100% Jamal Berraoui : Politiques publiques : Tout est à repenser

100% Jamal Berraoui : Politiques publiques : Tout est à repenser

Abbbas El Fassi, dans un accès de générosité, probablement imprudent, a laissé entendre qu’il pourrait  augmenter le budget de la Caisse de compensation à 30 milliards de dirhams, soit plus de 6% du PIB. Pourtant, depuis des années, et de manière plus précise depuis sa propre nomination, le gouvernement planche sur la question du ciblage. Ces milliards de dirhams ne profitent que très faiblement aux démunis et l’essentiel soutient la consommation des riches. Les lobbys font ce qu’ils peuvent pour rendre l’approche inopérante .
Les lobbys des minotiers, mais aussi ceux des industries qui bénéficient du soutien au fuel  industriel.
Ils se cachent derrière l’ONE et l’impact qu’une libéralisation du prix du fuel aurait sur le coût de l’électricité, oubliant que l’Etat peut subventionner directement l’office.
Sur le volet social, la solution du cash conditionné, adoptée par une vingtaine de pays, est reçue avec beaucoup de scepticisme. Cette solution consiste à offrir une aide en espèces aux familles nécessiteuses en contrepartie de la scolarisation des enfants, de conditions d’hygiène minimales, d’accès de la femme aux soins. Seulement, les modalités de recensement des ayants droits et surtout de distribution demandent créativité et confiance dans les structures. Cette approche inverse les fondements mêmes de l’action publique. Celle-ci n’a plus pour objet de « corriger » les mécanismes de marché mais celui de combattre la précarité et de réinsérer les laissés-pour-compte en les incitant à préparer un meilleur avenir à leurs enfants par le biais de la scolarité. Si le dollar entame une remontée, c’est la catastrophe et Abbas el Fassi aura besoin d’une dizaine de milliards supplémentaires pour maintenir un système inefficace, dispendieux et largement inégalitaire. La Caisse de compensation, telle qu’elle existe, n’est plus viable, c’est un vrai scandale. Il faut une politique de rechange pour contrer la précarité. Chaque fois qu’un nouveau ministre de la Justice est nommé, il réserve sa première sortie médiatique à l’indépendance des juges.  Abdelouahed Radi n’a pas failli à la règle. Il déclare que «les juges ne devraient plus recevoir d’instructions». La justice marocaine est très mal perçue, son indépendance est un mythe et rien ne permet de croire que le successeur de Radi ne racontera pas les mêmes histoires. La volonté des ministres successifs, leur compétence n’est pas remise en cause. Cette réforme est en panne et on ne voit pas la sortie.
Akhchichine annonce un plan pour sauver l’enseignement. Il a adopté le mode de fonctionnement des ingénieurs, il s’est tu pendant 6 mois, a concocté son plan et il va l’annoncer. On n’en connaît pas le contenu, mais l’on sait que toutes les réformes ont échoué par absence de soutien politique et par volonté de réunir le consensus le plus large. L’école marocaine n’est plus le moteur de la mobilité sociale, le reste en découle. Le reste c’est la faible implication des familles, le peu d’entrain des élèves, la déliquescence du corps enseignant qui atteint des niveaux dégoûtants. La réforme ne peut réussir que si elle est porteuse d’un espoir de remettre l’école au centre de la promotion sociale et si au passage, elle ne revalorise pas le corps enseignant.
Ces trois réformes sont essentielles pour le devenir du pays, elles sont en chantier depuis des lustres mais butent sur un écueil politique. Même si on essaye de le cacher, le fonctionnement de nos institutions politiques freine les impulsions et édulcore toutes les réformes au point de les vider de leur sens. Une majorité forte, avec de réels pouvoirs, peut réformer et affronter les contestataires. Un gouvernement bricolé, une majorité bariolée, des centres de décision superposés n’ont aucune capacité réformatrice car trop tétanisés face aux résistances.

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