Renault, trop fort à Francfort

Renault, trop fort à Francfort

Rares sont les fois où l’on sillonnait les différents stands d’un grand salon automobile et où l’on pouvait entendre dire «c’est formidable ce qu’ils ont fait chez Renault». C’est en tout cas ce qui s’est produit durant les premiers jours du Salon de Francfort. Deux journées où les nombreux halls de la «Frankfurt Messe» étaient strictement ouverts à la presse et aux professionnels et durant lesquelles tous les constructeurs automobile avaient –comme à l’accoutumée– mis leurs petits plats dans les grands. Des stands exquis, des décors somptueux et de belles hôtesses posant autour des véhicules, dont pas moins de 82 nouveautés révélées en avant-première mondiale. Bref, tous les ingrédients pour faire oublier la crise mondiale que traverse le secteur actuellement en vedette à Francfort. Mais s’il ignore que le nombre d’exposants a fortement chuté (-30%) et que la surface d’exposition a rétréci (de 225.000 à 185.000 m2), le grand public constatera bien l’absence des marques chinoises, ainsi que de grands labels comme Honda, Nissan, Mitsubishi et même Bugatti ! Des marques qui réservent leurs fonds à l’après-crise. Car la sortie de crise fait plus que se profiler: elle est annoncée, comme le prédit Renault par le biais de son P-dg, Carlos Ghosn.
Et justement, pour cette 63ème édition de l’exhibition automobile allemande, le groupe au losange, lui, était non seulement présent en force, mais il a aussi cassé sa tirelire à projets.
«Notre monde fait face à un défi écologique», a déclaré M.Ghosn dans son discours, face à une foule de journalistes. Puis de poursuivre, «nous tous, constructeurs et automobilistes, devons contribuer à la résolution de ce problème. L’usage de l’automobile représente 12 à 14% des émissions mondiales de CO2 … et nous devons commencer à agir maintenant pour les réduire».
À partir de ces constats, le premier constructeur automobile français s’est fixé d’ambitieux objectifs. A commencer par celui de devenir le leader dans la commercialisation en masse de véhicules zéro émission (de CO2) et ce, d’ici 2015.
Et lorsqu’il annonce : «Nous sommes aujourd’hui en mesure de vous présenter notre vision de l’avenir des véhicules zéro émission», c’est une façon de dire que l’automobile du futur –chez Renault– sera prête dans un avenir très proche.
Ainsi, sur son gigantesque stand, Renault a fait un bel étalage de sa prochaine gamme de véhicules électriques, tous ayant le suffixe Z.E (pour Zéro émission). Parmi les 4 show-cars dévoilés, le concept Twizy Z.E est incontestablement le plus étonnant. Il s’agit d’un quadri-cycle de deux places (en tandem), animé d’un moteur électrique de 15 kW (pour un couple de 70 Nm) et doté d’une autonomie de 100 km. Une solution de mobilité urbaine innovante et destinée aux «citadins pressés en Europe» comme l’a avancé M. Ghosn. Deuxième véhicule de cette gamme, le Kangoo Z.E. Concept représente l’archétype de la fourgonnette destinée aux flottes et clients professionnels. Comme son nom le laisse deviner, ce véhicule a été réalisé sur la base du Kangoo, mais avec une motorisation 100% électrique de 70 kW offrant un couple de 226 Nm et s’alimentant à partir d’une batterie Lithium-ion.
Plus classique d’apparence, la Fluence Z.E est dérivée de la berline éponyme, soit la principale nouveauté de série dans la gamme actuelle de Renault. Une séduisante berline qui joue la carte familiale avec sa grande malle et démontre surtout que confort et espace sont parfaitement compatibles avec respect de l’environnement. Pour cela, cette berline 100% électrique affiche une autonomie de 160 km et dispose de trois possibilités de recharge de la batterie: «standard» de 4 à 8 heures, «rapide» en 20 minutes ou «éclair» en 3 minutes, grâce au système exclusif «Quickdrop» d’échange de batterie.
Enfin, le concept Zoe Z.E devrait constituer le modèle phare de la gamme «Zéro émission». D’une taille comparable à celle de la Clio, ce véhicule est destiné aux automobilistes qui effectuent des déplacements locaux quotidiens. Selon Renault, le concept Zoe est une belle démonstration qu’un véhicule «Zéro émission» et 100% électrique peut aussi être séduisant, compact et attractif.
Et à l’exception de ce dernier qui est prévu pour 2012, les trois autres seront finalisés et lancés dès le premier semestre 2011. Pour cela, Renault compte lier une série d’alliances dans tous les sens et avec différentes entités. D’ores et déjà, Renault-Nissan a conclu un important accord avec son partenaire «Better Place», une start-up israélo-américaine basée dans la Silicon Valley et cherchant à tisser un réseau mondial de stations-service pour les voitures électriques de demain. Objectif: fournir un volume d’au moins 100.000 véhicules (des Fluence Z.E) en Israël et au Danemark et ce, dès le deuxième semestre 2011. Ce sera, là, la première commercialisation mondiale et à grande échelle pour un véhicule zéro émission avec batterie échangeable.
Au Maroc –et c’est presque un scoop qui nous a été révélé–, Renault SA est déjà en pourparlers avec l’Office national de l’électricité (l’ONE). Objet : développer un réseau de bornes publiques pour l’alimentation des voitures électriques du losange. Après avoir réussi le low-cost, Renault veut créer un nouveau «business model» dans l’automobile à travers les véhicules électriques. Car concrètement, les consommateurs achèteront leur véhicule et souscriront un abonnement pour l’alimentation en énergie, incluant la location de la batterie. Question coûts, le constructeur tranquillise en annonçant que le prix d’achat d’un véhicule électrique sera équivalent à celui d’un véhicule diesel et que le prix d’usage restera inférieur à celui d’une voiture thermique équivalente, l’électricité étant moins chère que le carburant.
Bref, c’est une véritable rupture que veut initier Renault en matière de mobilité durable et une vraie longueur d’avance que le losange cherche activement à se faire par rapport à ses concurrents dans ce domaine. Enfin, Renault a aussi profité dudit Salon pour présenter sa nouvelle signature : «Drive the change» (traduction littérale de «Pilotez le changement»). Un slogan qui sonne mieux en anglais que dans sa version française retenue, soit «Changeons de vie. Changeons l’automobile», mais correspond bien aux nouvelles valeurs et ambitions de la marque (contrairement à «Créateur d’automobiles»).
Reste à voir si Carlos Ghosn réussira son nouveau pari. Au fait, en a-t-il déjà perdu un ?


DNES à Francfort
Jalil Bennani

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