100% Jamal Berraoui : Responsabilité minimum

100% Jamal Berraoui : Responsabilité minimum

Au Maroc et nulle part ailleurs, sévissent des responsables refusant toute sanction, toute évaluation de leur travail. Après dix ans au même poste, ils n’ont aucune gêne pour reconnaître que «c’est une catastrophe» tout en ajoutant «on n’y peut rien, on manque de moyens, les ressources humaines sont faibles etc…». Pour n’en citer que deux, j’ai choisi deux hommes avec lesquels je n’ai aucun passif. Fayçal Laaraïchi, pour commencer, est un homme très aimable, il connaît son sujet. Seulement, il est là depuis 9 ans et a pris la responsabilité de 2M en plus.  Nos télés sont mauvaises, indiscutablement mauvaises, et la tendance est baissière. RTM fait de la propagande à la Brejnev et n’arrive pas à bien exploiter les talents de ceux qui y travaillent. Pire, les têtes qui dépassent sont combattues et finissent par tomber. 2M, et c’est une vraie blessure, vit ses heures les plus sombres. Le personnel est totalement démobilisé, dégoûté par les guerres des chefs, la concentration des pouvoirs, l’autisme de la direction et les histoires de fesses. Le journal est devenu un répertoire «Homeless» où le misérabilisme le dispute à la légèreté. La réponse ? Créer des chaînes que personne ne regarde.  Fayçal répond invariablement que «c’est une question d’hommes». Il est là depuis 9 ans, personne ne conteste ses pouvoirs, puisqu’il est réputé proche du palais. En toute logique, il avait la possibilité de bien s’entourer et de mettre en place une équipe efficiente. Il ne peut pas user de cette ligne de défense. Ni d’ailleurs se cacher derrière les chiffres, pour le coup, très suspects qui placent très haut les deux chaînes au niveau de l’audimat. Laaraïchi est un monsieur qui sait que ses deux télés sont à la ramasse, il devrait accepter d’assumer ses responsabilités. Meziane Belfkih est convaincu que l’éducation est l’enjeu essentiel du Maroc d’aujourd’hui. L’école marocaine lui bouffe le cerveau. Au moment où même les enseignants mettent leurs enfants au privé, lui s’accroche à l’instruction publique et tous ses enfants ont fait un cursus «daoula». L’homme est convaincu que sans un enseignement de qualité permettant l’intégration et la mobilité sociale, il n’y aura pas de Maroc «Moderne et démocratique». Ce sont des convictions chevillées au corps et non pas des discours de circonstance à l’istiqlalienne. Seulement voilà, Meziane Belfkih est à la tête de la COSEF depuis 10 ans. Une décennie où les ministres de l’Education étaient de gauche, une décennie où la situation n’a fait qu’empirer au-delà de quelques points glanés ici ou là. De la classe préparatoire aux doctorants, le niveau est affligeant. L’arabisation est une catastrophe, le corps enseignant une calamité, les rapports maître-élèves n’ont rien à voir avec le respect, les diplômes sont dévalorisés, les parents sont démissionnaires parfois, angoissés souvent. Que nous dit Si Meziane ? «Il n’y a pas assez de moyens». Là où il est, avec les pouvoirs qu’on lui prête, l’argument sonne faux. Voilà deux hommes dont personne ne met en cause les compétences qui sont là depuis 10 ans et qui refusent d’assumer un bilan confirmant à la catastrophe. Je les ai choisis parce qu’étant mes copains, ils ne crieront pas au règlement de comptes, même si tous mes amis savent qu’ils n’ont pas besoin d’ennemis. Mais que dire de ces directeurs d’établissements publics qui chaque fois qu’ils en plantent un, sont nommés à la tête d’une boîte plus importante ? Quel est le responsable marocain qui donne son bilan ? Un seul, le Roi, il le fait une fois par an. Les autres ont des Conseils d’administration «In the pocket», font voter leur budget en juin et ne sont inquiétés qu’en cas de faillite franduleuse. Il est temps, grand temps, que les responsables assument leur bilan et qu’ils soient jugés sur ce bilan et non sur de fausses justifications.

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