Retard de paiement chez les compagnies d’assurances: Une arithmétique difficile pour les réparateurs agréés

Retard de paiement chez les compagnies d’assurances: Une arithmétique difficile pour les réparateurs agréés

Pourtant, ce n’est pas toujours le cas. Ces derniers doivent souvent subir les affres générées par les retards de paiement des assureurs. Ainsi, lorsque votre véhicule est endommagé des suites d’un accrochage ou d’un accident, votre assureur vous propose plusieurs solutions, parmi lesquelles le fait de vous diriger vers un réparateur conventionné.

Ce réparateur prendra en charge la totalité des frais pour remettre en état votre véhicule et ne sera remboursé par la compagnie d’assurance que plus tard. «Cela peut prendre souvent beaucoup trop de temps et générer des décalages conséquents de trésorerie, surtout que l’on a une activité à maintenir et un personnel à payer», indique un réparateur agréé, visiblement contrarié.

Pourtant, une loi existe et impose que le paiement se fasse dans un délai de 60 jours. Or, cette loi n’est pas toujours respectée. Une situation qui ne manque pas d’impacter tout un secteur, puisque sur la seule ville de Casablanca, il existe pas moins d’une soixantaine de réparateurs conventionnés qui font travailler des milliers de personnes. Derrière cet état de fait, les lourdeurs administratives que subissent les compagnies d’assurance, mais aussi une gestion des dossiers «éloignée de la réalité».

Lourdeurs, retards… ce qui mine l’activité

Lorsque survient un sinistre, il existe plusieurs procédures de réparations. Il y a celles dites «normales» où l’on contacte l’expert, qui vient estimer l’ampleur des dégâts avant de délivrer un chèque dans la proportion des dommages causés. Une fois le chèque délivré, ce sera au client d’aller vers le réparateur qu’il voudra. La deuxième procédure consiste à être orienté par l’assureur vers un réparateur conventionné, et le client n’aura alors rien à gérer, un peu comme dans une clinique où l’on reçoit une prise en charge par l’assureur maladie. La troisième méthode est celle des forfaits qui cartonnent actuellement au Maroc.

A travers cette méthode, les clients reçoivent des chèques qu’ils encaissent en principe pour payer le réparateur qu’ils ont choisi pour remettre en état leur véhicule. Les gens choisissent de plus en plus les réparateurs conventionnés, car cela leur permet d’échapper à la contrainte de devoir réparer eux-mêmes leurs voitures, en allant chercher les pièces, etc.

De plus, ils peuvent compter sur divers avantages, notamment des garanties en matière de qualité et de service, sans avoir à avancer de frais de réparation. Ce fort engouement pour les réparateurs agréés est une lame à double tranchant pour ces derniers qui n’arrivent pas toujours à endiguer financièrement le fort flux des voitures endommagées qui passent par leur garage.

Même si cela leur permet de fructifier leur activité et d’augmenter leur chiffre d’affaires, cela suppose également qu’ils doivent débourser immédiatement beaucoup de frais pour assurer toutes les réparations, pour n’être remboursés que des mois plus tard. Des charges trop lourdes en somme qui restent à la limite du gérable pour des entreprises souvent de petite taille.

«Nous sommes entre le marteau et l’enclume»

Entretien avec Mohamed Benmoussa, directeur général de MLB Auto, réparateur agréé auprès de plusieurs compagnies d’assurance.

ALM : Qu’est-ce qui rend un réparateur éligible pour être agréé auprès d’une compagnie d’assurance ?
 

Mohamed Benmoussa : Nous devons des fois fournir des fiches anthropométriques et des CV pour être choisis par les compagnies d’assurance. Ces dernières visitent les ateliers pour se rendre compte de l’outillage et de la qualité de la main- d’œuvre. Il faut, par exemple, posséder une cabine de peinture adaptée à l’écologie et pressurisée, ce que les Marocains appellent «four», mais aussi du matériel adapté.

Qu’est-ce qui obscurcit aujourd’hui le secteur ?

Des fois, certaines compagnies d’assurance peuvent mettre du temps avant de régler ce qui est dû aux réparateurs conventionnés. Pourtant la loi impose de payer dans un délai de 60 jours. Une fois la prise en charge reçue et le dossier bouclé, nous devrions en principe être remboursés systématiquement dans l’échéance fixée par la loi. Or ce n’est pas toujours le cas, et nous avons ce souci avec certaines compagnies d’assurance qui mettent du temps à nous rembourser.

A votre avis cela est dû à quoi ?

Chez certaines compagnies, il existe souvent des procédures administratives contraignantes qui créent ces retards de paiement. D’autant plus que les « cols blancs » qui gèrent les dossiers sont souvent loin des réalités du terrain et de ce que doit subir un réparateur qui se trouve entre le marteau et l’enclume vis-à-vis des clients qui attendent que leur véhicules soient prêts, vis-à-vis des charges pour réparer les véhicules et vis-à-vis des compagnies d’assurance.

Pourtant il existe bel et bien une loi qui impose un délai de paiement…

Même avec l’existence de cette réglementation, la procédure relative au sinistre n’est pas toujours claire au Maroc. Pourtant dans notre pays, nous avons tout intérêt à organiser les choses puisque nous sommes à près de 4.000 accidents par semaine, soit environ une bonne soixantaine par jour ! Et ce chiffre continue d’augmenter avec tous les véhicules neufs vendus chaque année, dont 60% écoulés sur le seul axe Casablanca-Rabat.

Ce sont les pièces de rechange qui vous coûtent le plus cher lors de la réparation ?

Pour les pièces de rechange, nous nous approvisionnons aussi bien à la ferraille que chez les importateurs et constructeurs. Il faut dire que ces derniers ne disposent pas toujours de toutes les pièces à l’après-vente. Une voiture contient environ 30.000 pièces différentes. Il est impossible de stocker 30.000 pièces pour chaque modèle et chaque voiture. Lorsque nous nous approvisionnons en pièces de rechange, nous sommes souvent obligés de les payer cash et tout de suite, sans avoir malheureusement de visibilité sur les délais de remboursement de la part des compagnies d’assurance, ce qui crée pour nous de gros décalages de trésorerie qui sont très lourds à gérer.

Cynisme à part et tout compte fait, le sinistre est plutôt bon pour vos affaires, non ?

(Rires) Il est vrai que le sinistre fait augmenter notre chiffre d’affaires et nous fait travailler plus. C’est une boucle qui est bouclée, puisque cela fait travailler aussi notre main-d’œuvre et nos fournisseurs aussi bien au niveau des emplois directs qu’indirects. A condition toutefois d’être remboursés dans les bons délais !

 

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