L’usine Peugeot opérationnelle dans 4 ans

L’usine  Peugeot  opérationnelle  dans 4 ans

C’est officiel. Pour un investissement de 6 milliards de dirhams, PSA Peugeot Citroën installera une usine au Maroc. Ceci a fait l’objet d’un accord signé entre le ministre du commerce, de l’industrie, de l’investissement et de l’économie numérique, Moulay Hafid Elalamy, et le président du directoire de PSA Peugeot Citroën, Carlos Tavares, vendredi dernier au Palais royal de Rabat.
L’usine sera construite dans la commune Ameur Seflia, dans la région du Gharb Chrarda-Beni Hssen, «à la lisière de la plate-forme industrielle intégrée Atlantic Free Zone», précise le ministre. Elle devrait être opérationnelle à partir de 2019, et assemblera des moteurs et véhicules de segments B et C (citadines et berlines). «L’arrivée d’une nouvelle usine automobile permettra de compléter l’implantation d’équipementier de rang 1 par celle des rangs 2 et 3», a expliqué Elalamy, lors d’une conférence de presse tenue à la suite de la signature de l’accord. Selon le ministre, l’installation de PSA, après celle de Renault en 2012, permettra au Maroc d’atteindre la taille critique en matière de production automobile, ce qui poussera les équipementiers à concrétiser leurs investissements au Maroc.  

A terme, c’est-à-dire à l’horizon 2020, l’usine devrait atteindre une production de 200.000 véhicules et 200.000 moteurs et dépasser 1 milliard de dirhams d’achat. «Ces véhicules et moteurs seront produits à partir de pièces et composants automobiles fabriqués au Maroc, et ce à hauteur de 80%», a noté le ministre. Le taux d’intégration, prévu à 60% au démarrage, devrait, en effet, avoisiner les 80% dès que l’usine atteindra sa vitesse de croisière. Notons également qu’il s’agira de la première unité de production de moteurs dans le Royaume.

Si Moulay Hafid Elalamy ne cache pas son enthousiasme c’est que cette nouvelle usine sera un pourvoyeur important d’emplois autant pour la région que pour l’ensemble du Royaume. Au total, 4.500 emplois directs et 20.000 emplois indirects seront créés. En plus de la production pour le marché local, l’usine Peugeot-Citroën se chargera de l’approvisionnement pour l’export de pièces et composants automobiles auprès d’industriels basés au Maroc, pour un volume d’un milliard d’euros par an. L’usine disposera, par ailleurs, d’une filière de recherche et de développement qui emploiera, à terme, 1.500 ingénieurs et techniciens supérieurs marocains.

Sur le volet budgétaire, l’usine nécessitera, comme précisé plus haut, quelque 557 millions d’euros, soit environ 6 milliards de dirhams. Cet investissement se partage entre 95% provenant de PSA et 5% de la Caisse de dépôt et de gestion (CDG). Rappelons qu’en 2012, lors de l’installation du premier constructeur automobile, Renault avait fourni 51% des investissements, contre 49% pour la CDG.

Avec cette usine, le Royaume deviendra le premier producteur dans le secteur de l’automobile en Afrique du nord et le 2ème en Afrique. Peugeot-Citroën prévoit, justement, de faire du Maroc une source de ravitaillement pour l’ensemble du continent. «Nous voulons doter l’Afrique d’un point de sourcing africain», a déclaré Carlos Tavares.

Cette mine d’or que devient l’automobile

L’automobile est actuellement le premier secteur exportateur au Maroc avec 39,8 milliards de dirhams de chiffre d’affaires à l’export réalisé en 2014, contre 31 milliards de dirhams en 2013. Le secteur affiche des tendances de croissance soutenues depuis le début des années 2000 et peut se targuer d’une performance remarquable en termes de création d’emploi. Entre 2009 et 2014, l’automobile a créé 36.500 emplois, soit un accroissement annuel d’environ 12,4%.
Si des véhicules sont montés au Maroc depuis 1960, il faut dire que le secteur a pris un nouvel élan en 2012 avec le démarrage de l’activité du complexe industriel de Renault-Tanger. En plus des avantages que présente le complexe en lui-même pour la filière, son installation au Maroc a attiré un bon nombre de sous-traitants et d’équipementiers qui ont fait le choix de s’installer au Maroc. Depuis 2009, l’investissement total des équipementiers automobiles au Maroc a atteint près de 7 milliards de dirhams, permettant ainsi la création de plus de 28.000 emplois.
Le Plan d’accélération industrielle lancé en 2014 par le ministère de l’industrie prévoit tout un dispositif pour accompagner la dynamique du secteur de l’automobile. A travers la logique d’écosystèmes longtemps défendue par l’actuel ministre, Moulay Hafid Elalamy, le plan qui s’étend jusqu’en 2024 compte renforcer l’offre de valeur développée et ancrer la destination Maroc dans l’industrie automobile mondiale.

Dans la pratique, le Plan d’accélération industrielle prévoit d’ici 2020 de créer 56.000 nouveaux emplois, multiplier par 2,5 les exportations du secteur et augmenter le taux d’intégration du secteur de 20 points, le faisant ainsi passer de 60 à 80%. Pour atteindre ces objectifs, l’Etat propose plusieurs avantages aux entreprises désirant investir dans le secteur, dont des primes de subvention pouvant atteindre 30% du montant d’investissement pour les métiers pionniers, une prime d’intégration locale, la mise en place d’un centre d’étude, d’essais et de développement ou encore la formation de 90.000 profils adaptés aux besoins spécifiques du secteur.

Quels avantages pour PSA Peugeot-Citroën ?

L’installation d’une usine Peugeot-Citroën au Maroc a souvent été qualifiée de partenariat «win-win» entre le Royaume et l’entreprise. Si les avantages pour le Maroc sont indéniables (création d’emplois et de valeur ajoutée pour ne citer que les plus évidents), l’intérêt pour le constructeur automobile mérite quelques explications.

Notons tout d’abord que Peugeot-Citroën est en plein plan de redressement économique. Appelé «Back in the race», ce plan a été lancé en avril 2014 par Carlos Tavares pour permettre à l’entreprise de se remettre des conséquences de la crise économique. C’est dans cet état d’esprit qu’intervient la création de l’usine au Maroc. «Nous avons compris que pour nous protéger d’une crise de ce type, nous devions diversifier notre présence régionale», a expliqué Carlos Tavares.

A la tête des nouveaux marchés que le constructeur compte séduire: ceux du Moyen-Orient et de l’Afrique. Cette zone devrait même, selon la stratégie de PSA Peugeot-Citroën, devenir le troisième pilier de croissance de l’entreprise après l’Europe et la Chine. «En 2015, nous avons vendu 200.000 voitures en Afrique. En 2025, nous nous traçons l’objectif d’un million de véhicules», a déclaré Carlos Tavares.

La création d’une usine en Afrique semble, dès lors, légitime mais pourquoi donc avoir choisi le Maroc ? «Au Maroc, nous avons trouvé une équipe dynamique et professionnelle pilotée par le ministre Moulay Hafid Elalamy, des infrastructures de qualité et un niveau d’éducation technique élevé», répond Carlos Tavares.

 

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