100% Jamal Berraoui : Les experts de la bêtise

100% Jamal Berraoui : Les experts de la bêtise

Les télés satellitaires avaient besoin de meubler le temps lors de la couverture des événements du 10 avril. Elles ont fait comme d’habitude appel à des journalistes et de très doctes «experts en islamisme», quand ce n’est pas en terrorisme.
L’un d’entre eux, le plus sollicité depuis 2003, n’en démord pas. Il est toujours attaché à sa thèse de l’internationale terroriste, ce qui lave la Salafiya Jihadia locale de tout soupçon. Cette thèse a été démentie par les faits et par les sécuritaires et les officiels marocains, eux-mêmes, avaient pourtant adopté cette thèse après les attentats de Madrid. Ils savent aujourd’hui que l’essentiel des réseaux démantelés ou encore en activité sont une industrie locale, sans aucune connexion avec l’étranger. Notre «expert» ne peut accepter cette vérité parce qu’elle pose la question de la responsabilité morale des islamistes de tous genres, alors il radote. La thèse la plus saugrenue et qui est soutenue de manière éhontée par un journaliste, c’est la responsabilité de la justice. Après le 16 mai 2003, celle-ci a condamné trop d’innocents qui sont devenus des kamikazes, c’est faux, archi-nul, mais cela plaît à ceux qui veulent incriminer l’Etat pour tous nos déboires. La plupart des «analystes» ont succombé aux sirènes du misérabilisme. Les deux frères Raydi, vivaient avec leur mère et quatre frères dans une pièce ignoble dans un bidonville, etc. Ces images et les poncifs du genre les ceintures de la misère stigmatisent tous les bidonvillois et en font des kamikazes par fatalité. Or, la vérité c’est que c’est dans ce bidonville que les premiers groupuscules s’étaient installés, la misère n’est pas décisive, elle n’est qu’un facteur facilitateur du recrutement, ce qui est décisif, c’est la pensée jihadiste et ses errements. D’ailleurs, les cellules démantelées en dehors du douar Skouila étaient constituées de profils ne répandant nullement aux critères misérabilistes. Des enseignants, des fonctionnaires, une pharmacienne, des femmes de pilotes, un chef d’entreprise sont actuellement sous les verrous. Nous sommes loin de l’équation kamikaze = misérable. Ces thèses ne sont pas seulement fausses, elles sont idiotes et politiquement nuisibles. Elles ont démobilisé après l’histoire de Fikri, puis après le 16 mai et jusqu’à nos jours.
Maintenant qu’officiellement l’on sait que le terrorisme qui sévit au Maroc est un phénomène endogène, avec l’existence d’un danger provenant de réseaux internationaux, «Al-Qaïda» en particulier, il est urgent de mobiliser en vue de l’éradication de la Salafiya Jihadia. Il n’y a aucun détour possible, cette pensée, le discours de la haine, l’incitation au meurtre doivent être éradiqués de nos mosquées, de nos librairies, de nos quartiers. C’est ce combat-là qui sur la durée, est essentiel. Les sécuritaires, malgré leurs succès, ne peuvent extirper un phénomène de cette ampleur et la régénérescence rapide des cellules est là pour le prouver. Le combat idéologique exige clarté et courage politique de la part des rouages de l’Etat mais aussi des partis politiques et du monde associatif. Le combat des sécuritaires, lui, nécessite plus de moyens et surtout une revalorisation sociale du métier de policier. Il faut montrer de la reconnaissance à ces gens qui risquent leur vie pour nous défendre et dont les salaires restent les plus faibles de la  fonction publique. A part ça, la panique n’a pas lieu d’être, nos fondations ne sont pas en danger, la montagne appelée Maroc n’est pas à la merci du moindre sirocco et le terrorisme n’a aucune chance de nous faire plier.

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