L’Algérie veut son usine Renault

L’Algérie veut son usine Renault

Il y a quelques jours, le quotidien français Le Monde annonçait dans l’une de ses éditions que «Renault envisagerait la construction d’une usine dans la banlieue d’Alger capable de produire 50.000 véhicules par an». Une information qualifiée de «spéculation» par le constructeur automobile français, puis aussitôt confirmée par son directeur général, Patrick Pelata. Sauf que ce dernier, qui s’exprimait à l’occasion de la présentation du bilan financier 2009 du groupe au losange, n’est pas allé très loin dans les explications. Selon ses propos rapportés par l’AFP, M. Pelata s’est contenté de dire qu’il ne s’agit que d’un «projet», avant d’ajouter «C’est bien avancé, mais ce n’est pas conclu» et «tant qu’une négociation n’est pas conclue, il n’y a rien à dire». Voilà pour les journalistes les plus curieux. Maintenant concernant ce projet et selon Le Monde, cette usine devrait être implantée à Rouiba, dans la banlieue d’Alger et aura «pour vocation d’assembler trois modèles de véhicules : les Dacia Logan et Sandero, ainsi que la Renault Symbol, berline qui n’est pour l’instant fabriquée qu’en Turquie».
Le même journal précise aussi que Renault devrait s’attacher les services d’un partenaire local, la Société nationale des véhicules industriels (SNVI), qui sera majoritaire au capital de la nouvelle entreprise conformément à la loi algérienne. Mais le groupe au losange, «actionnaire à hauteur de 49%, gérera l’ensemble», détaille Le Monde. Tout cela est bien et promet de calmer un peu la jalousie de notre voisin de l’Est. Mais il ne faut pas se leurrer. Les hauts responsables algériens devraient prendre en compte plusieurs paramètres. D’abord que leur éventuel site de montage ne pourra jamais rivaliser avec les deux usines de Renault au Maroc. On ne compare pas une si petite coentreprise avec l’investissement herculéen de Tanger-Med qui produira dans un premier temps 170.000 véhicules par an et à terme quelque 400.000 unités. Même la Somaca qui a produit en 2009 plus de 46.500 véhicules (particuliers et utilitaires légers), dont une partie a été exportée vers certains marchés (France, Espagne, Egypte et Tunisie) réalisera bientôt de plus gros volumes (jusqu’à 90.000 unités) avec la production massive de l’ancienne génération du Kangoo. L’Algérie devrait aussi comprendre que Renault est dans une situation assez délicate et une phase assez critique. D’une part, le groupe dirigé par Carlos Ghosn doit maintenir dans l’Hexagone un certain nombre de modèles et volumes assemblés localement et ce, après avoir reçu une aide de l’Etat via le Fonds stratégique d’investissement (FSI) mis en place pour soutenir l’industrie française face à la crise financière mondiale. Faut-il le rappeler, il y a tout juste un mois, le losange avait défrayé la chronique en annonçant une éventuelle délocalisation d’une partie de la production de la future Clio en Turquie…
D’autre part, Renault vient d’annoncer une perte nette de 3,1 milliards d’euros en 2009. Un déficit abyssal, mais justifié. Car, la moitié de ce gouffre financier est imputable à ses participations dans Nissan, Volvo Trucks et AvtoVaz. C’est donc avec beaucoup de prudence que Renault aborde 2010 et ce n’est pas en Algérie, qu’il va venir bâtir une nouvelle usine. Enfin et c’est le plus ironique dans cette histoire, malgré le fait que Renault soit d’accord pour soutenir cette future coentreprise avec la SNVI, ce projet «doit encore recevoir le feu vert du Comité national de l’investissement, une structure interministérielle» algérienne, dit-on. Pis encore et dans le feu de l’actualité, un député algérien a osé replonger dans le passé en proposant une résolution qui exigerait à la France des réparations pour «dommages de colonisation». No comment !

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