100% Jamal Berraoui : La repentance permanente

100% Jamal Berraoui : La repentance permanente

Un nouveau collectif vient de naître, il concerne tous ceux qui ont subi un jour des violences policières. L’idée est en apparence très juste. Tous les Marocains ont subi les violations des droits de l’Homme et pas uniquement les politiques. Cela, il ne faut pas sortir de Princetown pour le comprendre. Il suffit d’avoir vécu au Maroc en ces temps-là. Ce collectif doit aller jusqu’au bout de sa logique, il ne peut graduer les violations et sélectionner les plus graves, il doit les répertorier toutes. Pourquoi faire? Pour que l’Etat reconnaisse ses torts et, accessoirement au niveau du discours, passe à la caisse. Tu as passé une nuit au commissariat pour un contrôle d’identité et reçu un coup de matraque lors d’un Raja-WAC au Père Jégo, c’est éligible mais cela ne rapporte, au choix, qu’un couscous familial ou une bouteille de gros rouge. Torturé pour avouer un vol non commis, c’est beaucoup plus sérieux. Sérieux, soyons-le un instant. Le Maroc a vécu sous un régime absolutiste, peu soucieux des droits des gens. Police, gendarmerie et services parallèles utilisaient la torture comme moyen d’enquête, abusaient de leur position, terrorisaient les populations. C’est un fait reconnu par l’Etat et par le processus de l’IER que cet Etat lui-même a mis en branle. Ce processus est terminé, le combat maintenant c’est d’assurer la concrétisation des recommandations de l’IER et plus généralement de mettre en place les garanties d’éradication de ces comportements. Le rôle des militants des droits de l’Homme aujourd’hui, c’est la lutte pour ces garanties et l’extrême vigilance contre les violations actuelles, il y en a, et futures il y en aura, puisque c’est le cas même dans les grandes démocraties. Au lieu de cela, nous assistons à l’instrumentalisation du passé pour des buts inavouables. Ceux qui n’ont pu faire la révolution, ont trouvé le moyen de se venger : exprimer leur haine de l’Etat en lui réclamant une posture de repentance permanente. Ce faisant, ils tentent de brouiller toutes les images par des surenchères autour d’idées paraissant nobles, comme celle à la base de la création du nouveau collectif. Le refus de laisser les morts enterrer les morts, de tourner la page et d’apporter sa pierre à la construction d’un Maroc nouveau, passe plus facilement par les droits de l’Homme, que par une structure partisane invertébrée. Cela se double aussi d’envies plus triviales, l’Etat doit payer, toujours plus et que ce soient nos impôts qui y passent ne gêne pas les failles du gauchisme. Une anecdote sur le niveau où ils nous ont traînés. Le CCDH a très officiellement adressé une missive à la MAP lui demandant, dans le cadre de la réinsertion des victimes des années de plomb, de reprendre à son service l’un de ses anciens salariés ayant subi une séquestration forcée. Après vérification, il s’avère qu’effectivement la victime a été stagiaire à la MAP du 1er mai à la mi-juin 1975, qu’il a disparu et a été rayé des cadres. Son dossier «humanitaire» nous informe qu’il a été  enlevé 3 fois à des années de différence, qu’à chaque fois il a passé un mois au secret avant d’être relâché. Seulement son premier rapt date de mars 76, 6 mois après son départ de la MAP. Entre-temps, il avait fait un séjour en Belgique ! Plus drôle, notre chercheur d’emploi est âgé aujourd’hui de 67 ans, il a dépassé l’âge de la retraite depuis 2001. Si la MAP veut le reprendre, elle doit reconstituer sa carrière, le mettre à la retraite et lui verser une retraite. Hchouma !
En fait, plusieurs victimes ont été indemnisées dès leur sortie de prison. EIls ont été réadmises dans la fonction publique, avec carrière reconstruite et gros chèque à l’appui. Ceci n’a pas empêché une majorité de demander et obtenir réparation auprès de l’IER. Surtout ça ne les empêche pas de continuer à réclamer, les excuses de l’Etat, le procès des tortionnaires et à adouber toute nouvelle voie à  réparation pécuniaire.
Pour stopper cette dérive, il n’y a qu’une seule attitude politiquement saine : Basta !
Ce dossier est clos par la volonté de la majorité des courants politiques et de la majorité des anciens détenus eux-mêmes. Le Maroc en construction a assumé, mais il ne peut être l’otage d’un passé, qui de l’aveu même des activistes a concerné tous les citoyens. En agissant de la sorte, ces activistes objectivement, sont dans le même camp que les soudards des années de plomb : ils refusent de donner à leur patrie sa chance.

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