Virage politique

Virage politique

L’événement est purement politique, tout comme la mission qui en fait, d’ailleurs l’information principale. Louis Schweitzer vient d’être investi d’une haute responsabilité de la part de la plus haute autorité en France. Ainsi, Jaques Chirac l’a nommé, la semaine dernière, président de la Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité (Halde).
Il s’agit d’une nouvelle instance dont la création avait été proposée par M. Chirac lors de sa première campagne présidentielle, en 2002, et qui a été créée par la loi du 30 décembre 2004. Sa raison d’être se veut à la fois militante et coercitive, puisqu’elle (la Halde) aura autorité sur toute forme de discrimination légale, qu’elle soit fondée sur le sexe, la race ou l’origine ethnique, la religion ou les convictions, un handicap, l’âge ou l’orientation sexuelle. Pour cela, la Halde disposera d’un effectif de 56 personnes, de dix en délégation et d’un budget de 10,7 millions d’euros (en 2005). Sans disposer de pouvoirs de police judiciaire, elle bénéficiera de moyens d’investigation auprès de l’administration et des personnes privées. Elle pourra donc faire des médiations, mais aussi ester devant le parquet, voire même en cas d’obstruction, saisir le juge des référés.
A la tête de cette institution nouvellement créée, M. Schweitzer, coiffera en fait un collège d’une dizaine de personnalités parmi lesquelles on compte l’ancienne secrétaire générale de la CFDT Nicole Notat, le criminologue Alain Bauer et l’ancien président de la Croix-Rouge Marc Gentilini, ou encore la présidente du mouvement «Ni putes, ni soumises», Fadela Amara. Louis Schweitzer, 62 ans, quittera la présidence opérationnelle de Renault en avril prochain, au profit de son dauphin, Carlos Ghosn, l’actuel patron (charismatique) de Nissan. Sa nomination à la tête de cette instance ne traduit pas qu’une reconversion politique de l’un des grands P-dg de ces dix dernières années. C’est aussi la consécration d’un homme ouvert d’esprit et fortement imprégné d’humanisme.
En effet, à la tête de la marque au losange depuis mai 1992, M. Schweitzer est celui qui a replacé Renault au diapason des constructeurs européens. Comment ? Par des orientations stratégiques et l’investissement de plusieurs niches automobiles avec des modèles à succès le Scénic, l’Espace, la Mégane, ou encore la Twingo.
Avec cette dernière, Renault a sensiblement démocratisé l’automobile, comme le voulait vraiment Schweitzer, à qui l’on doit d’ailleurs l’idée du projet Logan. C’est aussi lui qui était derrière l’engagement de Renault en matière de sécurité en général et routière en particulier. Soucieux des enjeux écologiques, M.Schweitzer est devenu membre du conseil de surveillance de «Vivendi Environnement» qui l’a coopté en février 2003.
Au demeurant, on retiendra que le futur ex-patron de Renault est membre du conseil de surveillance de Philips, membre du conseil exécutif du MEDEF, mais également qu’il est administrateur de plusieurs entreprises, dont AB Volvo, BNP-Paribas, ou encore Electricité de France. Il apparaît donc que sa nomination est loin d’être le fruit du hasard ou d’une quelconque considération d’amitié avec le président français.
Ce dernier a d’ailleurs déclaré, à l’issue d’un entretien avec Louis Schweitzer en annonçant sa nomination : «c’est une mission essentielle pour les valeurs de la République, pour défendre la cohésion de la nation, pour affirmer le respect des droits égaux de toute personne, sans distinction».

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