas adaptés au marché marocain, dont les conditions de roulage sont plus rudes ou éprouvantes. Dans l’industrie automobile, le Maroc est classé parmi les pays «chauds», «poussiéreux» et à «mauvaises routes».
Des définitions techniques spécifiques que les constructeurs prennent en compte lors de l’assemblage de véhicules destinés à l’exportation vers des marchés comme le nôtre. Cela se fait à travers diverses adaptations que l’on désigne par la «tropicalisation» des véhicules. Concrètement, les radiateurs sont de tailles plus grandes, les systèmes de climatisation sont renforcés et les suspensions rehaussées de quelques centimètres.
De même, les constructeurs préconisent (dans les livrets d’entretien) le contrôle ou le remplacement de certains organes comme les filtres (à air ou à gazole) et les courroies (de distribution et d’accessoires) dans des périodicités plus courtes. Objectif : proposer un véhicule confortable (par temps chaud, comme sur route dégradée), robuste (aux vibrations, à l’attaque de la poussière) et mieux préparé aux affres du temps. Celui qui a, par exemple, acheté une Golf VI avant son lancement officiel, ignore probablement tout cela. Mais il se retrouvera vite chez l’importateur marocain de Volkswagen pour des réparations inattendues.

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