100% Jamal Berraoui : L’argent et les élections

100% Jamal Berraoui : L’argent et les élections

Encore un débat intéressant que l’on ne pourra pas mener, il s’agit du financement de la campagne électorale des municipales. Le ministère de l’Intérieur, en application de la loi sur les partis et pour assurer une forme d’égalité entre les candidats, a fixé un plafond de dépenses. L’idée en elle-même existe dans les grandes démocraties, pour éviter une dérive à l’américaine et l’emprise de l’argent sur la politique. Chakib Benmoussa a proposé, au début, le montant de 150.000 DH par candidat. Plusieurs partis, dont le PJD, ont trouvé que c’était trop et que cela facilitait des pratiques peu saines. Le ministère de l’Intérieur a revu son projet et a baissé le montant à 50.000 DH. Cette fois, d’autres partis ont estimé que cela était trop peu.S’agissant d’argent, ces derniers seront sans doute conspués. Pourtant, les deux positions sont respectables. Il est clair qu’on ne fait pas une campagne sans dépenser un minimum. Le coût du papier et de l’impression est en progression constante, il faut aussi assurer l’entretien d’une équipe de campagne. Mettons les choses au clair, aucun parti ne dispose plus de militants à même de faire campagne pour un candidat ou une liste à leurs frais. Jusqu’au début des années 90, la jeunesse de l’USFP et du PJD était réellement bénévole et les militants utilisaient leurs voitures et payaient leurs carburants. Ce n’est plus le cas aujourd’hui, les mœurs ont changé. Un candidat doit assurer, au minimum, le déjeuner, les cigarettes et le déplacement à son équipe de «militants». Ce n’est pas d’achat de voix qu’il s’agit, mais de gestion d’une équipe de campagne. Il est rare, très rare, qu’un candidat soit soutenu par une structure partisane qui lui évite ces frais. Alors 50 ou 150 ?, le chiffrage est ardu. Le principe c’est de donner aux candidats, à tous les candidats, les moyens de faire une campagne pleine, pour toucher tous les électeurs et les mobiliser, mais sans que l’argent devienne un facteur décisif. Le PJD est favorable à une baisse drastique, parce que ses candidats sont, pour le moment, dans la situation où étaient ceux des partis de gauche. Ils bénéficient d’un soutien militant réel des membres du parti, du MUR et parfois de ceux d’Al Adl Wal Ihssane. Sur le fond, sa position est très correcte et vise à réduire l’impact de l’argent sur les élections. Maintenant, il faut calculer les besoins d’une campagne d’un candidat «normal», dans les conditions actuelles et pas celles d’un candidat idéal, issu d’une structure partisane, enracinée, avec des militants engagés. Le chiffrage est ardu, parce qu’il est arbitraire et se veut universel. Or, les circonstances sont très différentes en termes de surface et d’électorat. Ce sont les campagnes qui sont les plus budgétivores, car l’habitat y est disséminé et la loi interdit les anciennes pratiques. A bien y voir, la classe politique a mal fait de revendiquer et d’obtenir l’interdiction des «zerdas». Ce système permettait aux candidats de réunir les votants et de faire campagne in situ. Personne n’a jamais prouvé que cela suffisait pour emporter leur adhésion. Lors des dernières législatives, les candidats en zone rurale ont avalé des milliers de kilomètres, sans pouvoir toucher l’ensemble des électeurs. On a aussi interdit aux candidats d’assurer le transport vers les bureaux de vote, ce qui a renforcé les chiffres de l’abstention. Ce qui paraît logique, c’est de fixer des critères en fonction de la surface de la circonscription et du nombre d’inscrits. Le maximum deviendrait alors modulable. Avec une prime pour le monde rural, parce que le contact ne peut y être que direct, les prospectus  ne servent à rien, ce qui gonfle les frais de déplacement. Ce débat est important parce qu’il présuppose une quête de vertu. Pour une fois, je suis proche de la position du PJD que de celle de ses adversaires. A la nuance près, qu’il me paraît évident que cette quête de vertu ne doit pas renforcer la tendance à l’abstention en privant les candidats des moyens de mobiliser l’électorat. Ne soyons pas naïfs, l’achat des voix n’a jamais été déclaré à la Cour des comptes comme frais de campagne. Ce qui ne l’empêche pas d’exister à large échelle. Nous parlons ici des moyens d’une campagne honnête. Seuls ceux qui n’ont jamais mis la main à la pâte, trouveront les montants dont il est question exorbitants.

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