Où est la classe ?

Où est la classe ?

Affichant un excès de confiance quant à son image de marque, Auto Nejma, l’importateur marocain de Mercedes au Maroc, reste fidèle à lui-même et lance deux nouveaux modèles de façon assez discrète : le coupé CLS et la nouvelle Classe A.Pourtant, ici comme ailleurs, les dispositions élémentaires du marketing et les bonnes règles de bienséance médiatique veulent que, toute entreprise qui se respecte, fasse par de ses nouveautés à la presse et au grand public. Il y va du succès du produit et de sa crédibilité par rapport aux acheteurs, qui se posent toutes sortes de questions sur ses aspects, autant techniques, que dynamiques.
Ceci d’autant plus que l’importateur marocain de Mercedes accorde difficilement à ses clients la possibilité de faire des essais avant de passer commande. D’ailleurs, le plus souvent, il ne dispose pas de véhicules spécialement destinés à cet effet. Or, tout ce que nous avons pu voir jusqu’ici, à l’exception des spots publicitaires qui passent momentanément sur les chaînes satellitaires, se limite à une campagne d’affichage, au contenu succinct et au message assez vague. Un vrai gâchis et une nonchalance presque indécente. Surtout lorsqu’on imagine tout le mal que se donnent les ingénieurs et les «marketteurs» du constructeur basé à Stuttgart, pour essayer de se faire une place dans un segment où Mercedes n’a ni légitimité ni expérience, si ce n’est qu’elle garde un mauvais souvenir avec les déboires de la première génération de la Classe A.
Souvenez-vous : en 1997, nos confrères de la presse spécialisée européenne épinglent la première «baby-benz». Plus précisément, c’était le 21 octobre où des journalistes du mensuel suédois «Teknikens Värld» ont voulu réaliser le fameux test dit «de la baïonnette» qui consiste à faire éviter un obstacle imminent au véhicule, roulant à une vitesse stabilisée de 60 km/h (seulement), sans accélérer ni freiner, le tout, dans des conditions de roulement normales. Mal leur en a pris, car la Classe A s’est retrouvée presque sur le toit ! Pour ces journalistes, elle était le premier modèle qui se renverse lors du même test depuis 20 ans ! Quinze jours exactement après leurs confrères suédois, les essayeurs du très réputé magazine automobile allemand «Auto Motor und Sport» font effectuer le même test d’évitement à la Classe A qui le passe difficilement, en se mettant sur deux roues, les deux autres s’élevant bien loin du sol, au moment où un Renault Kangoo garde les pieds sur terre. Plus qu’une sévère épreuve qui a mis à mal la petite «Merco», c’est le constat d’un défaut de conception et d’un véritable échec commercial.
Les livraisons de la Classe A sont alors suspendues, pour une durée de douze semaines. S’en suivra un rappel de tous les exemplaires déjà livrés et une manoeuvre marketing savamment orchestrée. Ainsi, pour rassurer les clients et éviter qu’ils annulent leur commande, Mercedes leur offre (gratuitement) l’ESP (Electronic Stability Program). Ce système d’aide électronique qui stabilise le véhicule et corrige ses mouvements de dérapage, coûte assez cher (plus de 12.000 Dhs) et n’est disponible sur la Classe C qu’en option. Rien que ça !
Mais concrètement, où était la faille? En fait, le constructeur allemand ne s’étant jusqu’ici jamais aventuré à pénétrer dans le segment des petits véhicules à structure monocorps, n’avait pas pris en compte certains paramètres qui leurs sont propres. En effet, la «A» écopait d’un centre de gravité haut, de proportions et d’un poids réduits, mais surtout de roues à faible diamètre et chaussées de pneus à flancs peu rigides.
Quoiqu’il en soit, avec des débuts si «renversants», la Classe A n’a jamais pu défrayer la chronique dans les ventes et sa remplaçante ne peut pas prétendre en faire autant aujourd’hui. D’autant plus qu’elle revient dans un segment, qui, jadis une niche, est devenu foisonnant de concurrents. Ainsi, outre l’Opel Meriva, l’Idea de Fiat ou encore le tout nouveau Renault Modus, la Classe A aura la tache difficile, bien qu’elle arbore un logo prestigieux. Et puis, esthétiquement la Classe A évolue sans grande révolution, conservant l’allure générale et globalement les atours de l’ancienne version. A l’intérieur, le tableau n’est pas si idyllique non plus. Car, en bon monocorps à vocation familiale, la Classe A devrait être un peu plus astucieuse. Les Renault Scénic et Modus ou encore une Fiat Idea font nettement mieux notamment en matière d’ergonomie et de rangement. Exemple : sous les pieds du passager avant, un espace creux sous le plancher permet de ranger quelques objets de taille moyenne, mais cela à bord des deux Renault. Sur la Classe A, le même espace accueille la batterie et les fusibles ! Ce n’est là qu’un détail parmi tant d’autres qui remet facilement en question les prétentions de la Classe A. Certes, une présentation plus détaillée et un essai dynamique nous auraient permis d’en avoir le coeur net. Encore faut-il que l’importateur marocain daigne communiquer, en mettant un peu au placard la fierté qui découle de son image de marque, prétendue indéboulonnable. Mais quelle image ? Le marché du haut de gamme compte d’autres labels prestigieux au Maroc. Il y a d’abord BMW qui continue à dépasser Mercedes dans les ventes (ici comme dans le monde), tout en confirmant son leadership en technologie de pointe. Puis il y a Audi qui s’affirme de plus en plus par ses modèles à la fois luxueux et sportifs. Volvo, Jaguar, ou encore Porsche sont également là pour gratter quelques parts dans ce juteux marché qu’est le haut de gamme, en attendant le redéploiement en force de Lexus, le numéro 1 du luxe aux USA. Bref, il est temps que les responsables d’Auto Nejma reconsidèrent un peu plus sérieusement leurs méthodes de travail. Sans quoi, Mercedes pourrait facilement sombrer au plus bas dans les ventes. Ce serait alors «renversant».

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