100% Jamal Berraoui : La culture bouillonne

100% Jamal Berraoui : La culture bouillonne

Le Maroc connaît depuis quelques années l’essor de nouvelles expressions culturelles peu restitué par les médias en général et l’audiovisuel en particulier. Le phénomène des musiques urbaines est sans précédent en dehors des premières années de la mouvance ghiwanie. Il mobilise tout un pan de la jeunesse, est porteur à la fois d’un air de fraîcheur en guise de révolte, d’un travail sur le patrimoine balbutiant mais intéressant comme piste, d’une ouverture sur les musiques du monde et surtout d’une grande créativité.
Ce mouvement, par son ampleur, n’a pas d’équivalent dans le monde arabe, il a aussi mis pied dans la mondialisation. Des groupes marocains passent régulièrement sur les ondes dans plusieurs pays européens et sont invités un peu partout, y compris dans les manifestations à caractère commercial.
D’autres niches se développent : la vidéo, le théâtre et la peinture. L’art pictural a développé un marché domestique et surtout a conquis des segments à l’étranger. Quant à l’art vidéo, il est essentiellement le fait des jeunes sous l’impulsion de structures associatives ou éducatives, il monte en puissance sans que l’on puisse y voir la main des responsables de la culture.
Des citoyens de pays européens d’origine marocaine participent à cet essor. Formés, voire formatés ailleurs, ils ont souvent un regard différent mais authentique. Ils ont surtout ouvert des perspectives à d’autres jeunes en utilisant les réseaux européens. La dernière vague nous vient de Hollande, un pays avec lequel nous avons plus d’échanges sur le plan humain que dans les autres domaines. Cela bouge donc. Seulement, ce mouvement n’est pas relayé de manière à lui assurer la visibilité qu’il mérite. Ce faisant, nous ratons le coche sur deux tableaux.
En premier lieu, ces expressions culturelles sont un  véritable outil de communication. Ce Maroc là, exposé correctement, vaut tous les discours sur la modernité, l’ouverture et la diversité. Il nous dispenserait de ces efforts lassants qu’il nous faut déployer pour contrecarrer le brouillage  d’image né des événements internationaux. Les meilleurs papiers écrits à l’étranger sur le registre « Le Maroc qui bouge » sont ceux consacrés aux festivals de Marrakech, d’Essaouira, d’Agadir ou L’Boulevard. Je garde en mémoire l’article d’un confrère algérien, suite au Festival de la tolérance à Agadir. Faisant le parallèle entre les deux pays, il reconnaissait au Maroc les vertus auxquels il aimerait que sa nation accède. Très élogieux, ce papier est pourtant publié par un journal dans la ligne de l’Etat algérien. Le second ratage est plus important, cet essor culturel n’est pas isolé, il reflète nécessairement des courants sociaux. Si les penseurs, les chercheurs s’intéressaient à ce mouvement, le reliaient à des tendances sociales, alors peut-être nous aurions notre Movida. Ce n’est pas sûr, mais c’est quand même peut-être comme disait Brel.
La Movida ce n’est pas un vœu esthétique, c’est la pièce du puzzle qui nous manque. La démocratie et la modernité sont une œuvre de transformation sociale. Sans un grand chambardement qui casserait les tabous, dénuderait les conservatismes et mettrait à bas les anachronismes, la transition ronronne. Les institutions politiques ne peuvent être en totale inadéquation avec la société.
La culture qui bouge aujourd’hui est très moderne, non pas uniquement dans la forme, mais surtout dans son contenu : elle consacre l’individu. L’un de nos confrères, spécialiste de ces questions, Jamal Boushaba, m’a fait dernièrement un exposé convaincant sur cet aspect, ce n’est pas le moindre des acquis. Pour comparer, Nass El Ghiwane symbolisaient la révolte, mais collective, grégaire et c’est pour cela qu’ils ont pris une coloration soufie très rapidement.
Nous sommes donc face à un mouvement de la société important pour notre devenir collectif. Que fait le service public audiovisuel ? Pas grand-chose. Les émissions « culturelles » actuelles sont plutôt dans l’ancien. Certaines très bonnes, ont rencontré un public, d’autres peuvent disparaître de la grille sans émeutes en conséquence. Seulement ce qui se passe chez la jeunesse, qui est un véritable phénomène structurant n’est pas mis en lumière. L’animateur d’Ajial m’excusera, mais le concept de son émission ne permet pas la restitution d’un phénomène de cette ampleur.

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