100% Jamal Berraoui : Le rôle de la presse face au terrorisme

100% Jamal Berraoui : Le rôle de la presse face au terrorisme

Le premier devoir du journaliste c’est d’informer, et ce devoir n’a de limites, en démocratie, que celles que lui-même s’impose au nom de sa vision de la responsabilité sociale. Lors d’une réunion avec les officiels, cette question s’est posée face au phénomène terroriste. En effet, la presse marocaine a publié beaucoup de fausses informations, certaines spéculations sans fondement et selon l’expression d’un sécuritaire : «Plus d’informations qu’il n’en faut». En fait, l’attitude des officiels face à la presse a été critiquée vertement, y compris par eux-mêmes, trop sollicités dans ce genre de situation ; ils s’emmurent et fonctionnent par communiqués. Ceux-ci ont le défaut d’être froids, c’est-à-dire tardifs et surtout à la disposition de tout le monde, en même temps, ce qui ne permet pas à la concurrence de fonctionner. La presse, sérieuse, a trouvé la solution, ce sont les sources au niveau local, subalterne, qui ont moins tendance à l’omerta une fois mise en confiance. D’autres, se suffisent de la rumeur comme d’habitude. Un haut responsable a reconnu avoir été surpris par la publication de compte-rendu qu’il n’avait pas encore reçu. Prétendre exiger de la presse qu’elle se suffise des communiqués de la police à la soviétique est une erreur que personne ne fait. Mais la responsabilité voudrait que la presse prenne en considération deux éléments :
– Les intérêts de l’enquête
– L’état de l’opinion publique.
Personne n’a intérêt dans ce pays à minimiser le risque terroriste, mais il n’y a aucun intérêt à susciter… la terreur, ni à désigner des cibles imaginaires en citant des lieux touristiques même pas cités par l’enquête policière. Quant à l’intérêt de l’enquête, la divulgation d’un élément tel que l’arrestation de X ou le détail d’un positionnement policer peuvent effectivement donner lieu à une réaction des suspects. Les journalistes ne sont pas des experts dans le domaine et cette rétention de l’information nécessite des relations de confiance absolue entre l’organe de presse et ses sources policières. C’est dans ce sens qu’officiels et journalistes doivent mener la réflexion pour mettre en place des mécanismes fluides et fiables à même d’aider à atteindre l’équilibre entre le devoir d’information et la responsabilité sociale, étant bien entendu que cette dernière ne peut être perçue que de manière individuelle et ne peut donc être codifiée. La victime de cette phase est encore une fois la télé publique. Elle a fait le minimum, de manière gauche, a préféré passer à autre chose rapidement et surtout était quotidiennement distancée par la presse écrite. Il y a réellement urgence à revoir le cahier des charges des rédactions et ce qui entrave leur travail de journalistes, souvent très compétents par ailleurs. L’une des énigmes comme les images tournées par 2M à 11 heures du soir et qui ont été diffusées par des médias étrangers dans la nuit, les nôtres ne les utilisent que le lendemain parce qu’ils attendaient des instructions !
La ligne choisie par les deux chaînes est inquiétante. Elles ont fait le choix du misérabilisme en montrant la précarité des conditions de vie des kamikazes, et en ressortant les reportages sur les bidonvilles. Qu’on le veuille ou pas, cette symétrie est perçue par le téléspectateur comme une explication du terrorisme par la misère. Les deux télés étant « officielles » et réputées bien tenues, il est permis d’en déduire que c’est un point de vue officiel, c’est d’abord faux, les officiels réfutant cet amalgame, c’est ensuite dangereux parce que cela désarme face au vrai coupable : la pensée obscurantiste. Cela aussi relève de la responsabilité sociale et on ne peut pas dire que les médias publics donnent le bon exemple.

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