Un grand créateur d’automobiles

Un grand créateur d’automobiles

C’est à Marseille que Patrick Le Quément voit le jour le 4 février 1945. Habitant non loin de la Côte d’Azur, il allait régulièrement avec son père à Monaco, Nice et Cannes… des villes balnéaires où il découvrira des voitures aussi prestigieuses que sublimes, telles que les Ferrari, Maserati et Bugatti. Enfant toujours, il fut fasciné par le dessin, passant des journées à crayonner des trains, des paquebots et des avions, mais aussi à reproduire des voitures qu’il contemplait. Cela, tout en croyant, naïveté enfantine oblige, que les automobiles étaient créées par des ingénieurs qui les esquissaient lors de leur temps libre ! Plus tard, en lisant un article de presse sur Pininfarina, il comprendra que l’on peut faire du design son métier.
Tel a été le déclic, selon lui. A 18 ans, il apprendra à conduire sur une rustique Citroën 2 CV grise, avant de quitter les bancs du lycée, pour aller poursuivre ses études à l’école Polytechnique de Birmingham. Il ira ensuite à l’université de Danbury, où il y décroche un MBA, puis un diplôme en design industriel. Il fonde un cabinet de consultants (Style International) en 1967, mais s’avoue très vite un penchant pour l’architecture et le «design produit». Il fait alors ses débuts chez Simca, puis entre, en 1968, comme designer au sein de la division britannique de Ford. Après y avoir passé 23 ans Patrick rejoint la direction du design de Volkswagen en 1985. Mais il préfèrerait travailler pour Renault, postulant jusqu’à 11 fois ! Deux ans plus tard, Renault finit par lui céder, en lui offrant le fauteuil de directeur du design industriel. Commence alors une véritable saga de création et de créativité automobile. Il y aura d’abord la Twingo, dont le look décalé ne fit pas l’unanimité en interne. Pour l’imposer, Le Quément devra d’abord convaincre Raymond Levy (le président de Renault à l’époque) de prendre le risque de la fabriquer. Ce sera chose faite et cette citadine à trois portes, au format lilliputien, fera vite un tabac en France, plébiscitée par son habitacle spacieux et fonctionnel, mais aussi par sa frimousse atypique, devenue presque un motif d’achat ! Viendront ensuite les premières génération de Clio, puis de Mégane.
Deux véhicules qui répondent à l’esprit du «cocooning», c’est-à-dire à habitacle en forme de cocon, afin de répondre aux goûts de la clientèle. D’ailleurs, la déclinaison de la Mégane en monospace compact sera une histoire merveilleuse pour Renault, puisque le Scénic sera élu voiture de l’année en 1997 et ouvrira la brèche à toute une horde de concurrents. Plus qu’une voiture à très grande diffusion, la famille Mégane sera l’ambassadrice du nouveau design Renault, comme l’actuelle Laguna apparue au Mondial de Paris (en 2000). Mais Patrick va «corser» encore plus ses coups de crayons, en commençant d’abord par un restylage radical de la Clio (en 2001), qui donnera le ton pour les futures Renault.
Au menu, des faces avant aussi agressives qu’expressives et des lignes torturées, qui traduisent le refus du maître designer à rentrer dans les rangs du design automobile conformiste, partant de l’idée que «la simplicité est un luxe !». Rien ne semble arrêter Le Quément dans son élan artistique, puisque au-delà du renouvellement, la gamme du premier constructeur français va se voir substantiellement enrichir par l’arrivée de la Mégane et de ses six autres variantes. Ce sera, là encore, un joli coup de maître de Patrick, qui contribuera à faire de la compacte au losange, le titre de «Voiture de l’Année» en 2003.
Entre-temps, il aura enfanté le très séduisant Avantime, véhicule à nouveau concept (coupéspace), mais aussi signé une série de concept-cars. Ces derniers préfigurent parfois certains modèles définitifs, mais font assurément toute l’attraction des visiteurs sur les stands du losange, lors des différents Salons automobiles internationaux. C’est le cas de l’étude de style Pangea qui donna lieu au ludospace Kangoo, du Koleos qui révèle l’intérêt de la marque pour un gros 4×4, et plus récemment du roadster Wind et du coupé Fluence. Parmi les dernières créations de Patrick Le Quément, la Dacia Logan, ou encore la Modus, monospace citadin qui sera commercialisé en fin d’année. Celle-ci, incarne la vision de cet homme quant à l’avenir de l’automobile, convaincu qu’à l’horizon 2020, on évoluera vers des voitures plus compactes en dimensions, mais généreusement habitables à bord.
Aujourd’hui, outre le fait qu’il dirige 350 personnes, dont une majorité de designers, Le Quément est aussi l’un des rares designers à siéger dans le Comité de direction d’un constructeur.
Enfin, preuve de son talent, la fondation allemande Raymond Loewy, lui avait décerné le 14 novembre 2002, la prestigieuse distinction de «Designer Award», en reconnaissance de l’ensemble de sa carrière de grand créateur d’automobiles.

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