100% Jamal Berraoui : Dérapages en vue

100% Jamal Berraoui : Dérapages en vue

L’Etat annonce la création de 169 nouvelles zones d’urbanisation. Nous sommes en face d’une politique volontariste d’aménagement du territoire. Cette politique intègre aussi la mise à disposition des opérateurs de terrains à bas prix. On ne peut que saluer ce volontarisme nouveau, en laissant aux experts du domaine la faculté d’apprécier les modalités opératoires ou les choix du site.
Cependant, ici et là, des pratiques qu’on croyait de simples survivances du passé ressurgissent et ne manquent pas d’inquiéter. Ainsi, la spéculation aurait devancé l’annonce des sites choisis, ce ne sont pas des rumeurs du café du commerce mais l’aveu des opérateurs eux-mêmes, l’aveu parce qu’on ne peut imaginer que la spéculation soit le fait d’autres secteurs. Y a-t-il délit d’initié ? S’il y en a, il est si bien partagé que ses effets s’annulent.
Par contre, certains faits rapportés sont hautement délictueux. Ainsi, le maire d’une ville a fait un tour de passe-passe extraordinaire pour céder un terrain à une entreprise de construction. Il a d’abord déclaré le terrain inconstructible, sa valeur a baissé en conséquence, une fois vendu, il est devenu constructible et le chantier va très rapidement. Le terrain a vocation à entrer dans le cadre du logement social et donc à bénéficier des avantages accordés. Bravo l’artiste!
Les gens du secteur racontent chacun des histoires pareilles… sur le concurrent. S’ils demandent en tant que fédération la transparence absolue, ils agissent en fonction  de l’environnement pour sauvegarder leur part de marché et il faut être naïf pour ne pas accepter que c’est de bonne guerre !
En fait, le dilemme est le suivant : le secteur de l’habitat est la véritable locomotive de l’économie marocaine. Hejira et l’ensemble du gouvernement  ont réussi à le dynamiser fortement et il est probable que le nouvel environnement lui permette de continuer sur sa lancée. Seulement, ce secteur a les pesanteurs de son histoire, le noir continue, y compris pour les logements sociaux de manière patente. Il faut s’interroger sur les entreprises quand elles déclarent 30% de marge sur les logements sociaux fortement encouragés par l’Etat. C’est un peu limite.
Mais, absolument rien ne peut justifier un recul dans la politique d’encouragement. Une étude faite il y a quelques mois en réponse aux fiscalistes qui trouvaient exorbitant le coût des exonérations, a donné des résultats stupéfiants. Pour 1 dirham abandonné, l’Etat en récupère 10 en plus des emplois créés.
S’appuyer sur les turpitudes du secteur pour remettre  en cause une telle politique serait suicidaire. Malheureusement, certains politiciens sautent ce pas. Par contre, tirer l’ensemble du secteur vers une concurrence saine, une gestion transparente est une urgence. Elle présuppose que tous les démembrements de l’Etat agissent de concert dans le même sens et donc s’interdisent toute cession de terrain de gré à gré. Cette procédure est attrayante parce qu’elle peut faciliter la croissance du secteur, donner plus de  poids aux décideurs politiques  et aux intervenants de l’urbanisme.
Malheureusement, le poids du passé la rend suspecte aux yeux des opérateurs eux-mêmes et de l’opinion publique en général. Entacher une réussite pareille par les survivances de l’économie rentière est une erreur politique grave.

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