100% Jamal Berraoui : L’argent n’est pas la solution

100% Jamal Berraoui : L’argent n’est pas la solution

Depuis le retour des actes terroristes au devant de la scène, et comme pour répondre aux thèses misérabilistes, il n’est plus question que de milliards et d’équipements de base, comme si la construction de logements, nécessaire bien entendu, était suffisante pour régler le problème.
Depuis la fin des années 70, les flux migratoires vers les cités ont créé un véritable chamboulement social. La ruralisation des villes ne se mesure pas uniquement au nombre de bidonvillois à recaser. Pour mémoire, ceux qui écrivent que l’Etat a abandonné ces Marocains disent des contre-vérités. Les programmes de recasement ont toujours existé, quant aux équipements de base, et le dilemme est toujours là, si l’Etat avait consenti à les installer, cela aurait constitué une pérennisation d’une situation de non-droit. D’ailleurs, c’est l’argument qui avait été opposé à l’époque à une étude américaine qui préconisait de garder les bidonvilles en les équipant.
Aujourd’hui l’on refait fausse route en focalisant sur les conditions matérielles de subsistance et en oubliant le reste, c’est-à-dire le développement humain non qualifiable. Ceux qui ont été relogés à Hay Hassani ou Attacharouk ont-ils évolué ? Le doute est permis. C’est dans ces quartiers que la criminalité enregistre ces taux les plus forts à Casablanca. Même la notion de logement décent y est très aléatoire, parce que la sous-location bat son plein et que les familles s’entassent toujours dans une pièce et sacrifient le confort accordé par l’Etat à un revenu supplémentaire. Dès lors, les relations sociales du bidonville se perpétuent.
La ruralisation des villes n’est pas l’urbanisation, les concepts sont même aux antipodes. Alors que l’urbanisation est génératrice de modernité, de progrès, la ruralisation même dans un contexte de modernisation apparente est une régression qui gangrène la société et constitue un véritable écueil à l’accès à la modernité.
Alors que l’urbanisation a aidé à l’émergence de l’individu, la ruralisation a amené le tribalisme à la cité, plusieurs douars portent à ce jour le nom de la tribu de ses occupants. Même alphabétisés, ceux-ci perdent plus rapidement leurs acquis que d’autres. Abandonnant le système référentiel paysan parce qu’il  est inadapté à la lutte pour la survie, ils n’en adoptent pas d’autres et surtout pas celui de la cité. Cette situation hybride  les fragilise au niveau identitaire.
Nos cités, parce que la productivité n’a pas évolué, que les richesses n’ont pas connu la croissance nécessaire pour intégrer les nouveaux venus, ont été submergées, défigurées. Les conséquences en sont multiplies, régression du civisme, de la création artistique littéraire, de l’action politique. A l’inverse, la bourgeoisie marocaine a installé sa vie dans l’off-shore et accentué les frustrations des uns et des autres, par un consumérisme indécent  à côté d’autant de misère.
Cette situation de fait ne changera pas parce que le béton remplacera le zinc. Il faut tordre le cou au populisme, si l’on veut réellement développer l’être humain. Bien entendu, la condition de départ c’est de lui assurer un minimum de dignité. Ce n’est que la condition de base, c’est d’une véritable politique d’intégration que nous avons besoin et cela n’est pas du seul ressort des autorités publiques. Sinon les programmes de relogement constitueront un appel d’air pour de nouvelles générations, d’autant plus qu’aucune réforme agraire n’est possible tant que le droit foncier est issu de la chariaâ. Cela ne diminue en rien le mérite de Lembarki puis Hejira qui ont pris le taureau par les cornes sur ce sujet. Ils ne sont pas comptables des insuffisances de la société.

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