100% Jamal Berraoui : En défense des partis politiques

100% Jamal Berraoui : En défense des partis politiques

Le même jour, deux quotidiens arabophones ont insulté gravement un parti politique. Parce que Ismaïl Alaoui a dévoilé devant la presse que le PPS va financer son congrès par une souscription de ses militants et sympathisants, les ex-communistes ont été traités de mendiants. Parce  que les journalistes n’ont jamais eu d’engagement, ils ne savent pas que c’est le mode de financement le plus courant des formations indépendantes. Ils  ne savent pas que depuis toujours les militants donnent leur temps, leur argent, prennent des risques pour un idéal. Les formations issues du mouvement ouvrier font du règlement de la cotisation un élément clé de l’engagement. Le militant qui ne paye pas ses cotisations ne participe pas au vote. Cette éducation est en rupture avec la culture des partis financés de manière occulte, soit par le biais des fonds secrets soit par le biais d’organismes publics. L’on sait que plusieurs offices ont réglé des factures de formations politiques.
Cet épisode n’a d’importance que parce qu’il reflète une attitude quasi générale dans la presse : déconsidérer les partis, exception notable du PJD qui, lui, est paré de tous les oripeaux. Avant, pendant près d’une décennie, il n’y en avait que pour la société civile.
Cette posture est un frein à la construction démocratique. Le jeu démocratique n’a de sens qu’en présence de partis politiques forts, influents, créateurs d’idées et de leadership et moteur essentiel de la reproduction des élites.
Nous en sommes loin, il est vrai. Nous en sommes loin pour des raisons historiques, objectives mais aussi pour des raisons culturelles. Les raisons historiques sont liées à la lutte de légitimité post-indépendance et au fameux processus démocratique qui a donné lieu à la falsification des élections, à la création in vitro de formations politiques et à la corruption avancée des élus locaux. Les rigidités culturelles s’appuyant sur  ce magma, puisque nos partis ont subi la pression du milieu et reproduisent souvent les mêmes phénomènes de clientélisme.
Aujourd’hui, il faut être de mauvaise foi pour ne pas reconnaître que nos principales forces politiques ont entamé leur mise à niveau. D’abord, elles respectent toutes, enfin, le calendrier des congrès. Ensuite, elles connaissent une lame de fond organisationnelle qui ne va ni vite, ni aussi loin que l’on voudrait mais qui est réelle. Ces mouvements s’accompagnent dans le cas de l’USFP, le PPS, l’Istiqlal et le RNI par l’entame de réflexions profondes.
Derrière ce mouvement, il y a bien évidemment l’approche de 2007. Cette échéance est censée clore le chapitre de la transition ouvert par le gouvernement d’alternance et fixer la démocratie marocaine à un stade plus avancé. Cela ne peut se concevoir que si les partis politiques élaborent des bases programmatiques claires permettant à la fois des alliances autour de projets et la mobilisation de l’électorat. Dit comme cela c’est d’une facilité déconcertante, il n’en est rien. Les partis de l’ex-opposition doivent trouver des réponses claires, réalistes, chiffrées à plusieurs problématiques. Les anciens réflexes n’ont plus cours parce que l’expérience gouvernementale est passée par là. Il faut peut-être rappeler  qu’il y a dix ans,  la gauche revendiquait un SMIG à 5000 dh et le maintien absolu de la gratuité de la santé publique. Nos partis ont beaucoup de défauts. Leurs efforts peuvent nous paraître insuffisants, ils n’en sont pas moins réels. La presse devrait accompagner, de manière critique, ce mouvement et non le nier ou le déconsidérer. Le PPS a fait un travail sur la situation économique et sociale digne de respect. Ce n’est pas ce travail qui fait la «Une» mais la prétendue mendicité, en insultant un parti ou insulter des hommes et des femmes qui ont fait de l’engagement collectif une raison de vivre. Quel est l’engagement des journalistes marocains ?

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