Zineb Oukacha : «Le manque d’équité douanière nous pénalisera lourdement dès 2010»

ALM : Quelques semaines après le lancement de la compacte i30, quel a été le feedback de la clientèle marocaine ?
Zineb Oukacha : Les débuts commerciaux de ce modèle ont été à l’image du marché lors de son lancement. En d’autres termes, la i30 a coïncidé avec un mois où le marché avait enregistré une certaine baisse dans la fréquentation des showrooms et partant, un fort ralentissement de l’activité. Pour autant et comme nous l’avions prévu, la i30 a été très appréciée par la clientèle marocaine comme en attestent les premières ventes, avec près d’une soixantaine de livraisons par mois. Donc, aujourd’hui, elle a atteint son rythme de croisière. Son design et son excellent rapport qualité/prix/équipement a beaucoup joué en sa faveur. Maintenant, si l’on considère que les semaines à venir sont une période durant laquelle les acheteurs compareront de plus en plus les modèles d’un même segment, la i30 va encore plus faire valoir son très bon positionnement sur son segment.

Comment expliquez-vous le fait que Hyundai soit l’unique marque du Top-5 à afficher une bonne croissance (+7,38%), alors que le marché des voitures de tourisme affiche un fort repli de 14% ?
On pourrait avoir deux approches par rapport à cette situation. D’une part, prendre le chiffre tel qu’il est et dire qu’il y a 7,38% de croissance et que tout va bien pour Hyundai au Maroc. Puis il y a l’autre approche qui est de s’interroger sur ce qu’il y a derrière ces 7,38%. Maintenant, je dirais que le marché national tel qu’il a baissé en 2009, a obligé le consommateur marocain à baisser dans son niveau d’achat. Je pense que le moral des acheteurs marocains a été plus ou moins impacté par la crise mondiale, avec une certaine frilosité et l’attentisme de voir si cette même crise va toucher ou non l’économie du Royaume. En d’autres termes, le Marocain achète, mais il achète moins cher en attendant de voir ce qui va se passer. C’est ce qui explique la performance des voitures produites localement et celles gravitant autour des 100.000 DH. Et c’est dans cette tranche que se positionne la i10 dont les ventes ont principalement contribué à notre croissance en 2009, en volume, mais certainement pas en chiffre d’affaires qui a connu une baisse alarmante.

Pensez-vous que la gamme Hyundai pourra rester compétitive au fil des mois et années à venir, alors que le démantèlement douanier se fait principalement au profit des véhicules importés d’Europe ?
L’inégalité des tarifs douaniers est une réelle problématique sur laquelle nous essayons d’anticiper à travers le Givet (NDLR : Groupement des importateurs de véhicules pour l’équité tarifaire) que nous avons créé et avec lequel nous militons pour aboutir à une certaine équité douanière. Ce qu’il faut savoir, c’est que les marques non-européennes représentent la moitié du marché automobile marocain, ce qui est loin d’être négligeable. La dernière loi de Finances avait fait un geste aux marques non-européennes puisque leurs droits de douane sont passés de 32,5 à 27,5% pour ces deux années 2009 et 2010, alors qu’en 2011 et 2012, ils passeront à respectivement 25 et 17%. Ceci étant, cet ajustement reste insuffisant. Aujourd’hui, les marques européennes payent 11,8% de droits de douane, pendant que nous, nous payons 27,5%. En 2011, elles seront à 3,3% puis à 0% en 2012 pendant que nous, nous resterons toujours à 25%, ce qui représente un différentiel de 21,7 points ! Et lorsqu’on voit ce que pèsent les marques non-européennes que ce soit en termes de volumes, de choix de produits, de recettes fiscales, on ne peut accepter qu’il y ait un gap aussi important que celui qui se produira à partir de 2011. En Europe, les importations de voitures non-européennes sont taxées à hauteur de 10%, alors qu’au Maroc elles resteront toujours à au moins 17,5%. C’est comme si le gouvernement marocain subventionnait les marques européennes. Le déséquilibre est flagrant et le constat est clair : on protège les marques européennes plus qu’elles ne le sont en Europe ! Et le plus grave encore, c’est que ce privilège douanier profitera également aux importations de véhicules européens d’occasion. Le marché va donc totalement être chamboulé en 2012 avec, entre autres, une réduction des parts de marché des marques non européennes, une baisse du marché total et in fine un choix très limité pour le consommateur marocain. Donc tant que les choses n’auront pas changé, le manque d’équité douanière nous pénalisera lourdement et ce, dès 2010.

Quelle serait donc la solution la plus acceptable à vos yeux ?
Nous ne demandons pas l’impossible. Nous voulons juste une certaine équité douanière à l’image de ce qui se fait chez nos voisins européens et donc d’avoir un taux douanier à 10% applicables à toutes les marques non-européennes et ce, dès 2011. De plus, et je ne suis probablement pas la seule à le penser, les marques asiatiques ont énormément contribué à la démocratisation de l’automobile, avec des microcitadines très accessibles. Il serait honnête de le leur rendre aujourd’hui.

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