100% Jamal Berraoui : Les turbulences d’avant le chaos

100% Jamal Berraoui : Les turbulences d’avant le chaos

Tous les partis traditionnels connaissent des secousses très graves. La politique-spectacle veut que ces spasmes ne soient appréhendés qu’à travers les luttes personnelles, les ambitions ou l’impatience des seconds couteaux, ce n’est qu’une partie de l’explication, qui est d’ailleurs totalement fausse dans les cas d’El Gahs ou de Hassan Tariq pour l’USFP. La bonne question serait d’essayer de savoir si ce n’est pas plus grave et si nous n’assistons pas à la fin d’une période où ces crises ne seraient que le reflet de contradictions objectives. Depuis bientôt dix ans, la classe politique dans son ensemble a vécu dans un cocon appelé consensus. Cette étape a permis de normaliser la vie politique, mais en même temps a vidé la politique de sens, et accentué l’idée qu’ils sont tous pareils et qu’ils n’en veulent qu’aux maroquins. La transition, finalement, ne profitera qu’aux extrêmes qui, plutôt que de se laisser endormir par un consensus mou, ont été dopés en utilisant les nouveaux espaces de liberté et en maintenant un discours populiste très porteur.
Là où les personnes interviennent, c’est que les directions actuelles savent que la fin de cette période les met  hors-jeu et qu’elles ne pourront pas assurer le nouveau virage. Ce conservatisme-là existe, il est plus au moins fort selon les organisations, sans être lui aussi totalement subjectif. Pour parler clair, personne n’a envie de siffler la fin de la transition et le début de la démocratie réelle, c’est-à-dire celle où la divergence et le combat d’idées sont la règle. La droite vit très mal l’autonomie de décision octroyée par le nouveau règne. Elle préférait la gestion téléguidée qui simplifiait les choses. Aujourd’hui, il faut à chaque parti se chercher une identité, une utilité sociale et à instaurer un minimum de débats internes. Ce n’est pas le domaine favori des  caciques. D’où les tensions avec des jeunes loups qui ne sont pas seulement des Iznogoud en puissance, mais qui sentent, parfois instinctivement, que leurs organisations si elles ne se transforment pas peuvent mourir.
A gauche, le problème est inversé, les militants veulent retrouver leur identité, leur ancrage social. Ils ont avalé trop de couleuvres au nom de la transition. La rénovation du discours de gauche est en panne parce qu’elle bute  sur la question des alliances et aboutit invariablement à la probabilité très forte d’un retour à l’opposition. Ces thématiques sont omniprésentes bien que peu relayées, le  microcosme préférant les duels au débat d’idées. La pression de l’hypothèque islamiste aiguise ces tensions. Les conservatismes l’utilisent comme épouvantail pour écraser dans l’œuf toute velléité de contestation, les autres en font une raison de plus pour revendiquer une mutation à même de faciliter l’ancrage social. L’approche des élections de 2007 crée une nouvelle tendance. Les appareils cherchent à verrouiller pour entrer dans la compétition avec les meilleures chances de sièges. Dans leur myopie, ils font tous la course aux notables, en sacrifiant la partie la plus saine de leurs organismes. Cependant, toutes les questions se reposeront au lendemain du scrutin. L’USFP acceptera-t-elle, au nom des nouveaux chantiers, à figurer dans un gouvernement dirigé par l’UMP ? La gauche peut-elle mettre en veilleuse indéfiniment sa sensibilité sans perdre son âme ? Le danger, ce serait que l’institution monarchique, encore une fois, fasse le choix pour tout le monde. Parce que tous ces débats sont impossibles à mener, mes amis El Gahs et Tariq n’ont plus rien à faire là-dedans.

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