octobre 17, 2018

 

Laurens Van den Acker : «Une voiture de Renault se doit d’être sensuelle»

Laurens Van den Acker : «Une voiture de Renault se doit d’être sensuelle»



ALM : Où puisez-vous votre inspiration pour dessiner de nouveaux véhicules ?
Laurens Van den Acker : Le job ou la mission d’un designer chez un constructeur automobile est de bien communiquer les valeurs de la marque. Chez Renault, nous sommes une marque humaine. Voilà pourquoi une voiture de Renault se doit d’être sensuelle, comme les humains et qu’elle soit chaleureuse, parce que Renault est une marque française et latine. Et parce que Renault est une marque populaire, son design doit aussi être simple, afin que les gens l’assimilent facilement. Renault c’est aussi une marque généraliste, c’est pourquoi nous concevons des véhicules pour beaucoup de clients différents, pour chaque étape de leur vie et pour des usages différents. D’où notre stratégie de design axée autour des cycles de la vie. Pour les jeunes qui s’aiment, pour les gens qui fondent une famille, pour ceux qui jouent, ceux qui travaillent, etc. Voilà donc d’où vient l’inspiration du design chez Renault, elle vient de la vie, de l’humain. Et je pense qu’on a créé une histoire assez simple qui inspire finalement le designer lui-même.
Quand j’étais chez Mazda, c’était autre chose. On devait faire des voitures dont il fallait montrer le côté «the emotion of motion» (NDLR : l’émotion par la motion), d’où notre inspiration par la nature. Chez Renault, on part de valeurs humaines.

Justement, est-il plus facile de dessiner une Renault qu’une Mazda, ou alors la mission est tout simplement la même ?
Je pense qu’il était plus facile de dessiner une Mazda, car nous avions une identité claire, un thème sur lequel on pouvait construire. Chez Renault, on nous a demandé de tourner la page et démarrer un nouveau chapitre. C’était et c’est toujours très challenging, mais aussi très valorisant et très excitant. Donc, en fin de compte, l’enjeu est différent entre les deux marques.
Et parce que Renault fait des voitures tellement différentes et couvrant l’ensemble des segments, du cabriolet sportif aux fourgons utilitaires comme le Trafic ou le Master, le travail de créativité et de design peut nous amener à de meilleurs résultats.

Qu’est-ce que vous aimeriez dessiner chez Renault ? Un roadster façon MX-5 ?
J’aime beaucoup les voitures sportives et je suis un grand passionné de Formule 1, même si je ne peux pas en faire car je suis trop grand et je ne rentre pas dans une monoplace (rires). Mais c’est bien cette passion qui m’a amené quand j’étais jeune à m’intéresser au design automobile. Aujourd’hui, j’ai mûri et je pense que le challenge d’imaginer une nouvelle Twingo, un nouveau Trafic ou un nouvel Espace est tout aussi intéressant. Ceci dit, j’espère que l’on pourra faire quelque chose de plus concret avec le concept car DeZir, car c’est une voiture de rêve et qui fait beaucoup rêver.

Votre travail est-il dicté ou influencé par des considérations comme la sécurité ou de nouvelles donnes comme la technologie électrique ?
Même s’il vous assure qu’il a carte blanche, n’importe quel designer a inévitablement toujours des contraintes à respecter. Des contraintes d’ordre économique, des impératifs de sécurité, des objectifs de performance, d’écologie… J’ai des amis designers qui travaillent pour Rolls-Royce et qui se plaignent de ne pas avoir assez d’argent (NDLR: budget design limité dans le cahier des charges). Donc, l’enjeu reste le même pour nous tous qui concevons le design industriel d’une voiture. Maintenant, s’agissant de la donne électrique, je pense que nous avons en fait une belle opportunité, car le positionnement des batteries est plus flexible. On peut les placer dans un compartiment entre les sièges arrière et le coffre, comme c’est le cas pour la Fluence ZE par exemple, ou alors les mettre dans un double plancher comme ce sera le cas sur la Zoe. Et c’est là un réel avantage qui pourrait nous ouvrir encore plus de possibilités dans les années qui viennent, si la technologie des batteries évolue rapidement et vers la miniaturisation comme l’ont fait les téléphones portables et appareils photos numériques.

Quels sont, pour vous, les ingrédients qui font qu’une voiture est réussie ?
Le design seul ne suffit pas pour faire une bonne voiture. Il faut, outre le style, avoir les meilleurs ingénieurs, un bon planning produit, un marketing bien étudié… et que tous ces facteurs soient alignés. C’est la raison pour laquelle il y a beaucoup de voitures moches dans la rue. Pour nous autres designers, on reconnaît immédiatement un véhicule sur lequel il y a eu des compromis. Et c’est cela le véritable enjeu : concevoir des voitures pour lesquelles il n’y a pas le sentiment d’avoir fait des compromis.
Vous savez, créer une belle voiture, c’est comme façonner une belle sculpture humaine : il faut de bonnes proportions. La tête, la taille, les jambes… doivent être bien proportionnées. Idem pour une voiture : la hauteur, la largeur, l’empattement, les porte-à-faux avant et arrière… plus on s’approche, plus on regarde si ces détails sont beaux, harmonieux et bien intégrés les uns aux autres. Mais cela n’est pas toujours le cas et souvent pas facile à expliquer. C’est comme si vous voyez une personne qui n’est pas très jolie, mais vous ne savez pas pourquoi. Et c’est aussi cela mon job que de décortiquer le design raté d’un modèle existant et de déceler ce qui ne va pas.

À quelques mois de la révélation des véhicules Dacia qui seront produits dans l’usine de Tanger-Med, pourquoi ne voit-on pas de show-car ou de concept car ici à Francfort sur le stand de la marque ?
C’est une bonne question. En fait, nous avons longuement réfléchi sur la question de faire ou non un concept car Dacia pour ce salon. Pour Renault, les choses étaient claires parce qu’il fallait absolument continuer à communiquer sur la nouvelle orientation stylistique pour voir la réaction du public. Pour Dacia, la question était différente et presque un point philosophique. Lorsque j’ai rencontré l’équipe de Dacia et discuté avec eux, tous me disaient que cette marque est rationnelle et que ses clients ne veulent pas dépenser trop. Pour le client d’une Dacia, son achat est quelque chose de super important et il doit en être rassuré. On sait que dans une Dacia, chaque centime est mis en valeur dans le produit lui-même. Donc, si l’on commence à faire des concept cars qui nous coûtent des millions, cette image de marque rationnelle risque d’être altérée ou mal perçue. Je pense aussi qu’avec Dacia nous avons une philosophie du design qui est évolutive, plutôt que révolutionnaire. Disons que la marque Renault doit devenir encore plus latine et sensuelle, alors que Dacia doit rester sobre et rationnelle.


Laurens Van den Acker, en quelques mots
Né le 5 septembre 1965, Laurens Van den Acker a obtenu son diplôme en Design industriel à l’Université de technologie de Delft (Pays-Bas). Il débute sa carrière en 1990 comme Designer chez Design System SRL à Turin (Italie), puis rejoint Audi en 1993, au poste de Designer Extérieur à Ingolstadt (Allemagne). En 1996, il devient Senior Designer au sein de SHR Perceptual Management à Newbury Park (USA), puis entre chez Ford Motor Company en 1998 au poste de Chief Designer du Brand Imaging Group à Irvine (Californie). En 2003, il est nommé Chief Designer de la Plate-forme Ford Escape au Centre de Design de Dearborn (USA) et en 2005, il prend le poste de Chief Designer Strategic Design. En 2006, il devient directeur de la division Design de Mazda Motor Corporation à Hiroshima (Japon). Il rejoint Renault le 15 mai 2009 pour être nommé directeur du Design industriel du Groupe Renault, fonction qu’il assume depuis le 1er septembre 2009 et qui fait qu’il est membre du comité de direction de Renault.

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