100% Jamal Berraoui : Le pire des antidépresseurs

100% Jamal Berraoui : Le pire des antidépresseurs

La presse a trouvé dans l’histoire des femmes de pilotes impliquées dans le réseau terroriste d’Ansar Al Mahdi une bonne matière. Dès le début de la recherche, le sensationnel a pris le dessus. Probablement, l’un des avocats a ébruité l’affaire alors que les services se donnaient le temps de vérifier s’il y avait des connexions à l’étranger, via la veuve de Mejjati. Ensuite, nous avons eu droit à des fantasmes sur la fortune des concernés, le lien avec les changements à la RAM, etc.
J’ai connu «Oum Saâd » dans une autre vie ou plutôt j’ai bien connu Mustapha, son mari, du temps où il était le plus chic des compagnons. On se voyait par intermittence depuis qu’il a intégré l’école des pilotes il y a, non pas 10 ans comme l’ont écrit certains confrères surinformés mais plus de 30 ans. La dernière fois que je l’ai vu, c’était lors d’un Paris-Casa où je l’ai rejoint au cockpit pour toute la durée conviviale du trajet. Mustapha avait un humour très marrakchi aimait la vie, ses semblables; tout à fait l’antithèse de Khattab et consorts. Il y a quelques années, il a opté pour un autre choix de vie, sa femme s’est voilée grave. La suite on la connaît.
Ce qui est important et angoissant à mes yeux, c’est de tenter de comprendre comment des gens brillants, sensibles, d’une grande qualité humaine, et mon ami Mustapha remplissait tous ces critères, basculent rapidement et se laissent embrigader par des incultes. Mustapha n’a pas eu la carrière de ses camarades de promotion, qui fournissent une poignée de directeurs à la RAM, il a même eu des périodes très dures sur le plan professionnel, dont une suspension de près de 2 ans, contrairement aux allégations de certains, il n’est pas crésus. Il a le revenu, certes confortable, d’un commandant de bord et basta, sa villa n’est pas non plus le palais décrit. Il a eu des soucis de père de famille avec un fils, Saâd, brillant mais pas simple à gérer qui vient d’avoir son Bac. Il n’était pas bien dans sa peau quand il a viré barbu.
L’une des autres inculpées est la fille de l’un des premiers gynécos marocains qui marchait «d’enfer» dans les années 60 et70. Elle a grandi à l’européenne. Du côté maternel, elle a un lien familial avec les Mandjra, Si Mahdi entre autres. Elle aurait exprimé le désir de se faire exploser en Irak. Pourquoi des gens dépressifs sont-ils si faciles à embrigader pour les soldats des ténèbres ? C’est aux spécialistes de nous répondre et la question est cruciale. Le terrorisme n’est pas un phénomène passager, il est là pour un bon bout de temps, le niveau de sophistication très élevé du réseau de Khattab nécessite des moyens et des connexions qu’il a su trouver. L’une des facettes de la lutte antiterroriste sera la compréhension des mécanismes qui font basculer des gens en situation de fragilité psychologique. Il y a une autre question relative au droit, celle du secret de l’instruction. Les journalistes font leur devoir et c’est illusoire de leur demander de taire des informations qu’ils ont pu avoir, c’est aux intervenants dans le processus judiciaire de respecter la loi. Selon les sécuritaires, ce sont les avocats qui ont tuyauté les médias ; cependant, sur d’autres dossiers, nous avons eu droit à la publication pure et simple des procès-verbaux de la BNPJ. Cette question n’est pas formelle d’abord parce que les droits des accusés sont violés, ensuite parce que dans ces affaires de terrorisme, il n’est pas sain de divulguer des informations qui peuvent nuire à l’enquête et permettre aux réseaux de se redéployer. Nous avons réellement besoin d’une réflexion approfondie sur le terrorisme et la meilleure stratégie pour le combattre. Encore faut-il qu’officiels et classe politique acceptent la réalité, notre société n’a besoin d’aucune intervention étrangère pour produire des illuminés assoiffés de sang.

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