100% Jamal Berraoui : France : le ras-le-bol des jeunes

100% Jamal Berraoui : France : le ras-le-bol des jeunes

Les images sont impressionnantes, la France des jeunes bat le pavé et entraîne derrière elle  le gros des troupes, en  particulier les cheminots et les fonctionnaires. Les interventions policières sont d’une rare violence, le Contrat première-embauche a enfoncé la France dans la crise. Les analystes s’intéressent, cependant, peu à ce malaise des jeunes qui se saisissent d’une loi réglementant la précarité pour crier leur colère, c’est que 2007 se profile et que les candidats à la candidature se positionnent. Ainsi, ce que l’on entend le plus souvent c’est que De Villepin  ne peut pas céder parce que cela signifierait la fin de ses prétentions présidentielles. Dans son camp, Sarkozy est gêné aux entournures, il laisse ses lieutenants tailler des costards au locataire de Matignon mais continue d’afficher sa solidarité. À gauche, bien sûr, tout cela est pain béni, l’unité est enfin retrouvée avec l’espoir de battre la droite, même si on ne connaît pas le champion de 2007. C’est la politique spectacle dans toute sa splendeur. Le social s’est réinvité dans le jeu politique, mais le microcosme n’en veut pas, ce qui l’intéresse c’est la campagne avant l’heure et les calculs de boutiquiers. Le danger, réel, d’un 21 avril à l’envers n’est même pas évoqué. La crise est pourtant profonde. Les étudiants et les élèves traduisent un malaise profond de la jeunesse quelques semaines après les émeutes des banlieues. Le fait que les manifs tournent automatiquement à l’émeute est révélateur de sentiments de révolte profonds. Mettre ces actes sur le dos de «la racaille» des banlieues est trop facile et pourtant tous les acteurs préfèrent cette facilité à l’introspection. La précarité, le chômage, les problèmes de logement angoissent les jeunes au plus haut degré.  Les discours politiques n’ont plus d’utopie à vendre. Pire, au nom de la «realpolitik» on voudrait évacuer le social de la politique alors qu’il ne peut qu’en être le cœur. Le peuple de gauche ne peut  se mobiliser qu’autour des revendications et des transformations sociales. Aujourd’hui, il vote en marchant, mais il est aléatoire de croire qu’il le fera dans les urnes.  Le CPE montre la difficulté majeure qu’ont les gouvernants en France depuis 30 ans. La France doit adapter son modèle aux réalités économiques, cependant, l’attachement aux acquis sociaux est très fort. Cet attachement se transforme en conservatisme hallucinant qui rend toute réforme, celle de l’enseignement en premier, impossible. Le résultat en est le décalage entre la politique des pouvoirs publics et la réalité économique. La SNCP annonce un bénéfice record d’un milliard d’euros et la suppression de 3000 emplois .Il ne s’agit pas d’une multinationale dominée par les méchants fonds de pension américains, mais d’une entreprise publique. Le chômage en France ne baisse pas même quand la croissance est là. La couverture sociale en pâtit et fatalement sera remise en cause, car non viable. Or, que proposent les deux camps ? Des discours, voire des sottises du genre patriotisme économique. La marge de manœuvre des Etats se rétrécit, c’est un fait, mais en France aucun leader ne propose l’électrochoc  qui permettrait le retour à un taux de chômage acceptable. La différence avec l’Allemagne est saisissante, pourtant le mouvement ouvrier allemand est le plus puissant d’Europe. Malheureusement pour les Français, aucun homme politique ne tire les leçons de ce qui se passe, tous veulent l’instrumentaliser. Cette jeunesse dans les rues est pourtant la preuve des difficultés du modèle français. L’espoir, les rêves laissent place à l’angoisse, au doute et finalement au ras-le-bol. Les courants extrêmes ont de beaux jours devant eux sur ce terreau, parce que les démocrates ont abdiqué. La gauche par souci de respectabilité gestionnaire en oublie sa raison d’être : l’aspiration égalitaire. Cela vous rappelle-t-il quelque chose? Tiens, nous aussi nous avons des élections en 2007. Nos politiques font pire que ceux de Paris, ils n’en parlent même pas. Aucun parti n’a esquissé le moindre programme, on ne connaît même pas le mode de scrutin et l’on voudrait que les gens se déplacent en masse pour voter ! Ici aussi la crise sociale s’exprimera autrement, c’est une fatalité en l’absence de tout encadrement politique.

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