100% Jamal Berraoui : Qui complote contre Abbas?

100% Jamal Berraoui : Qui complote contre Abbas?

Entre Abbas El Fassi et moi, il y a «Ennajat». Il est Premier ministre, par la force des urnes et de « la démarche démocratique ». N’empêche que ce Monsieur savait début juillet 2002 qu’Ennajat est une énorme escroquerie, par le biais du rapport de l’équipe qu’il a lui-même envoyée en Suède, et qu’il a préféré ne l’annoncer que deux jours après les élections.
Sous d’autres cieux, il serait chez lui et pas à la Primature. Maintenant ce n’est pas moi qui fait les lois, ni les gouvernements et c’est une bonne chose parce que je ne suis pas sûr d’exceller dans l’exercice.
Le principe de réalité s’impose : Abbas El Fassi est Premier ministre et l’Istiqlal est le premier parti. Dans ce pays, les gens sérieux savent que ce n’est pas l’article 19 qui pose problème, mais l’application de l’article 24, celui relatif aux prérogatives de la Primature. Dès lors, Ennajat ou pas, l’homme à la Primature est une institution dont le renforcement est essentiel pour la démocratie. Or, la presse le torpille à longueur d’éditos et c’est normal en démocratie. Ce qui ne l’est pas, c’est que El Fassi est traîné dans la boue, de manière perfide, par des démembrements de l’Etat. Prenons l’histoire de Sidi Ifni, la télé publique dont il est censé in fine être le patron, le piège comme un débutant. «Il n’y a pas d’événements à Sidi Ifni», il le dit le torse bombé. Juste un peu il est vrai. Seulement dans le même journal, un communiqué annonce le nombre de blessés, 28 chez les flics et 24 chez les manifestants, un autre la poursuite d’El Jazeera etc… N’importe quel imbécile congénital aurait censuré… le Premier ministre. Pas les directeurs de l’information que nous avons. Il est clair qu’il y a volonté de nuire, ou au moins désintérêt par rapport à la crédibilité de si Abbas.
Les Istiqlaliens racontent en petit comité qu’il y a complot et que des forces occultes cherchent à déstabiliser leur Premier ministre. A mon avis, ils déplacent le problème. Si Abbas a commis la même erreur que Youssoufi : son entourage est insignifiant.
L’homme n’est plus très jeune et malgré ses dénégations, n’a pas la santé du job. Il a compliqué sa tâche en distribuant les postes comme des rentes. Ses conseillers sont out.
Sur Sidi Ifni, il n’était au courant ni de la décision d’envoyer la cavalerie ni du choix de transparence médiatique qui a été fait. Chakib Benmoussa ne fait pas partie de son équipe, mais Khalid Naciri si. Ceux qui entourent El Fassi auraient dû faire leur travail, s’informer, informer leur patron et lui servir une grille de lecture. Il aurait suffi à l’un d’eux d’appeler un  journaliste pour éviter à El Fassi cette bévue disqualifiante.
Au lieu de parler de complot, les Istiqlaliens devraient réviser leur copie. Un Premier ministre politique n’a pas la maîtrise technique de tous les dossiers. C’est pour cela que l’Etat lui donne les moyens de recruter et de payer correctement les pointus.
La moitié du cabinet El Fassi est monolingue, sans connaissances techniques particulières (et je ne suis pas méchant). Ils sont là soit en signe de gratitude, tel écrit les discours, tel autre a fait la campagne, ou en signe de compensation. Abbas El Fassi est sûrement le Premier ministre le plus mal entouré  de l’histoire du Maroc, en tous cas depuis que je suis journaliste et cela ne date pas d’hier.
Ceux que les ratés d’El Fassi amusent, jouent avec le feu. La démarche démocratique n’est pas inscrite dans les textes et ridiculiser le Premier ministre actuel, peut précipiter le retour à un technocrate. Ensuite, un Premier ministre qui laisse confisquer ses prérogatives et qui n’est pas au courant des décisions de sa propre équipe, c’est le meilleur moyen de discréditer le jeu démocratique. Abbas El Fassi doit se ressaisir et nettoyer son entourage pour ne pas faciliter le complot, si complot il y a.

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