L’automobile chinoise : une industrie en pleine mutation

L’automobile chinoise : une industrie en pleine mutation

L’industrie automobile chinoise, voilà un sujet plus que jamais d’actualité. Grâce aux crash-tests, truqués, par l’Automobile Club allemand (ADAC), tout le monde connaît aujourd’hui le 4×4 Landwind. Un modèle loin d’être dangereux pour ses occupants et qui est d’ailleurs commercialisé par la Marocaine d’importation et de vente d’automobiles (Madiva). Et c’est justement par cet importateur multimarques de véhicules chinois, qu’ALM a été invité à se rendre au «pays du matin calme». Un périple effectué en compagnie de MM. Guillaume Belan et Abdelmajid Aït Lafkih (respectivement directeur général et directeur général adjoint de Madiva) et ayant pour objet la visite des installations de quelques constructeurs chinois, des rencontres avec leurs responsables et la découverte de leurs différentes gammes.
Loin de vouloir miroiter une quelconque image forte ou flatteuse de ces constructeurs dont Madiva est le représentant exclusif au Maroc, on ne s’empêchera pas pour autant de dire que leurs progrès sont bien là, palpables et en constante évolution. C’est même à l’image du slogan : «S’améliorer petit à petit chaque jour» (Improving little by little everyday), appartenant à Great Wall Motor, l’une des trois marques que nous avons découvertes sur place. Basé dans la ville de Baoding (à 140 km a l’Ouest de Pékin), Great Wall Motor est l’une des cinq grandes firmes automobiles du pays. Une entreprise très prospère, qui emploie près de 8.000 personnes, compte 22 filiales et est cotée à la Bourse des valeurs de Hong Kong. En Chine, Great Wall est leader du marché des pick-up grâce au modèle Deer qui est déjà disponible dans la gamme Madiva. En outre, ce même constructeur est aussi réputé par ses 4×4 et notamment le Safe que nous avons vu largement circuler là-bas, ainsi que le Hover. Ce dernier n’est autre que ce gros tout-terrain exposé sur le stand Madiva lors de l’Auto-Expo 2006 et dont la disponibilité au Maroc devrait se faire dans les mois qui viennent.
Deuxième constructeur visité, Hafei Motor est installé à Harbin, ville située plus au Nord du pays. Cette entreprise emploie quelque 15.000 personnes et dispose d’une capacité annuelle de 300.000 véhicules sur deux lignes d’assemblage distinctes, l’une destinée aux véhicules utilitaires, l’autre pour les voitures particulières. Là encore, on peut parler de leadership, puisque Hafei est le numéro 1 chinois dans le segment des mini-vans avec le Zhongyi, ainsi que celui des mini-pick-up avec le Ruiyi. De drôles d’appellations qui ne empêchent pas ces véhicules de se vendre sur d’autres marchés comme celui du Maroc. Mais Hafei dispose également d’une gamme de voitures de tourisme dont les modèles-phares sont la citadine Lobo et la compacte tricorps Saibao.
Deux modèles dont l’importation est à l’étude chez Madiva. Troisième constructeur chinois auprès duquel nous nous sommes rendus, Brilliance Jinbei Automobile est l’unique constructeur chinois ayant un positionnement haut de gamme. Et pour cause, cette firme basée dans la ville de Shenyang et employant 9.100 personnes, a constitué un joint-venture avec le groupe BMW afin de produire localement et strictement pour le marché chinois des BMW Séries 3 et 5. Ceci étant, Brilliance qui regroupe en fait deux labels (Zhonghua et Jinbei), dispose de sa propre gamme. Celle-ci s’entend des berlines Grandeur et Splendeur, ainsi que des minibus Haise (technologie Toyota) et Granse. A n’en pas douter, Brilliance a tiré profit de son partenariat avec BMW, lors du développement de ses modèles.
Et que ce soit Great Wall, Hafei ou Brilliance, ces trois constructeurs nous ont impressionnés par leurs usines, leurs stocks et leur organisation. Prenons le cas de Great Wall par exemple : au-delà de toute considération purement industrielle, il y règne une culture d’entreprise assez particulière basée à la fois sur la discipline et l’épanouissement. En effet, ces mêmes employés que l’on a vu avoir une démarche assez militaire dans les allées extérieures de l’usine, ont la possibilité de faire du sport au sein même de leur lieu de travail pendant leurs heures de repos.
Chez Hafei, ce sont les installations qui frappent le plus. Déjà grande, la surface de l’usine compte deux niveaux.
C’est dire l’optimisation maximale de l’espace… A l’extérieur, ses véhicules sont testés sur un circuit fermé incluant toutes sortes de surfaces : terrain ondulé, bossé, pavé, route dégradée simulant de courts troncs d’arbre et même une partie inclinée pour tester le démarrage en cote. Idem pour Brilliance, dont le positionnement haut de gamme se fait ressortir jusque dans les locaux. Loin de ce que l’on pouvait croire, nous avons découvert une structure bien ficelée à l’image de cette cantine qui nourrit chaque jour les quelque 9.100 employés.
Point commun entre ces trois constructeurs chinois, leur ambition d’atteindre d’ici quelques années une production annuelle de 500.000 véhicules (chacun). Un tel volume est l’équivalent de ce que produisent actuellement de grands constructeurs européens comme Seat ou Skoda ! Mieux encore, la capacité de production des constructeurs chinois s’est encore inscrite en forte augmentation durant l’année 2005, atteignant 5,71 millions d’unités et les ventes de voitures neuves, 5,92 millions. Et d’après les statistiques de la Commission nationale pour le développement et la réforme (un organisme étatique chinois), la capacité de production automobile de la Chine a déjà atteint 8 millions d’unités, soit 2 millions de surplus par rapport à la demande locale. Cela signifie que lesdits constructeurs devront inéluctablement se tourner vers les marchés d’exportations dans les années qui viennent.
Tout cela pour dire finalement que les constructeurs chinois tendent de plus en plus vers le sérieux industriel et leur envie d’aller de l’avant est bien palpable. Certes, ces gens doivent encore faire du chemin en matière de qualité (actuellement correcte) et de recherche et développement. Mais à coup sûr, ils réussiront ces challenges. Sur cette question, M. Aït Lafkih est sans équivoque. «Certes les constructeurs chinois ont encore des progrès à faire, mais leurs produits actuels démontrent déjà qu’ils sont sur le bon chemin. Les Chinois arrivent et ils trouveront leur place parmi les grands», a-t-il assuré.
D’où la question que l’on se pose : ces voitures fabriquées en Chine pourront-elles ou non menacer sérieusement celles des grands constructeurs automobiles ?
Il faut savoir qu’actuellement il existe environ 120 constructeurs automobiles chinois. Parmi eux, une grande majorité ne fabrique que quelques centaines d’unités par an, tandis qu’une vingtaine détient plus de 80% de la production chinoise totale. Ces derniers constructeurs et dans le cadre de la «Politique du développement de l’industrie automobile» reçoivent de substantielles subventions de la part du gouvernement chinois.
Par ailleurs, les analystes estiment que seule une dizaine de ces constructeurs émergera à l’échelon international d’ici 2020. Et ce sont donc eux qui seront à même de rivaliser avec leurs homologues européens, américains ou japonais. Tout est dit !

• De notre envoyé spécial en Chine Jalil Bennani

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