Suzuki Maroc : Quel avenir ?

Année 2001 : Suzuki Maroc plaçait la barre très haut en inaugurant son nouveau siège, situé à l’angle du boulevard Ba Hmad et de l’avenue des Oudayas au quartier Belvédère à Casablanca. Un local de 17.000 m2, ayant englouti plus de 50 millions de Dhs d’investissement et constituant la plus grosse plate-forme d’espace automobile au Maroc. Colossal ? Oui. Ambitieux? Trop. En tout cas, peu stratégique, voire raté ! Car, des années plus tard et au vu des résultats commerciaux de Suzuki Maroc, on est en droit de se demander s’il était vraiment utile ou judicieux que cet importateur érige une telle cathédrale automobile, dans un marché aussi petit que le nôtre ? Un marché où la part des ventes de Suzuki n’a jamais pu dépasser les 2 ou 3 % durant les cinq dernières années.
Certes, l’année 2004 s’est soldée par un bilan positif, mais moyen : 543 véhicules vendues, 1,6 % de part de marché et une évolution de 27,17 % par rapport à l’exercice précédent. Il est vrai que ces chiffres ne concernent que les voitures de tourisme et les 4×4 et qu’il faudrait leur ajouter les ventes d’autres produits, à savoir : les motos et les quads, les hors-bord, les groupes électrogènes et les pompes à eau. Mais cela reste insuffisant pour justifier une telle implantation.
Outre le showroom intégré au siège de Casablanca, Suzuki Maroc dispose aussi de quatre succursales dans les villes de Rabat, Tanger, Marrakech et Agadir. Soit un réseau suffisant pour faire plus de volumes. Sauf que ce n’est pas du tout le cas actuellement, puisqu’au mois de janvier dernier, les ventes de voitures et 4×4 badgés Suzuki n’ont pas dépasser les 21 unités, alors que ses concurrentes du même pays ont de plus en plus la cote. En totale, désaffection avec le gros de la clientèle marocaine, cette marque japonaise est, en fait, en mauvaise passe. Pourquoi ? Suzuki Maroc a tout simplement une gamme peu attrayante, car pas suffisamment en phase avec la demande et les réalités du marché marocain.
D’accord, il y a les 4×4, mais leur part reste infiniment minuscule (juste 340 unités vendues en 2004, toutes marques confondues) sur les ventes totales du marché (un peu plus de 54.000 véhicules). En fait, la gamme Suzuki est plutôt vieille, peut-être même dépassée. Bien qu’il ait été restylé il y a un peu plus de deux ans, le Vitara accuse quand même le poids des ans, puisqu’il a été lancé en 1998 (déjà !). Idem pour l’Alto, qui fait actuellement l’objet d’une campagne promotionnelle tous azimuts. En outre, à l’exception du Vitara, la gamme importée de Suzuki ne dispose pas de Diesel, clé de voûte pour pouvoir réaliser de gros volumes de ventes sur notre marché. Du coup, seules les récentes productions du constructeur japonais pourraient permettre à Suzuki Maroc de reprendre des couleurs. C’est le cas des citadines Swift et Ignis (nouvelle génération) et dans une moindre mesure la compacte Liana, qui même en Europe, ne marche pas très fort. Sauf que ces modèles s’afficheraient à des prix trop élevés s’ils étaient importés. En effet, fabriquées en Hongrie, ces deux nouveautés seraient alors payées en euros, une devise assez forte ces temps-ci. Cela, en plus des droits de douane et le reste des frais d’importation, les rendraient hors segment. Ainsi, la petite Swift serait proposée à environ 180.000 Dhs. Invendable!
Telles sont les difficultés auxquelles doit faire face l’importateur marocain de la marque de Hamamatsu (c’est le nom de la ville japonaise où est installé le siège de Suzuki), qui se trouve aujourd’hui dans une mauvaise posture commerciale. Contacté à plusieurs reprises et durant trois semaines par ALM, Abdelhanine Belmahi, le nouveau directeur général adjoint, est resté injoignable.
Dommage, il nous aurait probablement donné sa vision sur l’avenir de l’entreprise dont il est le premier responsable après Ahmed Bamaarouf, richissime patron du groupe saoudien du même nom, lui-même propriétaire de la carte Suzuki au Maroc. Un avenir qui semble incertain, au point où analystes et professionnels du secteur n’hésitent pas à envisager la disparition de la représentation de Suzuki au Maroc, d’ici un an. Les acheteurs de bon sens s’abstiendront probablement d’acquérir un modèle de la marque nipponne au grand «S».

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